«Y a-t-il un âge auquel on devrait s’interdire de faire certaines choses, comme montrer son corps? La vie d’une femme ne s’arrête pas à 50 ans.» Un an après Sharon Stone, qui s’était mise à nu au même âge dans Paris Match, Lolita Morena relève le défi. Et il faut avouer que notre ancienne reine de beauté, l’une des rares Suissesses à avoir décroché une reconnaissance internationale (Miss Univers Photogénie), n’a pas grand-chose à envier à la sulfureuse star de Basic Instinct. Comme elle, Lolita traverse les décennies en rayonnant. Son parcours hors norme en est la meilleure démonstration; les photos que vous avez sous les yeux, la preuve ultime. A 50 ans (elle est née le 15 octobre 1960), la miss la plus pétillante du pays nargue le temps. Encore elle, entend-on ricaner. N’en déplaise à ses détracteurs, ce sont plutôt les raisons de cette beauté et de cette notoriété qui perdurent qu’il faut chercher. «Avec les années, j’ai fini par entrer dans les familles», s’enhardit-elle, peu soucieuse des jalousies et autres méchancetés qui circulent sur son compte.
A raison. Car pareille longévité ne doit rien à la chance. Non, si Lolita a la cinquantaine si flamboyante alors qu’elle sort pourtant d’un burn-out de près de deux ans, la vérité est ailleurs: dans son authenticité, son sourire, son respect du public, son engagement sincère en faveur de l’enfance malheureuse, de la cause animale, et sa façon indépendante de mener sa vie.
«UNE GRANDE BOUCHE ET PAS DE POITRINE»
Rien ne destinait pourtant cette immigrée italienne arrivée en Suisse à l’âge de 3 ans à une telle trajectoire. C’est la tragique disparition de son père, foudroyé par une crise cardiaque à seulement 26 ans, qui a contraint sa mère, Antonia, à venir s’établir à Bôle (NE). Sans ressources, Antonia, qui vient de fêter ses 70 ans, travaille en équipe aux Fabriques de Tabac Réunies, à Neuchâtel, pour élever sa fille unique. Une période difficile, au plus fort des années Schwarzenbach, dont Lolita se souvient avec douleur. «On me traitait de sale Italienne qui pue. Il y avait aussi ce petit panneau qu’on voyait fleurir un peu partout et sur lequel il était écrit: «Interdit aux chiens et aux Italiens.» Autant de blessures qui expliquent pourquoi notre miss nationale vit aujourd’hui encore son expatriation de Cantiano, petit bourg médiéval de la région des Marches, comme un vrai déracinement.
A l’école, chez les sœurs de La Chaux-de-Fonds, elle est une enfant silencieuse, mélancolique et mal dans sa peau. La mort, le jour de ses 18 ans, du second mari de sa mère, est une nouvelle tragédie. Aujourd’hui, en se souvenant de ces blessures, elle plaisante, comme pour les exorciser. «En plus, je suis née prématurément, le corps couvert de poils!» Mais elle ne cache pas sa joie en brandissant aujourd’hui, tel un trophée, sa toute nouvelle carte d’identité italienne, oblitérée le 25 septembre, vingt-huit ans après avoir été contrainte de renoncer à sa nationalité par le règlement de Miss Suisse. Un sacrifice énorme. Le deuxième, après avoir participé au concours de Miss Suisse romande en cachette de sa mère, juste pour faire plaisir à l’organisateur, un copain, en mal de candidates cette année-là. «Je ne voulais pas y aller. Je me trouvais moche. J’avais une grande bouche, de petits mollets et, surtout, pas du tout de poitrine», énumère-t-elle.
SES AMOURS? «UN DÉSASTRE»
Des complexes que le jury ne partage visiblement pas, puisque, dès lors, la Britchonne, comme la surnomment des médias sous le charme, vole de succès en succès. Alors qu’elle pense vivre une agréable parenthèse dans sa vie d’étudiante en lettres et en égyptologie à l’Université de Genève, un événement va bouleverser son existence: à la suite de divergences, l’élection de Miss Suisse 1983 est annulée. Elle garde donc sa couronne durant deux ans. C’est plus qu’il n’en faut pour prendre goût à son nouveau quotidien doré et pour décourager notre miss polyglotte (elle parle cinq langues et se débrouille en russe) de retourner sur les bancs d’école. Elle qui se voyait gratter la terre à la recherche des vestiges de Cléopâtre se retrouve sous les sunlights.
Mannequin, comédienne, animatrice, présentatrice, l’ancienne championne de javelot du CEP de Cortaillod éblouit les téléspectateurs suisses, italiens, allemands.
«La vie d’une femme ne s’arrête pas à 50 ans»
Lolita Morena
Grisée, elle se lance dans les affaires. Mauvaise pioche. Le bar qu’elle ouvre à Crans-Montana, où elle réside depuis 1996, et la petite entreprise de cosmétiques qu’elle crée ne survivent pas. Mais ce sont ses péripéties amoureuses, avec leur lot de larmes et de psychodrames, qui font les délices des gazettes. Dominique Warluzel, Karl-Friedrich Scheufele, Eddy Merkle, Patrick Barras, Christian Lüscher. Pour ne citer que les plus connus. Les amants passent et trépassent. «Un vrai désastre», consent-elle aujourd’hui avec sincérité, une pointe de regret aussi. «Je pense qu’avec Dominique, ça aurait pu marcher. Hélas, j’avais 23 ans, lui 26. Nous étions trop jeunes.» Même son mariage, en 1994 avec Lothar Matthäus, la star du football allemand, ne résiste pas plus de deux ans. De cette union naît Loris, 18 ans il y a peu. Son chef-d’œuvre, la réussite dont elle est le plus fière, dit-elle. Et pas seulement parce qu’elle l’a élevé seule, avec courage, au milieu de la douzaine d’animaux abandonnés qu’elle a adoptés. «Sans la moindre aide matérielle ni le soutien de son ex-mari. Lothar s’occupe de Loris une semaine par année», confie-t-elle, blessée.
