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LIBYE
«NOTRE JOIE EST INDESCRIPTIBLE»
Entre espoirs, vexations, marchandages et rumeurs, Micheline Calmy-Rey et son homologue espagnol sont allés samedi tirer notre second otage des griffes du régime libyen. Récit d’un long week-end de guerre des nerfs où se croisent les figures de Kadhafi et de son grand ami Silvio Berlusconi.

Par Yves Lassueur - Mis en ligne le 15.06.2010

ARRIVÉE DE MAX GÖLDI EN SUISSE



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Max Göldi est libre. Depuis lundi, le second des otages suisses est de retour auprès des siens après deux ans de calvaire, mais c’est peu dire que la Suisse aura payé cette libération au prix fort. Non pas en termes de dédommagements financiers – pas encore! –, mais en termes de couleuvres avalées. Micheline Calmy-Rey aura eu tout un week-end, peut-être bien le plus long de sa vie, pour déguster le menu vexatoire que lui avait concocté ce maîtrequeux en humiliations qu’est Mouammar Kadhafi.

BELP-MADRID

Pour notre cheffe du Département des affaires étrangères, le périple commence samedi 12 juin vers 18 heures. A bord du jet du Conseil fédéral, elle quitte l’aéroport de Belp, près de Berne, pour se rendre en Espagne, où elle rejoint son homologue, le ministre des Affaires étrangères Miguel Moratinos. Ensemble, ils doivent se rendre à Tripoli, en Libye, pour négocier la libération de Max Göldi, retenu dans le pays depuis plus de 690 jours. Miguel Moratinos est l’une des figures clés des tractations en cours pour cette libération. Il est avec le ministre allemand Guido Westerwelle, l’un des deux émissaires de l’Union européenne attachés à dénouer la crise qui empoisonne les relations entre la Libye et la Suisse depuis l’arrestation musclée de Hannibal Kadhafi à Genève, le 15 juillet 2008.

TRIPOLI, L’INTERMINABLE ATTENTE

Samedi soir à 23 h 30, quand Micheline Calmy-Rey et Miguel Moratinos atterrissent en Libye à bord du Falcon 900 de l’Espagnol, ils essuient leur premier camouflet. Il ne sont reçus que par le numéro trois du régime, le vice-ministre des Affaires étrangères, Khaled Kaim.

Pendant ce temps, Max Göldi, sorti de prison deux jours plus tôt, séjourne dans un hôtel bien gardé de Tripoli. Il a récupéré son passeport, mais attend toujours son visa de sortie. Dimanche matin, les deux ministres des Affaires étrangères suisse et espagnol sont conviés à une rencontre avec le premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi. Les journalistes sont prévenus qu’une conférence va avoir lieu à 10 heures. Ils attendront longtemps. Pendant des heures.

Micheline Calmy-Rey et Miguel Moratinos sont traités à l’identique: on les fait attendre pendant plus d’une heure dans le hall d’entrée d’un hôtel. Enfin, dimanche vers 14 h 30, les deux ministres des affaires étrangères européens et leur homologue libyen, Moussa Koussa, font leur entrée devant la presse. Micheline Calmy-Rey donne alors connaissance, en anglais, de l’accord qui a enfin pu être paraphé. Un accord qui a déjà germé en fait au mois de mai en Allemagne, lors de pourparlers entre Libyens, Espagnols, Allemands et Suisses.

ENCORE DES EXCUSES

L’accord en question prévoit la réactivation du tribunal arbitral neutre chargé d’enquêter et de se prononcer sur les circonstances de l’arrestation de Hannibal Kadhafi à Genève il y a deux ans. S’y ajoutent de nouvelles excuses suisses, après celles déjà formulées par Hans-Rudof Merz lors de sa pitoyable équipée libyenne de 2009. Cette fois, les excuses de Micheline Calmy-Rey portent sur la publication par La Tribune de Genève des photos de Hannibal Kadhafi prises lors de sa garde à vue. Si les fonctionnaires qui ont livré ces photos à la presse ne sont pas identifiés et punis, Berne devra s’acquitter d’un dédommagement qui pourrait s’élever à 1,5 million d’euros.

SOUS LA TENTE

Entre-temps, Max Göldi a reçu son visa. Mais quand pourrat-il partir et dans quel avion? Pas si vite! Dimanche en fin de journée, Micheline Calmy-Rey et Miguel Moratinos sont conviés à se rendre sous la tente de Mouammar Kadhafi, qui fête là, ses inévitables lunettes noires de rock star du désert sur le nez, le 40e anniversaire du départ des troupes américaines de Libye. Parmi les invités: le sémillant président du Conseil italien Silvio Berlusconi, qui vient d’arriver et bénéficie auprès du régime Kadhafi d’un statut d’hôte privilégié.

