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AMNESTY INTERNATIONAL
L’ANGE GARDIEN DES HUMAINS
Le 28 mai, Amnesty International célébrera ses 50 ans. Rencontre avec la nouvelle directrice générale de la section suisse, une jeune femme qui s’est hissée au sommet grâce à ses compétences et à ses fermes convictions.

Par Patrick Baumann - Mis en ligne le 15.05.2011

 

Le printemps arabe, ça se passe aussi chez nous. Quand elle ouvre la porte de son appartement lausannois, on se dit que la révolution est en marche chez Amnesty International. Manon Schick, nouvelle directrice générale de la section suisse, a 36 ans, un physique d’actrice américaine, un sourire à désarmer un dictateur. Avec une jeune femme aussi brillante, jolie et sympathique, nul doute que la célèbre organisation de défense des droits de l’homme, qui fête ses 50 ans le 28 mai prochain, fait mouche. Le nombre de donateurs (100 000) pourrait sérieusement augmenter…

On s’installe pour un café dans ce salon où son amour des voyages est inscrit sur tous les murs, comme son goût marqué pour les polars de Henning Mankell et les romans de l’écrivain suisse Martin Suter.

Depuis plusieurs mois, on la voit partout: des plateaux d’Infrarouge aux pages culinaires de Migros Magazine (sa spécialité: l’osso buco). Elle dirige depuis le 1er mars une section qui compte un secrétariat de 50 personnes, 3000 militants actifs et 45 000 membres. Certains lui prédisent déjà un avenir de conseillère fédérale, mais elle balaie très vite la remarque, même si son modèle est Ruth Dreifuss. «J’ai hésité à faire de la politique, mais c’est la défense des droits humains qui compte avant tout pour moi. J’aurais peut-être pu être médecin chez MSF, mais ce qui est intéressant dans la défense des droits fondamentaux, c’est qu’on soutient des gens qui décideront euxmêmes un jour du destin de leur pays!»

La fulgurance de sa carrière reste sujet d’ébahissement: journaliste, dans ce magazine, à 18 ans (elle en fit la couverture déguisée en voyante), étudiante à 21 ans avec un mémoire sur des ouvrières d’usine, garde du corps de femmes colombiennes menacées pour les Brigades de paix internationales à 29 ans. «Un magnifique souvenir, même si, c’est vrai, le job comportait certains risques!»

«Elle fait les choses trois fois plus vite que le commun des mortels», dit un de ses amis, l’humoriste Karim Slama. Taquin, il ajoute qu’elle l’envoyait marchander au souk à sa place lors de vacances en Tunisie. Elle a pratiqué avec lui l’impro théâtrale pendant de nombreuses années. Ce qui lui a d’ailleurs servi une fois devenue porte-parole d’Amnesty, il y a six ans. «J’ai parfois dû répondre au débotté aux journalistes depuis le sommet d’une télécabine ou une piste de pétanque!» se souvient-elle, amusée. Amnesty, elle y milite depuis l’adolescence. Elle y a d’ailleurs rencontré son mari, journaliste parlementaire à Berne, dont elle vit séparée depuis quelques mois.

PÈRE ALLEMAND

L’injustice, faite aux peuples ou aux individus, la dégoûte depuis sa prime enfance. «Mon père était Allemand. C’est un héritage qui m’a marquée. Comme les conversations avec mon grandpère, aviateur dans la Luftwaffe durant la guerre. Je me suis toujours posé cette question: «Comment, moi, Manon Schick, aurais-je réagi face au nazisme?»

Son regard s’assombrit avant de retrouver sa clarté. Ce qui frappe, chez elle, c’est cette capacité à passer du grave au léger en quelques secondes. Madame la directrice conjugue avec un certain bonheur un côté première de classe et un aspect plus déluré qu’elle réserve à ses proches. Ils l’ont d’ailleurs mise au défi de prononcer le mot hippopotame lors d’une prochaine déclaration publique. «Si je me concentre là-dessus, je perds le fil de ma pensée», ritelle. Pas d’hippopotame dans sa déclaration à propos de la révolution arabe, très communiqué de presse: «C’est très réjouissant de voir des populations qui prennent leur destin en main et qui revendiquent leurs droits et leur dignité. Cela faisait des années que nous dénoncions ces régimes autoritaires, sans succès visible, mais je suis sûre que les actions menées par Amnesty par le passé ont aussi contribué à ces changements.» Elle réchauffe très vite le propos: «C’est génial, ce vent de liberté qui souffle, le fait qu’on ne puisse pas retenir les gens qui disent «Stop, on en a assez!» Et puis, comme le dit son ami Jean-Marc Richard, avec qui elle a vécu l’aventure radio Acidule, «elle n’a pas non plus été nommée pour animer Les coups de cœur d’Alain Morisod!»