Sa carrière? «Même si je fais du provisoire depuis trente ans, je l’ai toujours fait avec beaucoup de plaisir et en harmonie avec moi-même. Durant tout ce temps, j’ai surtout vécu la plus belle des choses: apporter du sourire aux gens. Sur cette passion-là, le temps n’a pas d’emprise…»
«Je n’ai jamais vendu mon âme»
Interview piquante d’une quinquagénaire rayonnante.
Qu’on vous aime ou pas, tout le monde est d’accord sur une chose: vous êtes une très belle quinquagénaire. Mais tout le monde se pose également la même question: quel rôle joue la chirurgie esthétique dans votre magnifique plastique?
Aucun. Je suis bien trop douillette pour passer au scalpel. Je n’ai rien contre la chirurgie esthétique et je ne dis pas «jamais!». Si mon bien-être devait passer par un lifting, je le ferais. Mais, à ce jour, les seules «interventions» que j’ai subies sont par exemple quelques massages des tissus profonds, deux peelings aux acides de fruits et des suppressions de taches de grossesse au laser.
Vous suivez un régime, vous faites du sport?
Un régime? Quelle horreur! Non, je mange de tout et je me tiens plutôt bien à table. Quant à mon activité sportive, elle se résume à ma promenade quotidienne avec mes chiens. J’ai de la chance, voilà tout.
Votre omniprésence semble irriter une partie du public. Comment vivez-vous ce désamour et les critiques parfois acerbes de vos contradicteurs?
Elles ne m’effleurent même pas, dans la mesure où 99% des critiques me sont adressées de manière anonyme. Le jour où quelqu’un viendra me dire en face que je suis une conne ou que j’ennuie tout le monde, je prendrai évidemment ce désamour en considérationPour l’instant, je préfère entretenir l’amitié et l’affection que me portent les gens. Côté médias, ce sont eux qui me sollicitent et non le contraire. Et puis je ne demande à personne de me trouver belle, intelligente et sympa. Cela dit, si taper sur Lolita peut empêcher quelques frustrés ou misogynes de service de cogner leur femme ou leur chien, alors qu’ils continuent…
Votre notoriété vous a ouvert de nombreuses portes. Laquelle regrettez-vous d’avoir franchie?
Aucune. Comme tout le monde, j’ai commis des erreurs. Mais pas suffisamment graves pour vivre avec des regrets. Je ne me suis jamais droguée ou prostituée, je n’ai tué personne et, surtout, je n’ai jamais vendu mon âme…
Comment vous imaginez-vous dans vingt ans?
Entourée d’anaimaux et de petitsenfants. Plus en Valais, j’espère bien avoir vendu mon chalet d’ici là. Pas forcément en Suisse d’ailleurs. J’envisage sérieusement de vivre ma retraite dans ma région d’origine, à Cantiano, en Italie.
D’où vous écrirez vos mémoires?
Pas mes mémoires, mais peut-être un recueil des innombrables petites histoires qui ont émaillé ma vie.
Par exemple?
(Elle réfléchit.) Un jour, pour me séduire, un homme a escaladé la façade de la maison où je me trouvais avec une cagoule sur le visage et un couteau à la main. Quelqu’un l’a dénoncé, la police est arrivée et l’a embarqué. Une autre fois, il y a trois ou quatre ans, un autre m’a abordée vers la gare Cornavin, à Genève, et m’a complimentée durant de longues minutes. En prenant congé, il m’a dit combien il avait été honoré de partager ces instants avec une dame d’exception comme moi. Il m’avait confondue avec Angela Merkel…
ILS SONT AUSSI NÉS UN 15 OCTOBRE…
SARAH FERGUSON, DUCHESSE D’YORK
«Ses frasques ont souvent défrayé la chronique et son comportement ordinaire a beaucoup agacé sa bellemère, Elisabeth II, et toute la famille royale. En faisant tout ce qu’on lui avait dit de ne pas faire, l’ex-femme du prince Andrew eut le mérite de secouer et de dépoussiérer le palais de Buckingham, de donner un visage plus humain à la monarchie. J’adore son côté roturière inconsciente.»
FRIEDRICH NIETZSCHE, PHILOSOPHE ET POÈTE
«Nietzsche considérait la religion comme un alibi devant la faiblesse humaine et le malheur. Ce n’est pas tant sa philosophie mais son courage que j’admire. Car il en faut beaucoup pour aller à contre-courant de la majorité. J’ai une fascination illimitée pour ces gens qui bousculent les croyances et les opinions au risque de leur vie, sans arme ni argent, avec leur vision du monde et la seule force de leur esprit.»
FARAH PAHLAVI DIBA, IMPÉRATRICE D’IRAN DE 1959 À 1979
«Son incomparable féminité et sa beauté harmonieuse et sensuelle m’ont toujours fascinée. Quand je vois ce qu’est devenue la République islamique, je me dis aussi qu’être reine d’Iran n’a pas dû être un cadeau tous les jours même si, à cette époque, la dignité des femmes était mieux respectée. Comme immigrée, son exil forcé m’a également rapproché d’elle, si je puis dire.»