Dans la crise des otages suisses, le Cavaliere a joué un rôle plus que douteux. Mais il est si bien en cour à Tripoli, si à l’aise sous la grande tente de son ami Kadhafi, que la rumeur finit par se répandre jusque dans les médias suisses: c’est lui, Berlusconi, qui ramènera Max Göldi en Europe dans son propre avion. Peut-être jusqu’à Milan!

TUNIS-ZURICH

Pour Micheline Calmy-Rey, ce serait l’humiliation majeure. Elle lui sera épargnée, mais ce n’est pas elle, malgré tout, qui pourra s’enorgueillir d’avoir fait franchir à Max Göldi les frontières libyennes: le clan Kadhafi s’arrange pour que l’otage gagne d’abord la Tunisie voisine à bord d’un vol commercial.

C’est de là, de Tunis, dans la nuit de dimanche, que Max rentre en Suisse, à bord d’un avion militaire espagnol, en compagnie de Micheline Calmy-Rey et du ministre espagnol des Affaires étrangères. Il arrive à l’aéroport de Kloten lundi vers 1 h 20. Il salue la presse mais ne fait aucune déclaration. Il serre sa femme et sa mère dans ses bras. Après 695 jours de détention arbitraire en Libye, son cauchemar prend fin.

Un autre chapitre ne fait que s’ouvrir. Celui des règlements de comptes politiques en Suisse. Il aura pour toile de fond la façon dont la crise des otages a été gérée par le Conseil fédéral et les autorités genevoises. Et, là, il se pourrait bien que l’avalage de couleuvres figure au menu de plus d’un convive.



«JE LUI AI SOUHAITÉ BON RETOUR CHEZ LUI
Rachid Hamdani

Détenu aux côtés de Max Göldi pendant 19 mois, Rachid Hamdani a pu fugitivement échanger quelques mots avec lui lors de son retour. Le Vaudois se dit heureux de la libération de son ami mais aussi en colère contre les autorités genevoises.

Il est heureux, Rachid Hamdani. Max, son copain d’infortune, a finalement lui aussi pu rejoindre les siens dans la nuit de dimanche à lundi. Enfin. Rachid Hamdani peut désormais tourner la page de ses 19 mois de captivité, 23 pour Max Göldi. Tous deux vont se revoir, bien sûr, pour fêter cette libération. Mais dans quelques jours, lorsque Max aura réellement pu atterrir, retrouver sa maison, sa famille. Rachid a tout de même échangé quelques mots avec son ami entre deux avions lors de sa brève escale dans la capitale tunisienne.

Rachid, qu’avez-vous pu dire à Max?

Oh, c’était très bref, je voulais juste m’assurer que tout allait bien et qu’il était réellement sur le chemin du retour. Je lui ai souhaité bon retour chez lui. Je ne voulais pas le déranger; je sais, pour l’avoir vécu, que ce n’est pas une journée facile. Ce sont des moments émotionnels pour tout le monde, où il y a beaucoup de tension et d’imprévus.

Que lui direz-vous quand vous le reverrez?

Je ne peux pas vous le dire, je n’en sais rien. Ce sera une rencontre de deux bons amis après une longue absence. On va se raconter nos souvenirs, les moments forts passés ensemble et, surtout, se réjouir que finalement tout s’est bien terminé.

Vous allez jouer les deux au pingpong en souvenir des parties disputées, bloqués à l’ambassade à Tripoli?

(Il rit.) Non, ça, c’est du passé. On a plutôt besoin d’espace, de grand air de nature et de liberté.

Aujourd’hui, vous êtes aussi en colère contre les autorités genevoises…

Absolument! Et je pense qu’on n’en a pas encore terminé avec le sujet, c’est un dossier à suivre. Dans cette histoire, il n’y a que deux victimes qui ont souffert de cette situation: Max et moi. Personne d’autre. Les autorités genevoises, qui sont tout de même à la base de cette affaire, ne nous ont jamais adressé le moindre signe. Pas même une carte à Noël, des vœux de fin d’année, rien.

N’êtes-vous pas en colère contre Kadhafi?

Non, pas vraiment. Je suis en colère contre la situation, contre le fait que l’on s’est servi de deux victimes innocentes pour régler un problème politique né de l’arrestation de Hannibal Kadhafi à Genève. En revanche, je suis très reconnaissant aux autorités fédérales, qui se sont toujours démenées pour tenter de trouver une solution. Et je remercie aussi le peuple suisse pour sa solidarité, de même que les personnalités à l’étranger qui se sont engagées pour nous, comme des locaux en Libye qui ont aussi essayé de nous apporter leur aide.



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Tags: Max Göldi, otage, Libye, Tripoli, Suisse, Kadhafi, Micheline Calmy-Rey, Hans-Rudof Merz Aller en haut de page Haut de page

 

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