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AFFAIRE MADDIE
KATE McCANN: «JE PARLE CHAQUE SOIR À MADDIE»
Beaucoup auront une pensée pour elle en ce 25 mai, Journée internationale des enfants disparus: Madeleine McCann, dont la mystérieuse disparition au Portugal fascine la planète depuis quatre ans. Aujourd’hui, sa mère, un temps soupçonnée de l’avoir tuée, livre sa version dans un ouvrage bouleversant. Portrait.

Par Yan Pauchard - Mis en ligne le 29.05.2011

Le rituel est immuable. Une torture autant qu’un apaisement. Chaque soir, Kate McCann pénètre doucement dans la chambre de Maddie. Elle s’assied sur le petit lit, resté désespérément vide depuis la disparition de la fillette le soir du 3 mai 2007, alors que la famille passe ses vacances en Algarve, au Portugal. «Je peux presque la voir là, couchée en position foetale, ses cheveux blonds délicatement posés sur l’oreiller. Je lui parle. Je lui dit bonne nuit.» La médecin anglaise se sent alors proche de sa fille. Dans la petite pièce aux murs roses, la couleur préférée de Madeleine, rien n’a changé. Rien n’a été déplacé. Dans un coin, des cadeaux s’entassent depuis quatre ans.

 

«Je connais la vérité. Je me battrai pour retrouver Madeleine et pour préserver ma famille»
Kate McCann

 

Pour la première fois, Kate McCann, 43 ans, raconte son calvaire. Le 12 mai dernier, date symbolique du huitième anniversaire de Maddie, elle a présenté à Londres un livre-témoignage, intitulé simplement Madeleine. Elle assure l’avoir écrit seule, les photos de sa fille comme seule source d’inspiration. Il se murmure néanmoins que J. K. Rowling, l’auteur de la saga Harry Potter, y aurait collaboré. Reste le récit poignant d’une mère. Elle ne cache rien. Ni la dépression ni les tensions avec son mari Gerry, cardiologue de 42 ans, ou les pulsions suicidaires: «Je n’avais qu’une envie, plonger dans l’océan, nager, nager, nager, jusqu’à ce que je sois si épuisée que je pourrais laisser l’eau m’envahir et me libérer de ma souffrance...» Elle évoque ses flashs où elle voit Maddie l’appeler au secours et ses nuits d’insomnie à imaginer le pire: «La pensée qu’elle ait pu être enlevée par un pédophile me torture. Elle me consume. Je suis à vif.»

La publication de cet ouvrage braque les projecteurs sur cette femme élégante mais timide, qui était jusqu’ici restée en retrait de son époux lors des nombreuses apparitions du couple. N’avait-elle pas fini par reprocher à son mari cette médiatisation qui l’a tant fait souffrir? Après la disparition de Maddie, l’émotion fut planétaire. Son visage passa en boucle sur toutes les chaînes de télévision. Le clan McCann, originaire d’Ecosse, en profita pour orchestrer une campagne de grande envergure. Ils étaient prêts «à remuer ciel et terre» pour retrouver la petite. Le frère de Gerry, John McCann, prit en charge les relations publiques. Sa sœur Philomena assura un lobbying serré auprès des politiciens. La presse parlera de l’«opération Madeleine». Kate, elle, s’est peu à peu refermée sur elle-même, isolée: «Je suis un être d’intimité peu fait pour les estrades.»

UN SHOW?

Pourquoi aujourd’hui se dévoiler? «Pour transmettre la vérité», assure-t-elle. Car impossible d’oublier l’ombre qui plane sur cette histoire. Kate McCann fut en effet soupçonnée par la police portugaise d’avoir elle-même tué accidentellement sa fille. Selon ce scénario, elle et son mari auraient ensuite simulé son enlèvement, avant d’enterrer le corps. «Les parents de Maddie font un show pour camoufler leur mensonge», confiera en 2009 à L’illustré Gonçalo Amaral, policier portugais responsable des investigations. Auteur du Le portrait livre L’enquête interdite, il évoque des éléments troublants, des traces de sang pouvant appartenir à Maddie retrouvées dans la chambre de l’hôtel et la voiture de location. Kate McCann rétorque aujourd’hui que la police britannique a conclu de son côté que ces mêmes résultats ADN étaient «trop complexes pour une interprétation significative».

