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STAR DU KNIE
REINE DE SUISSE
Marie-Thérèse Porchet est tütsch compatible. Après avoir charmé les Suisses allemands avec ses gags débités dans un dialecte bernois parfait, voici notre Glandoise de retour en Romandie, à la recherche de son français perdu. Rires garantis sous chapiteau dès le 27 août à Genève.

Par Patrick Baumann - Mis en ligne le 17.08.2010
«Meinsch das isch würkli en Maa?» «Tu es sûre que c’est vraiment un homme?» chuchote une spectatrice âgée à sa voisine, tout en pouffant. Oui, chère Madame, sous le déguisement de Marie-Thérèse Porchet née Bertholet, c’est du 100% XY qui se cache en la personne de Joseph Gorgoni, comédien, chanteur et danseur genevois de 44 ans.

Cet après-midi-là, à Wettingen, l’Argovie découvre notre célèbre vendeuse de Tupperware, tête d’affiche de la tournée Knie 2010. «Die Figur ist kult in Romandie», a averti un quotidien alémanique et, ma foi, une petite fierté saisit le Welsche un peu esseulé, lorsque 2000 Suisses allemands se mettent à rire aux witz de Marie-Thérèse. En pur Bärntütsch. C’est désormais un fait avéré, la Glandoise est tütsch compatible. Elle l’avait déjà prouvé lors d’un précédent spectacle joué en Suisse alémanique, mais là, c’est la première fois qu’un comique romand assure la tournée nationale des Knie, toutes régions linguistiques confondues. Un pari audacieux qui semble d’ores et déjà gagné pour Fredy Knie, le directeur artistique du cirque. Quand MTP entonne la chanson I feel good, qui se transforme dans sa bouche en «I fühle mi guet, guet, guet», même les Suisses allemands rient de cette gutturalité propre à leur langue. «C’est le son et le rythme du suisse allemand qui nous fait rire, nous les Romands. Quand j’étais à Paris et que je regardais avec des amis la TV alémanique, ils riaient instantanément!» C’est ce que Joseph Gorgoni a expliqué à l’un des nombreux journalistes suisses allemands qui ont tenu à rencontrer «Frau Porchet». Honneur insigne, le prestigieux Tages Anzeiger lui a même consacré une page et la NZZ, le Bund ou le Sankt Galler Tagblatt n’étaient pas en reste. Nos voisins veulent désormais connaître de près celle qui est en passe de réitérer, à l’envers, l’exploit d’Emil: rappelez-vous, 1977, le comique lucernois, alors totalement inconnu des Romands, est entré dans leur cœur définitivement après la tournée du Knie.

UN PONT SUR LA SARINE

«Mais madame Porchet, pourquoi vous, les Welsches, vous moquezvous toujours de nous? Vous parlez de Suisse primitive dans vos sketchs, nous sommes des crétins à vos yeux?» a demandé un journaliste. Et MTP d’expliquer que la moquerie est un peu inscrite dans les gènes du groupe minoritaire. L’employé se moque de son chef. On se moque toujours de celui qui a le pouvoir. «Vous avez Federer et nous Wawrinka!» a-t-elle expliqué, faussement modeste.

Retour sous le chapiteau. Depuis que Fredy Knie lui a offert un élixir capable de lui inoculer le schwizertütsch, Marie-Thérèse enchaîne les gags, allant jusqu’à pasticher les différents dialectes alémaniques. Si elle parvient à faire tomber la barrière de röstis, lui promet Fredy, elle méritera le titre de reine de Suisse. Gorbatchev est à l’origine de la chute du mur de Berlin, pourquoi Marie-Thérèse Porchet née Bertholet ne construirait-elle pas un pont sur la Sarine?

Peu de spectateurs se risqueraient à imaginer, à ce moment précis, que Joseph Gorgoni ne maîtrise pas leur langue, et que MTP a dû apprendre presque phonétiquement les dialogues écrits par Pierre Naftule et traduits par le Biennois Toni Cardonna. «On a travaillé pendant des mois l’intonation, le rythme, pour que l’illusion soit complète», explique Joseph.

