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MEURTRE DE SAINT-LÉONARD (VS)
TUEUR À 23 ANS, L’ITINÉRAIRE MORBIDE D’ANTHONY A.
Avec son fusil d’assaut, Anthony A. a ôté la vie à sa petite amie, Christina, et brisé deux familles. Etait-il programmé pour en arriver là? Récit et témoignages.

Par Xavier Filliez - Mis en ligne le 20.11.2011

Christina Bonvin est morte d’une balle de Fass 90 en pleine tête. Au bout de la crosse, ce soir-là, dans le petit appartement qu’ils partageaient depuis trois mois sous les toits d’une maison villageoise de Saint-Léonard (VS), son compagnon Anthony A. scella deux destins dans le fracas et le sang.

Christina devait fêter son vingt et unième anniversaire dimanche 6 novembre. Avec ses parents, Jean-Michel et Simla, son frère aîné et son frère jumeau. «Je les avais invités pour une fondue chinoise. Elle adorait le riz cantonais», soupire sa maman, dévastée, en feuilletant quelques rares images de sa fille – «elle n’aimait pas les photos» –, dont celle qui ornera la plaquette funéraire.

Dans le salon devenu sanctuaire, une bougie se consume lentement sur un petit autel de fortune en même temps que s’égrènent les souvenirs les plus récents. «Vendredi, on a fait les courses ensemble. Elle est venue souper ici. Puis elle est rentrée en me disant qu’elle était fatiguée, qu’elle allait prendre un bon petit bain et se coucher tôt…» Elle s’effondrera.

LICENCIEMENT ET ALCOOL

On en sait désormais un peu plus sur les motifs de la dispute qui a conduit au drame. Anthony, 23 ans, opérateur de machine, en placement temporaire aux laminoirs de l’entreprise d’aluminium Novelis depuis deux ans, avait reçu l’annonce de son licenciement, officiellement pour raisons économiques. Il cumulait surtout les absences injustifiées. Selon le père de Christina, employé de la même entreprise et qui lui avait trouvé ce poste au début de leur relation, Anthony «montait aussi les uns contre les autres à l’usine».

Ce licenciement a-t-il été l’objet de la querelle? Partiellement, soutient l’avocat de l’auteur présumé, Me Grégoire Rey. Ce soir-là, après le travail, Anthony serait rentré ivre à la maison. Ses analyses confirment une alcoolémie de 2‰. Les reproches de Christina sur son état cumulés à des menaces de rupture l’auraient mis hors de lui. On connaît l’issue de la scène de ménage.

Selon les déclarations d’Anthony, Christina et lui vivaient jusque-là une relation plutôt calme et avaient même des projets de mariage. «Son licenciement, l’alcool, son passé: rien n’explique de manière logique un geste aussi aberrant», estime Me Grégoire Rey. Un couple qui ne se disputait pas ou peu? «Qui ne se dispute pas», avait tenté de tempérer timidement leur logeuse derrière la vitre fumée du rez-de-chaussée de la maison du drame lors de notre visite. Les parents de Christina, eux, sont beaucoup plus catégoriques. Anthony s’en prenait souvent verbalement, et très violemment, à sa petite amie.

«TROP AMOUREUSE»

Ils dépeignent un jeune homme lunatique et dont les épisodes de violence ont émaillé son passage dans la famille. Il y a un mois et demi, au mariage du frère de Christina, «Anthony a semé le trouble. Il s’est montré violent avec ma femme et ma fille. Je l’ai mis en garde.» En guise de représailles, le jeune homme a sévèrement endommagé la voiture de Jean-Michel Bonvin.

Avant cela, il avait menacé toute la famille. «Un jour, je faisais de la musculation au soussol, et j’ai entendu Anthony crier très fort contre ma fille. Quand je suis arrivé à l’étage, il l’a regardée droit dans les yeux et lui a dit: «Si tu me quittes, je te tue.» Puis il a couru loin.»

Face à ces violences, les parents de Christina ont plusieurs fois essayé de la faire revenir. «Je pensais que, tôt ou tard, il arriverait quelque chose, mais jamais quelque chose d’aussi grave. Que j’irais récupérer ma fille et la ramener chez nous», regrette le papa au côté de son épouse meurtrie: «Elle était trop amoureuse. On a respecté son choix. C’était mon ange. On se voyait tous les jours. Elle me disait: «Maman, tu crois que c’est normal qu’on soit si proches?»

Il y a le deuil, les larmes qu’on retient ou non, les rites funéraires, les questions sans réponses, le drame humain. Et puis il y a les circonstances qui ont rendu possible cette infamie et que la justice, et les institutions plus globalement, devront bien décrypter (lire en page 20). Car l’itinéraire tortueux du tueur présumé n’a pas commencé dans la salle à manger des Bonvin. Plusieurs signaux laissaient présager un potentiel destructeur.

Le parcours chaotique d’Anthony A. débute dans son propre noyau familial. Son père, D. A., que L’illustré a rencontré chez lui, en livre un portrait très sombre. «Les problèmes ont commencé tout jeune. A l’école enfantine déjà, c’était un meneur, un cogneur. Il refusait tout ce qui venait de l’autorité.»

DIVORCE DIFFICILE

Des divergences claires apparaissent entre les parents sur la façon d’éduquer leur enfant, explique le père. «J’ai très tôt pensé qu’il fallait lui faire consulter un psychologue, mais ma femme, alors, le défendait systématiquement.» Aux successions d’incidents scolaires – «au cycle, il envoyait balader les professeurs» – «d’insultes, refus et coups de gueule» s’ajoute «un divorce qui s’est très mal passé».