BAFOUÉE

La médecin anglaise sera officiellement inculpée en septembre 2007. Une année plus tard, la justice portugaise classera l’affaire sans suite, faute de preuves. L’Anglaise en garde une rancune tenace. «Je me suis sentie bafouée», écrit-elle. Elle souligne son écœurement lorsque des inspecteurs portugais lui ont proposé un marché: si le couple avouait, seul l’un des deux serait poursuivi et l’autre pourrait retourner en Angleterre s’occuper de leurs jumeaux, Sean et Amelie, 6 ans aujourd’hui. «Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, se rassurait-elle. Moi, je connais la vérité. Dieu la connaît. Je me battrai pour retrouver Madeleine, pour préserver ma famille.»

La colère et l’instinct maternel ont permis à Kate McCann de tenir. Car, comme elle aime à répéter: «La seule chose que j’ai toujours sue, c’est que je voulais être mère.» Déjà, enfant, fille unique d’un maçon de Liverpool, elle se rêvait des frères et sœurs. On devine une éducation traditionnelle, des valeurs catholiques. Etudiante bûcheuse, Kate devient une médecin réputée. Mais elle n’hésitera pas à renoncer à son ambition de devenir gynécologue pour ses enfants. En 1998, elle épouse Gerry McCann, solide Ecossais à la voix rocailleuse, rencontré durant les études à Glasgow. Ils s’installent à Orchard House («la maison du verger») dans la petite ville de Rothley, au cœur du Leicestershire: 3600 âmes, un pub, une église du XIVe siècle et une école primaire posée au milieu d’un champ de blé.

«IL EST POUR TOI»

Le tableau pourrait être parfait. N’étaient les difficultés que le couple traversa pour devenir parents. Ne pouvant naturellement avoir d’enfants, Gerry et Kate McCann se tourneront vers la fécondation in vitro. Un premier échec, des grossesses difficiles, l’Anglaise en garde une blessure profonde. Elle y a gagné en force. Ce livre est ainsi une manière de poursuivre son combat pour reconstruire sa famille. L’argent des ventes sera reversé au fonds FindMadeleine (les 3 millions de francs récoltés jusqu’ici sont presque épuisés) servant à financer des enquêtes privées. Les McCann ont aussi demandé l’aide du premier ministre David Cameron, qui a chargé la police de Londres d’apporter son expertise aux recherches. Car l’affaire pourrait rebondir. On vient d’apprendre que Scotland Yard a interrogé deux hommes en prison, Charles O’Neill, 48 ans, et William Lauchlan, 34 ans. Considérés comme les «deux pires pédophiles de Grande-Bretagne» après avoir abusé de six enfants et assassiné la mère de l’une de leurs victimes, ils étaient en Algarve ce mois de mai 2007.

Impossible cependant de savoir si l’on connaîtra enfin un jour la vérité. Ce nouveau battage médiatique est-il la preuve de l’incroyable courage d’une mère? Ou peut-être la dernière mascarade d’un couple machiavélique? La seule certitude, c’est que Kate continuera d’entrer chaque soir dans cette petite chambre rose pour parler à sa fille. «Quand j’ai fini mon livre, j’y suis allée pour le lui lire. Je lui ai dit: «Il est pour toi.»

 


DISPARITION DE LA PETITE MADDIE: DÉJÀ QUATRE ANS


 

Maddie aurait aujourd’hui 8 ans. Son visage ne ressemble plus à celui de la photo de l’avis de recherche diffusé en 2007 dans le monde entier. Pour aider aux investigations, les McCann diffusent donc une photo artificiellement vieillie par informatique, réalisée par le Centre national pour les enfants disparus, à Washington.



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Tags: Madeleine McCann, Maddie, disparition, Kate McCann, portrait Aller en haut de page Haut de page

 

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