Son souci de crédibilité est proportionnel au décalage qui existe entre sa jeunesse et ses compétences. Elle raconte être rentrée mortifiée, à 18 ans, d’une rencontre avec un évêque que L’illustré l’avait chargée d’interviewer. «Ce n’est quand même pas vous qu’on m’a envoyée», lui avait lancé goujatement l’homme d’Eglise.

Elle a des ambitions pour Amnesty. Imagine bien arpenter la salle des pas perdus, lobbyiste de charme, pour la cause des droits humains. La verra-t-on un jour s’enchaîner aux portes du Palais fédéral, façon Greenpeace, pour protester contre un renvoi d’Ouïghours? Leur arrivée en Suisse l’avait fait hurler de joie. «Je ne suis pas contre des actions spectaculaires, mais Amnesty est une organisation qui demande aux gouvernements de respecter la loi. Je nous vois mal l’enfreindre.» Ce qui ne l’empêche pas de dénoncer la réaction des pays européens qui s’inquiètent aujourd’hui de voir des migrants débarquer aux frontières. «C’est incroyable de s’être reposé sur un tyran comme Kadhafi pour gérer les problèmes migratoires en fermant les yeux sur les dizaines de milliers de gens qu’il enfermait dans des camps dans des conditions indignes d’un être humain.»

Elle pense le débat démocratique toujours possible et croit à l’enseignement des droits humains à l’école. Un bon moyen pour contrer la montée des partis populistes en Europe. Même s’il faudra attendre au moins une génération. Il faut dire qu’elle a pris les récents scrutins populaires comme des baffes en pleine figure. «Le renvoi des criminels étrangers, les minarets, ça m’a fait mal. Sur les armes à domicile, je pensais que les femmes soutiendraient en plus grand nombre l’initiative.» Quand la déprime guette, Manon Schick invite des potes à boire une bière les soirs de scrutin perdu; faire la fête pour digérer la défaite.

Rare de la voir sortir de ses gonds. Si, une fois, sur le plateau d’Infrarouge, face à Hani Ramadan qui ne condamnait pas la lapidation de l’Iranienne Sakineh. «Le rouge m’est monté au visage, je n’ai pu m’empêcher de crier: «C’est scandaleux!» Elisabeth Logean, qui anime l’émission, est élogieuse à son sujet. «C’est une femme de conviction, précise, qui connaît ses dossiers.»

UNIQUE TRISTESSE

Une femme qui ne croit pas à l’aide de Dieu pour changer le monde, mais aux gens qui retroussent leurs manches. «Il n’y a pas d’hommes exceptionnels, dit-elle. Seules les circonstances le sont!» Elle était à Londres quand Ben Ali est tombé. Tremblement de terre personnel. «Pour moi, c’était impossible qu’il parte!»

La seule tristesse dans sa vie tient à ce désir d’enfant jamais réalisé. Elle n’a pourtant pas renoncé à devenir mère et conçoit de mener de pair carrière et maternité. Elle vient de trouver le père. On la quitte sur une question futile. Comment doit s’y prendre un homme pour la séduire? Elle sourit. «Je ne suis pas une nana qui s’offusque d’être draguée, j’apprécie quand un homme m’invite au restaurant. Mais s’il défend la peine de mort ou la place des femmes au foyer, il n’a aucune chance!»

Retrouvez le détail des festivités du 50e anniversaire (concerts, jeux, événements) sur www.amnesty.ch/fr



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Tags: Manon Schick, Amnesty International, droits humains Aller en haut de page Haut de page

 

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