Anthony vit ensuite avec sa mère jusqu’à l’âge de 12 ans. Finalement poussée à bout par son comportement, elle tente de le placer chez son père. «Je ne pouvais pas.

Ma seconde épouse était enceinte, c’était très compliqué, vu le comportement de mon fils.» Suit un séjour d’un an dans une famille d’accueil, à Granges, qui se passe mal, selon D. A., qui finit par héberger Anthony dans un studio attenant à sa maison.

FAMILLE ÉCLATÉE

Les versions divergent sur la suite du parcours. Le père, jure-t-il, aurait «tout fait pour l’aider à trouver un travail». De ces stages ou apprentissage de gestionnaire en logistique, plâtrier-peintre, boucher, l’adolescent ne terminera rien. «Il prenait le train sans payer. Il a accumulé les actes de défaut de bien. Après l’avoir mis en garde, un beau jour, je lui ai dit: «Tu dégages.»

Un père, remarié, qui aurait tout mis en œuvre pour remettre son fils «sur le droit chemin» sans succès. Cette version diffère fondamentalement de celle donnée par le principal intéressé. Actuellement en détention préventive, Anthony a fait l’objet d’une expertise psychojudiciaire, en avril 2008, dans le cadre d’une instruction pénale pour divers délits commis en bande.

Son récit au psychiatre est totalement à charge contre ses parents. Son père y est décrit comme un homme «brutal, notamment lorsqu’il a consommé de l’alcool ou de la drogue», n’hésitant pas à le mettre dehors pour la nuit lors de leurs disputes. Il aurait régulièrement fourni son fils en cannabis. Sa mère, dépressive, aurait commis une tentative de suicide.

Profondément affecté par les déclarations d’Anthony qu’il a apprises par la presse, D. A. se défend d’être cet hommelà. «Ne pensez-vous pas que si je l’avais violenté ou que je lui avais fourni de la drogue, la police serait venue chez moi pour régler le problème? Je l’ai frappé une seule fois. Il avait 16 ans et il le méritait, il avait été trop malhonnête.»

Au-delà des faits, ces échanges père-fils par médias interposés en disent déjà long sur l’environnement conflictuel de cette famille éclatée. Cela n’excuse en rien l’acte irréparable d’Anthony, rappelle le père de la victime, scène du crime en tête: «Une balle ne sort pas toute seule d’un fusil. Il faut prendre la munition, charger le magasin, enlever la sécurité et lever l’arme vers la tête. Ma fille a pris une balle là, vers la tempe! Ce garçon, c’est comme s’il avait subi un lavage de cerveau, qu’il était programmé pour faire ce qu’il a fait. La justice ne doit pas essayer de réduire sa peine parce qu’il avait des problèmes psychologiques.»

BANDE ORGANISÉE

Les déboires familiaux vont de pair avec un environnement social perturbé. Dès 2007, Anthony A. vit entre une auberge de jeunesse et un hôtel sédunois. Il paie sa chambre avec son salaire d’ouvrier dans une blanchisserie où il travaille à la satisfaction de son employeur. Or, ses occupations, après le travail, ne sont pas celles d’un jeune bien dans sa peau. Il fréquente «des zonards, des branlafates», dit son père, qu’il retrouve souvent à la gare de Sion.

Une bande organisée se forme bientôt, qui élabore divers projets de vols et de braquages. Certains passent à l’acte au McDonald’s de Sion un dimanche d’avril 2008 et séquestrent le gérant. La police interpelle les auteurs et remonte à leurs complices, une vingtaine de jeunes hommes en tout. Les perquisitions permettront de mettre la main sur des munitions, des armes, factices ou non, des pieds-de-biche, des battes de baseball.

Le groupe se revendique d’une organisation de type mafieux, scellée selon des rituels aussi loufoques qu’inquiétants. Certains membres du groupe «se sont juré fraternité en évoquant une phrase mafieuse», détaille le dossier d’instruction. «Au préalable, ils s’étaient piqué le doigt pour que leur sang s’écoule sur les photos de saints, prises de vue qui avaient ensuite été brûlées.» Au programme: l’attaque d’un fourgon blindé, notamment.

CHRISTINA VOYAIT LOIN

Anthony a, pour ces affaires, dans lesquelles il joue un rôle «marginal», selon la justice, été inculpé d’actes préparatoires délictueux, vol et dommages à la propriété. Or, pas besoin d’attendre un procès pour saisir la noirceur de l’univers dans lequel évoluait depuis longtemps le tueur présumé de Christina.

Dans ce monde-là, les DVD et jeux vidéo violents comme Call of Duty se mêlent aux rêves d’un grade dans l’armée suisse. La frontière entre fantasme et réalité s’évapore dans un shoot de speed, de LSD ou de cocaïne fumée, d’après son expertise. Dans ce mondelà, on parle aux femmes comme on vide un chargeur. Anthony, 1 m 94, 90 kilos, «ne s’attaque qu’aux femmes ou aux faibles. Tout le monde est fort avec une arme», résume le père de la victime.

Son épouse et lui n’ont pas le choix entre le cauchemar et la réalité. Chaque jour, au rythme des cartes de condoléances et des articles de presse, ils pleurent «un ange». «Christina avait 21 ans, mais elle voyait loin.» Auxiliaire de vente à la Coop City de Sion, où elle était «très appréciée de ses collègues», elle avait préparé un nouveau CV pour tenter de nouvelles expériences professionnelles. «Elle prévoyait tout dans les détails. Elle avait dit que, si elle mourait, elle voulait être incinérée.»



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Tags: Meurtre, Saint-Léonard, Anthony A., tueur, Valais Aller en haut de page Haut de page

 

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