LAURIANE GILLIÉRON: «JE NE ME VOIS PAS REVENIR EN SUISSE»
De retour quelques jours auprès de sa famille, l’ex-Miss Suisse, aujourd’hui actrice, a accepté de poser en star. Elle raconte sa vie en Amérique, évoque en toute sincérité ses déceptions et ses espoirs.

Par Aurélie Jaquet - Mis en ligne le 05.09.2012

Partie à la conquête de Hollywood en 2007, Lauriane Gilliéron était de passage en Suisse durant quelques jours. L’occasion d’un shooting glamour pour L’illustré et d’une rencontre à Prilly, en toute simplicité, avec une jeune actrice à la fois lucide et rêveuse.

Vous revenez régulièrement en Suisse. Avez-vous à ce point le mal du pays?

C’est pour ma famille et mes amis que je rentre deux ou trois fois par année; j’ai besoin de les voir régulièrement. J’aime la Suisse, mais je m’y sens jugée. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai ressenti le besoin de partir en 2007. Ici, quand vous osez réaliser quelque chose qui sort de la norme, on vous le reproche au lieu de vous encourager. Je n’ai pas voulu rester sagement une ex-Miss Suisse, j’ai exprimé mon désir de faire du cinéma et je suis partie à Hollywood pour tenter de vivre mon rêve. Résultat: une partie de la presse cherche dans mon parcours actuel uniquement de quoi alimenter les rumeurs et me fait régulièrement passer pour celle qui se prend pour une star, alors que je n’ai jamais tenu ce discours-là. Je suis la première à dire que je n’ai pas encore réussi!

La presse vous a d’ailleurs récemment attaquée, affirmant que vous avez fait de la chirurgie esthétique. Comment avez-vous vécu ces critiques?

Pour être honnête, ce genre d’attaques me glisse dessus comme l’eau sur les plumes d’un canard. Ce sont mes parents qui m’en ont informée, et je ne connais d’ailleurs pas le détail de ces articles, car je ne les ai pas lus. Ce qui me fait sourire, c’est que la journaliste de Blick m’a complimentée par téléphone sur mon rôle et mon talent d’actrice pour ne parler au final que de mes lèvres et de mon physique dans son article. Remarquez, cela s’était déjà passé de cette manière avec les médias après mon apparition dans Les experts. J’avais expliqué que mon rôle était très modeste mais que c’était avec ce genre d’expériences que l’on commençait dans le métier. De nouveau, tout ce qui était ressorti dans la presse, c’est que je campais une morte qui n’apparaissait que deux minutes à l’écran. C’est désolant, mais ça me passe au-dessus. En fait, la seule chose qui me touche, c’est de voir que cela blesse ma famille et que les 99% de ce qu’on raconte sur moi sont faux.

Vous n’avez donc pas eu recours au bistouri pour modifier votre bouche?

Je ne répondrai pas à cette question et je ne souhaite pas m’exprimer sur le sujet. Cela ne regarde que moi. Avec Miss Suisse, les journalistes sont restés dans l’idée que je leur devais des explications sur mes moindres faits et gestes. J’ai rendu ma couronne il y a plus de cinq ans, j’ai joué le jeu et rempli ma part du contrat parce que j’étais une personnalité publique à ce moment-là. Aujourd’hui, je vis ma vie et je ne demande rien à personne. Je n’ai d’ailleurs pas sollicité une seule fois les médias depuis que je suis à Los Angeles. Si les journalistes s’intéressent à ce que je fais, je leur répondrai volontiers, mais ce n’est pas la peine qu’ils me contactent pour parler de mon physique ni pour raconter des mensonges.

Quels mensonges?

Je n’ai par exemple jamais changé mon nom de famille. Vous n’avez qu’à le vérifier sur IMDB (ndlr: la base de données professionnelle du cinéma). J’avais effectivement hésité à le faire au début, parce que les Américains n’arrivaient pas à prononcer «Gilliéron», mais j’ai vite constaté qu’ils n’y parvenaient pas mieux avec «Gill», et je suis donc tout de suite revenue à «Gilliéron». Quant au prénom «Laurie Ann», il n’a jamais existé. L’intox vient d’un journaliste qui est tombé sur mon répondeur et a entendu mon prénom prononcé en anglais, ce qui donne effectivement «Laurie-Ann» à l’oral.

Vous avez affirmé, dans une interview donnée à «L’illustré» en 2009, que «la réussite dans ce métier [prenait] du temps». Jusqu’à quand vous en laisserez-vous pour y arriver?

Je crois que c’est d’abord une question de définition. Quand je dis que je n’ai pas réussi, c’est que je n’ai pas encore atteint le niveau que j’attends. Mais, pour vous répondre, je n’ai aucune date butoir. Cela dit, j’estime que j’ai encore du temps, si l’on considère que je n’ai commencé à auditionner pour des castings qu’en 2009, lorsque j’ai obtenu ma green card. Je le répète, la réussite prend du temps, et les exemples ne manquent pas. Prenez Christoph Waltz, oscarisé pour son rôle dans Inglourious Basterds: il a mis trente ans avant de décrocher un rôle pareil. On oublie aussi qu’un acteur comme George Clooney a galéré plus de dix ans avant de se faire connaître grâce à Urgences. Et, contrairement à moi, il n’a jamais eu de problèmes d’accent ni de permis de séjour. Après cinq ans, j’estime que j’ai encore le temps. De toute façon, si vous aimez ce que vous faites, c’est impossible d’y mettre une date limite. A moins d’être dans la précarité financière, ce qui n’est pas mon cas.

