MISS VENEZUELA EST LAUSANNOISE
Origines Favorite pour le titre de Miss Univers 2013, la jeune Vénézuélienne de 24 ans y représentera son pays, mais aussi un petit peu la Suisse. Car la belle possède également un passeport rouge à croix blanche, grâce à un grand-père, Jean Isler, qui a migré de Lausanne à Caracas dans les années 50.

Par Yan Pauchard - Mis en ligne le 19.09.2012

Au Venezuela, on trouve du pétrole, beaucoup de pétrole, un bouillant président et des miss. Le pays, qui a engendré pas moins de six Miss Monde et six Miss Univers, voue un véritable culte national à ces concours de beauté. On en compte plus de 600 – un record planétaire – chaque année, avec en point d’orgue l’élection de Miss Venezuela. Trois mois de préparation pour un show gigantesque de quatre heures, retransmis dans toute l’Amérique, y compris aux Etats-Unis. Avec des pics d’audience allant jusqu’à 79%, c’est le Super Bowl vénézuélien. Cette édition du 30 août 2012, la 60e, n’a pas dérogé à la règle. Avec une fois encore ses défilés, ses robes à paillettes, ses larmes et sa gagnante, Maria Gabriela Isler, 24 ans, belle, sculpturale, aux mensurations quasi parfaites, 88-60-91 pour 1 m 78. Comme nombre de ses devancières, elle admire sa maman et Lady Di, adore écouter de la musique, aller au cinéma et ne peut se passer de son iPhone. A la petite différence près que la jeune femme aime le cervelas et la raclette. Car elle possède un passeport suisse, par la grâce d’un grand-père lausannois, Jean Isler, qui émigra au Venezuela dans les années 50 pour y construire des viaducs.

NOËL À GENÈVE

Afin de retrouver la trace de la famille romande de Maria Gabriela Isler, il faut se rendre sur les bords du lac Léman où vit Henry W. Isler, 60 ans, fraîchement retraité. L’ancien directeur général adjoint de l’enseignement supérieur du canton de Vaud est le cousin germain de Juan Isler, le père de la nouvelle reine de beauté vénézuélienne. Pour l’occasion, il est allé rechercher plusieurs albums, ainsi que de nombreuses photos en noir et blanc.

L’histoire débute en 1920 à Genève avec Henri Isler, l’arrière-grand-père de Maria Gabriela. Nous sommes au soir du réveillon de Noël, sur le pont du Mont-Blanc. La légende familiale raconte que le jeune homme y rencontre Clémence Layat, dame de maison, en larmes à la suite d’un licenciement. Touché, il invite l’infortunée au restaurant. Ils auront ensemble cinq enfants: Henri (le père d’Henry W. Isler), André, Raymond, Claire et le fameux Jean, le cadet, né en 1932. La famille déménage ensuite à Saint-Sulpice, puis à Lausanne, à la rue d’Echallens. Commerçant, Henri Isler gagne sa vie comme grossiste, notamment en denrées coloniales – thé, café, oranges, bananes… – qu’il fait venir des colonies françaises. Mais les affres de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le développement des grands distributeurs comme la Migros, font péricliter ses affaires. «Vexé par son échec, il choisit de s’exiler, raconte aujourd’hui Henry W. Isler, son petit-fils. Devant sa famille, il a alors placé une carte du monde au mur et y a pointé son doigt en fermant les yeux. Il est tombé sur le Venezuela, pays qu’il ne connaissait pas. Je ne sais pas si l’anecdote est véridique, mais vu son caractère, c’est bien possible.»

 

«Henri a pointé son doigt sur une carte du monde en fermant les yeux. Ce fut le Venezuela»
Henry W. Isler

 

En 1948, Henri Isler embarque donc seul à Gênes, direction Caracas, avant de faire venir huit mois plus tard sa femme et sa fille Claire. Il fera fortune, notamment, dans l’importation de machines pour l’industrie alimentaire. Mais ses quatre garçons, jeunes adultes, demeurent à Lausanne. Jean Isler termine un apprentissage de dessinateur en architecture auprès du fameux ingénieur Alfred Stucky, grand bâtisseur de barrages (notamment la Grande Dixence) et directeur de l’Ecole polytechnique de Lausanne. Engagé par une importante société de construction française, Jean Isler va par la suite énormément voyager, travaillant sur de grands projets au Mexique ou au Pérou. Sa carrière le conduira finalement à rejoindre ses parents au Venezuela, où il est appelé sur le chantier colossal des trois viaducs de Caracas. Il s’y établira, épousera une immigrée allemande, Ilse Lengemann, avec qui il aura cinq enfants, dont Juan Isler, l’aîné et père de Maria Gabriela. Celle-ci naît le 21 avril 1988 dans la ville de Valencia, le pôle économique et industriel du pays. Elle est très vite surnommée Molly. «Ce surnom vient du fait que, bébé, elle était toute ronde», se souvient, amusé, l’un des membres de sa famille, joint à Caracas par téléphone.

 

«Malgré son succès, elle est restée une fille simple»
Un Isler de Caracas

 

TEEN MODEL EN 2003

Malgré de nombreuses invitations, Henry W. Isler ne s’est jamais rendu au Venezuela et n’a donc jamais rencontré Maria Gabriela. Mais sa fille, Joelle Isler, journaliste installée à Grandvaux, suit depuis longtemps la carrière de sa petite-cousine d’Amérique sur l’internet, des concours Teen Model Venezuela en 2003 au titre de Miss Guárico 2012, du nom de l’un des 23 Etats du pays, distinction qui la qualifia pour la grande finale nationale. Mannequin, cette dernière est déjà une star dans son pays, cumulant les unes des magazines. «Malgré son succès, elle est restée une fille agréable, pas prétentieuse», assure-t-on depuis Caracas. Pour apporter la preuve que Molly n’est pas qu’une belle femme, sa famille brandit fièrement le diplôme universitaire en management, spécialisation marketing, de celle qui se voit bien cadre d’entreprise après sa carrière de mannequin. Elle-même se définit à la fois comme méthodique et sensible, peut-être à l’image de ses origines mélangées, à la fois européennes et sudaméricaines. Et, l’année prochaine, ce sera peut-être des deux côtés de l’Atlantique qu’on célébrera le titre de Miss Univers 2013, auquel Maria Gabriela Isler est annoncée comme l’une des principales favorites.