Et quand le cirque débarquera à Genève le 27 août prochain pour la tournée romande, MTP jouera à l’envers de cette nouvelle aptitude à parler tütsch. Faisant rire les Romands dans sa tentative pour retrouver sa langue maternelle.

PETITE ANGOISSE

Gorgoni reconnaît être plus attiré par le monde de la comédie musicale que du cirque, mais avoir retrouvé avec bonheur l’univers du Knie. Déjà entrevu lors des deux tournées romande et tessinoise de 2001 et 2004. «Ils ont les meilleurs numéros au monde. J’ai vite retrouvé mes repères, je connaissais déjà beaucoup de monde. Bien sûr, il faut supporter la promiscuité pendant huit mois, mais on s’y fait. Ma roulotte est à côté de celle de Fredy et Marie-José Knie. Ils m’invitent souvent à partager leur repas!»

Magie de la tournée qui se reflète dans les yeux du comédien genevois. «A Coire, il y avait de vieux spectateurs avec des chapeaux folkloriques comme dans les livres d’histoire. A Wil, un endroit un peu désert, imagine Onex dans la forêt, tu te demandes, en ne voyant pas un chat dans les rues, comment va-t-on réussir à remplir le chapiteau? Ce fut plein les deux soirs!» Petite angoisse, malgré tout, avant la première à Rapperswil en avril dernier. «J’avais peur de ne pas arriver à faire rire le public de lui-même. Malgré le nombre de vannes que j’envoie juste avant sur les Romands pour préparer le terrain, rigole Joseph. On m’avait dit aussi: «Tu verras, les Suisses allemands ne rient pas avec les blagues au-dessous de la ceinture.» Ce n’est pas vrai!» Pierre Naftule et Joseph Gorgoni ont dû malgré tout réfréner leur propension naturelle aux gags grivois, il y a des enfants dans le public des Knie. «On voulait aussi appeler un chameau Kadhafi, raconte Naftule, et retrouver les otages dans ses bosses, mais Fredy Knie a refusé. On ne fait pas de politique au cirque!»

Un autre jour, à Zurich, Marie-Thérèse est allée manger une tourte au chocolat chez Felix am Bellevue, le tearoom chic et branché. Felix, le patron (un millionnaire à la tête des fameuses chocolateries Teuscher), s’est pris d’affection pour la Glandoise à qui il a offert ses fameuses truffes aux champagne. Celles mêmes que Penélope Cruz ou Barbra Streisand ont dégustées ici, dans cette grande salle baroque qui n’aurait pas déplu à Fellini.

Certaines dames de la haute, peu au parfum de la notoriété de dame Porchet, ont quelque peu tiqué à la vue du tailleur fauve et de ce qui va avec. L’affiche de la tournée 2010 a beau être placardée sur la porte d’entrée, des clients la prennent ostensiblement pour une drag-queen. D’autres, en revanche, la reconnaissent sur la Bahnhofstrasse et viennent quémander timidement un autographe. «Geniale Schreckschraube» a titré à son propos la Sonntags-Zeitung. «Ça veut dire quoi?» demande ingénument la star du Knie. «Moche et gonflée, mais on ne te traduit pas tout», répond Naftule, taquin, qui veille à ce que l’ego de Marie-Thérèse n’enfle pas comme la grenouille de la fable.

Sans lui préciser que les Suisses allemands vont garder d’elle le souvenir d’une «géniale mégère!»

Programme de la tournée sur www.knie.ch




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Tags: Marie-Thérèse Porchet, Joseph Gorgoni, Fredy Knie, Pierre Naftule Aller en haut de page Haut de page

 

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UN CLASSIQUE DE SON RÉPERTOIRE: LA LEÇON DE GÉOGRAPHIE

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