Elle a le visage rond et la blondeur d’une poupée russe - normal, elle est née à Minsk, en Biélorussie! -, la taille mannequin (83-60-90 pour 172 cm), un teint de porcelaine, les yeux bleus. Difficile de rester insensible au charme insolent de cette élégante lycéenne de 18 printemps, naturalisée Suissesse et Vaudoise d’adoption. Finaliste lors du dernier concours Miss Suisse, Kristina Bazan a obtenu le titre de Miss Photogénie 2011 - un hommage à sa beauté plus qu’à sa personnalité, pourtant pétillante.
Elle se serait bien vue Miss Suisse, Kristina. Née en Biélorussie, puis arrivée en Suisse à l’âge de 6 ans après un détour de quatre années par le Kentucky où Vladimir, son père, a achevé sa formation d’informaticien, la Vaudoise, polyglotte, aurait fait une remarquable ambassadrice de beauté pour notre pays.
Dommage que le public suisse n’ait su déceler chez cette étudiante nyonnaise le talent qu’on lui reconnaît aujourd’hui sur la Toile grâce à Kayture (www.kayture.com), son blog consacré à la mode…
Kristina est peut-être une poupée qui parle, le russe notamment, mais avant tout elle vibre. Pour la mode en particulier. Une passion que cette enfant unique a héritée de Yuliya, 37 ans, sa mère et sa meilleure amie, responsable des finances à l’UICN - une ONG luttant pour la défense de l’environnement. Vladimir, le père, est à Zurich durant la semaine.
Kristina aime tellement la mode qu’elle a choisi de consacrer son travail de matu à Coco Chanel. Un véritable modèle, comme l’Américaine Tavi Gevinson (lire encadré), blogueuse ultraprécoce! Il y a un an, en janvier 2011, Kristina Bazan s’en inspire et lance son propre blog, baptisé Kayture. «Kay» pour le K de Kristina prononcé à l’anglaise et «ture» pour couture.
«C’est un journal de bord, que j’alimente par ma curiosité et mes coups de coeur»
Kristina Bazan
«Un blog est une entreprise narcissique, confie Kristina. C’est un journal de bord, que j’alimente par ma curiosité et mes coups de cœur. Je passe énormément de temps à surfer sur le Net. J’y défends un style, un point de vue. Je crée aussi des bijoux. J’en achète à deux balles et je les customise. Même chose avec les fringues.»
Ses textes sont rédigés en anglais, afin, dit-elle, «d’être comprise du plus grand nombre». Pour l’épauler, elle peut compter sur son chéri, James Vyn, 20 ans, étudiant à l’université, photographe et beau gosse. A l’occasion, la propre mère de Kristina le remplace derrière l’objectif!
CHIC ET PAS CHER
Kayture, c’est du cousu main. Kristina Bazan s’efforce de présenter une mode avant tout accessible. Réagissant au commentaire d’un internaute la décrivant comme «ultra-chic», elle confie: «N’oublions pas que je suis étudiante. Je ne peux donc me permettre de taper dans l’ultra… cher! Mais on peut trouver de très jolies choses chez H&M, Mango ou Zara, sans se ruiner.»
Les enseignes plus prestigieuses, à l’image de Chanel, Lanvin, Alexander Wang, Gareth Pugh, Elie Saab «pour ses robes de soirée» ou encore Jeremy Scott «pour des pièces plus extravagantes», la font rêver. A l’instar de ses lectrices, Kristina Bazan a rarement l’occasion d’y faire ses courses… «Pour mes 18 ans, j’ai quand même consenti à une folie: un sac Louis Vuitton… le plus petit!»
Enfant de l’immigration, elle a développé un style personnel, nourri de trois cultures. «Je suis un mix, sourit-elle. Je m’inspire beaucoup de ma mère qui, à l’image des femmes russes, est très féminine dans le choix des couleurs et des bijoux qu’elle porte. Dans l’élégance stricte de mes tenues, il y a sans aucun doute une influence française. Quant à ma blondeur, ne renvoie-t-elle pas aux pom pom girls américaines?» Certaines de ses fidèles lectrices, à l’image de The ChicChick fin 2011, lui trouvent un «côté Barbie lisse».
Le fait d’être ravissante décrédibiliseraitil Kristina? Elle répond: «Une blogueuse n’est pas un mannequin. Elle doit être proche de ses lectrices. Je constate toutefois que pas mal de filles sont influencées par le physique des blogueuses. Or, les plus connues sont quasi parfaites! C’est un peu triste, parce que ce n’est pas représentatif.» Amusée, Kristina Bazan s’empresse de préciser que ses jambes, en particulier, lui ont valu nombre de courriels désobligeants. Elle-même se sait pourtant dotée d’atouts – sa sélection au concours Miss Suisse l’a démontré.
Repérée grâce à Kayture, la jeune femme a eu le privilège d’être invitée par le magazine Vogue à Tokyo, avec James. Sur place, elle s’est retrouvée parmi les plus célèbres fashion blogueuses de la planète. «Je me pinçais pour y croire, avoue-t-elle. Je les connaissais toutes!» Restée groupie, la Suissesse a dû se contenter d’observer de loin la redoutée Anna Wintour. Elle n’a en revanche pas hésité à forcer le passage pour serrer la main des couturiers Roberto Cavalli et Michael Coles. «Quand il le faut, je sais aussi oser», souligne-t-elle, hilare. Kristina Bazan aura par ailleurs eu le plaisir de se rendre à Madrid pour le site en ligne Fashion Salad, puis à Paris à l’invitation du styliste Armand Ventilo. Une belle reconnaissance pour les innombrables heures de travail, de nuit surtout, consacrées à son blog.
Grâce aux contrats publicitaires signés avec diverses marques, Kayture rapporte même de l’argent. Combien? «Suffisamment pour manger tous les jours sans demander d’argent de poche à ma mère!»
Le blog de Kristina Bazan: www.kayture.com; et ceux qu’elle recommande: www.garypeppervintage.com et www.fashionsquad.com
BLOGOSPHÈRE
TAVI LA SURDOUÉE
«Un nain de jardin de 12 ans avec le cerveau d’un singe mécanique, l’allure d’une vieille sorcière bougonne, la résolution d’un zombie et la coupe de cheveux d’un petit garçon.» Ainsi se décrivait l’Américaine Tavi Gevinson, née le 21 avril 1996, à l’ouverture de Style Rookie, son blog (www.the stylerookie.com) consacré à la mode, en mars 2008. Un autoportrait délirant, à l’image de cette gamine effrontée présentée aux Etats-Unis comme la «future Anna Wintour», en référence à la très influente rédactrice en chef du magazine Vogue. Cultivant un certain sens du secret – elle ne répond pas aux questions concernant sa famille et ignore Facebook – Tavi Gevinson fascine.
Originaire de Chicago, on sait qu’elle écoute Bob Dylan et que, pour ses créations, elle se fournit à l’Armée du Salut. «Je ne pense pas être habillée à la mode, avoue-t-elle dans Vogue, mais mes délires de jeune expérimentatrice semblent avoir quelque chose à la fois d’attendrissant et de fascinant.» La Vaudoise Kristina Bazan la tient, elle, pour «un génie». Aujourd’hui âgée de 15 ans, Tavi est une belle jeune femme. Début septembre 2011, elle a lancé un magazine en ligne (www.rookiemagazine.com) destiné aux ados.
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