 

«L’idée d’abandonner ne m’a jamais traversé l’esprit»
Lauriane Gilliéron

 

Vous arrivez donc à vivre du cinéma?

Non, je ne vis pas de mes rôles, c’est impossible pour le moment. Mais j’arrive à payer mes factures et à vivre correctement grâce à des spots de télévision et à des contrats de mannequinat. Récemment, j’ai fait des photos pour Starbucks et des pubs pour des marques de voitures, pour la chaîne Direct TV ou encore pour les déodorants Axe. Et je bosse trois soirs par semaine dans un restaurant privé de Beverly Hills pour m’assurer un revenu fixe. C’est très courant à Los Angeles, et c’est aussi un moyen de réseauter et de rencontrer des gens du milieu du cinéma. De toute façon, je vis très simplement et je n’ai pas besoin de grand-chose en dehors de ma voiture et du petit deux-pièces que je loue à West Hollywood, près de Beverly Hills, où je vis avec mon chat Freddy. Je sors très peu et je ne fréquente ni les people ni les tapis rouges. Ma vie est bien moins glamour que l’image que les gens peuvent s’en faire.

Justement, à quoi ressemble une journée dans la vie de Lauriane Gilliéron à Hollywood?

Il n’y en a pas une qui ressemble à l’autre. C’est un métier fait de beaucoup d’incertitudes, où l’on ne sait jamais de quoi le lendemain sera fait, si l’on sera recontacté après un casting, si l’on bossera la semaine d’après ou pas. Mon agent m’appelle pour que je passe une ou deux auditions. Je reçois le matériel pour préparer la scène, et je me rends sur le lieu du casting. On m’avertit une semaine avant, parfois la veille, ça dépend. Je reçois une heure de passage et je joue ma scène devant l’équipe de casting, qui voit défiler des dizaines de filles pour un seul rôle. La concurrence est très rude.

Vous êtes-vous sentie parfois découragée au point de vouloir rentrer?

Non, jamais, même si, au début, je me souviens parfois être repartie de Suisse la boule au ventre. Mais l’idée d’abandonner ne m’a jamais traversé l’esprit. On n’a qu’une vie. De toute façon, même si ça ne marche pas, je ne me vois pas rentrer en Suisse. J’ai une affinité avec les Etats-Unis, et c’est là-bas que je me reconvertirais si je devais le faire un jour.

 

«A 28 ans, j’ai toujours l’impression d’en avoir 20.La famille, les enfants, ce sera pour plus tard»
Lauriane Gilliéron

 

Vous êtes-vous fait des amis dans le milieu?

A Hollywood, vous avez une chance sur trois de croiser Charlize Theron au supermarché ou Leonardo DiCaprio dans le café du coin, mais les relations y sont assez superficielles. De toute façon, je suis une personne plutôt casanière et solitaire. Et, en matière d’amitié, j’ai toujours privilégié la qualité à la quantité. Cela dit, je me suis fait quelques amis en dehors du milieu du cinéma. Après, je sais que je n’aurai jamais d’amitiés aussi fortes que celles que j’ai en Suisse. Les relations qu’on tisse dans notre vie d’adulte sont différentes de celles qui sont nées pendant l’enfance. C’est moins fort.

Vous avez donné la réplique à Al Pacino dans le film Stand Up Guys. Quel souvenir en gardez-vous?

C’était génial! Mes deux jours de tournage ont eu lieu en avril à Los Angeles. C’était la première fois que je participais à une grosse production. Ça a été une expérience très enrichissante de voir travailler deux monstres sacrés du cinéma comme Christopher Walken et Al Pacino. Donner la réplique à Al Pacino était très impressionnant, même si mon rôle est minuscule. Il a été super sympa et très patient avec moi. C’est un grand monsieur qui a su rester simple.

 

«Al Pacino a été super sympa avec moi»
Lauriane Gilliéron

 

Où pourra-t-on vous voir prochainement?

Je rentre de neuf jours de tournage à Vancouver pour la série Psych, dans lequel j’ai eu un rôle de guest star dans un épisode de la saison 7 (ndlr: qui sera diffusée en Suisse romande courant 2013). J’ai aussi récemment tourné pour un jeune réalisateur dans un court métrage en français qui va peut-être passer au Sundance Festival.

Vous affirmez ne pas avoir encore réalisé grand-chose depuis votre arrivée. Quel rôle vous donnerait l’impression d’avoir réussi?

Je suis tellement perfectionniste qu’il m’est difficile d’être contente de ce que j’ai accompli. Je ne me suis pas fixé de but précis, hormis celui d’avoir des rôles importants dans des films respectés. Mon but, ce n’est pas d’être la prochaine fille de Transformers et de disparaître aussitôt. Je ne recherche pas le quart d’heure de gloire pour rentrer et fonder une famille en clamant haut et fort avoir réussi mon rêve américain. Tout ce que je veux, c’est travailler en tant qu’actrice aux côtés des plus grands.

Tout cela vous laisse-t-il du temps pour votre vie sentimentale?

Je suis célibataire, mais ça me va bien. Et puis Brad Pitt n’a pas encore appelé et, de toute façon, je sais que la concurrence avec Angelina serait rude. (Rire.) Heureusement, il y en a plein d’autres. Pour l’instant, je souhaite surtout me focaliser à 100% sur ma carrière. A 28 ans, j’ai toujours l’impression d’en avoir 20. La vie de famille, les enfants, ce sera pour plus tard. C’est peut-être un peu égoïste de ma part, mais j’ai envie de réaliser mes rêves avant de m’occuper de quelqu’un d’autre.