Sur une carte: deux grains de sable volcanique émergeant au milieu de l’immense océan Indien. Au nord-est de Madagascar, dans le canal du Mozambique, Mayotte appartient à l’archipel des Comores. Mais, contrairement à ses sœurs devenues indépendantes dès 1975, Mayotte a, par référendum, plusieurs fois manifesté son attachement à la France. Dernier acte d’une histoire millénaire: depuis la semaine dernière, Grande-Terre (363 km2) et Petite-Terre (11 km2) forment le 101e département français, le cinquième d’outre-mer après la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion…
TEMPS ARRÊTÉ
Quelque 8000 kilomètres séparent le département de l’Ain (01) de celui de Mayotte (101). Bien davantage en réalité. En 1841, la France avait acheté l’île à Andrian Souly, sultan vieillissant en échange d’une pension à vie! Peuplée dès le VIIIe siècle par des populations swahilies, bientôt rejointes par les ennemis bantous, régulièrement occupée ou simplement pillée par des Malgaches conquérants ou de simples pirates, longtemps sous le joug des Arabes qui y introduisent l’islam, disputée par les Anglais et les Français, l’île reflète toujours au quotidien ce mélange des populations et des cultures qui s’y sont succédé.
Contrairement à Zanzibar (1000 kilomètres plus au nord-ouest), Mayotte n’a jamais constitué une escale pour les nombreux bateaux qui assuraient le transport des épices depuis l’Asie et les Indes… Cet isolement fait aujourd’hui une part de sa richesse: Mayotte est un endroit largement préservé, où, sorti de Mamoudzou, le chef-lieu et unique ville de l’archipel, le temps semble souvent s’être arrêté. Avant de partager réellement les règles en vigueur dans la République française, les Mahorais devront encore aménager des habitudes culturelles profondément ancrées. Ainsi la délicate question de la polygamie – depuis 2003 une loi dit: «Nul ne peut contracter un nouveau mariage avant la dissolution du ou des précédents»… Mayotte est aussi un pays très religieux; de tradition sunnite, introduite par les Arabes, 95% de la population pratique un islam fervent et empreint de croyances africaines et malgaches. La justice, par exemple, y est de coutume rendue par des cadis, des juges musulmans… Autant de traditions très fortes qu’il faudra aménager et dissoudre lentement. La gentillesse légendaire des habitants, le climat tropical faciliteront peut-être la transition, comme la douceur apaisante de ses paysages.
ÎLE AUX TRÉSORS
Entourée d’un récif corallien de 160 kilomètres de long, l’île baigne au centre d’un des plus vaste lagons du monde. Les baleines et les tortues vertes viennent régulièrement s’y reproduire. Que du bonheur pour les plongeurs. Sur terre, senteur de frangipanier et d’ylang-ylang que les îliens distillent pour la parfumerie. Si la forêt primaire a aujourd’hui disparu, la campagne mahoraise reste un formidable jardin: manguiers, bananiers, citronniers, poivriers, girofliers, canneliers, ananas et arbres à pain; l’homme, muni de l’indispensable machette, n’a qu’à se servir. Sur toute l’île, pas le moindre animal dangereux ou venimeux pour le menacer! Mais des oiseaux et des papillons, des makis et des caméléons parmi les baobabs et les fleurs géantes… Un coin de France au paradis.