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RÉTROSPECTIVE
DE PARIS À SAVIÈSE, L'INVENTION D'UN NOUVEL ART

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 03.01.2012

Entre deux rétrospectives, l’automne dernier à Berne (achevée le 19 novembre) et aujourd’hui à Martigny, chez Gianadda (jusqu’au 26 février), la cote d’Ernest Biéler (1863-1948) a battu un nouveau record; à Genève, le 15 décembre, vainqueur d’une enchère particulièrement disputée, un collectionneur suisse s’est offert un cadeau de Noël à 1155000 francs, Le portrait de Violette Scholder, un tableau extraordinaire exécuté en 1911, peut-être la meilleure période du peintre, mais sans doute pas la plus connue.

Talent précoce

Longtemps, les profanes ont limité leurs regards aux œuvres qui ont rendu le peintre le plus célèbre: ses scènes de la vie rurale valaisanne, les jeunes Saviésannes sur le chemin de l’église, vues des rudes paysans au travail, folklore aux parfums de raclette, paysage d’un coin de paradis où les artistes allaient volontiers se réfugier en ces temps de révolution industrielle… Ainsi, on imagine tout naturellement Ernest Biéler Valaisan et catholique, alors qu’il était en réalité Vaudois et protestant. Il naît à Rolle dans une famille bourgeoise et grandit à Lausanne. Beaucoup plus fort en dessin que sur les bancs d’école, il part à 17 ans déjà pour Paris, suivre les cours de la très libre Académie Julian, que des élèves comme Dubuffet, Duchamp, Vuillard ou Matisse rendront célèbre dans l’histoire de la peinture. Fréquentant assidûment les galeries branchées comme on ne disait pas à l’époque, exposant dès 1887 au Salon de Paris, très à l’aise dans les milieux d’avant-garde où s’invente l’art à venir, il assimile avec toute sa virtuosité les tendances les plus modernes de la création. Le succès pourtant tarde à venir et c’est à court de vivres qu’il rentre en Suisse et s’installe à Genève. Le plafond du Victoria Hall sera la première d’une série de commandes officielles (le plafond du théâtre municipal de Berne, la chapelle de Tell au Tribunal fédéral à Lausanne, une mosaïque pour l’hôtel de ville du Locle) qui reconnaissent très vite son talent et nourrissent sa famille.
En 1884, Ernest Biéler avait découvert le village de Savièse. Le mode de vie demeuré presque communautaire des habitants, les lumières semblant méditerranéennes de ce balcon sur le Rhône impressionnent fortement l’artiste qui y loue un logement dès 1896, avant de s’y faire construire un atelier quatre ans plus tard. Sous le soleil de Savièse, le peintre abandonne définitivement la peinture à l’huile au profit de la gouache et surtout de la tempera, une technique à partir de jaunes d’œufs qui permet la plus grande précision et des aplats d’une transparence magique. «Monsieur le peintre», comme l’appellent ses voisins saviésans, n’est pas un bourgeois comme les autres. Mais les Valaisans posent volontiers pour lui. Si, au premier regard, ses portraits semblent un peu durs, ils sont, à prendre le temps de les admirer, pétris d’humanité. Il y a de la précision d’un Manet dans ses tableaux, il y a du Klimt aussi, par exemple dans un extraordinaire portrait de sa femme Michelle, en 1913… Enfin, parmi les quelque 120 œuvres exposées, les deux immenses huiles Les feuilles mortes (1899) et Les sources (1900), restaurées grâce à l’aide de Léonard Gianadda, et enfin réunies, témoignent d’un véritable art nouveau.

Ernest Biéler, Fondation Gianadda, Martigny. Jusqu’au 26 février.



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Tags: Martigny, Fondation Gianadda, Ernest Biéler, restrospective Aller en haut de page Haut de page

 

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