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VATICAN
«JE NE VEUX PAS DEVENIR PAPE!»
Evêque de Bâle jusqu’au 16 janvier, il est devenu en novembre dernier, à 60 ans, l’un des plus jeunes cardinaux. Sa vie à Rome, ses voyages, son message sur le sens de la vie.

Par Robert Habel - Mis en ligne le 11.01.2011

Il ressemble tout à fait au roseau pensant de Pascal: fragile physiquement, mais vigoureux intellectuellement et spirituellement.

Nommé archevêque et président du Conseil pour la promotion de l’unité des chrétiens le 1er juillet dernier, Mgr Kurt Koch, évêque de Bâle jusqu’au 16 janvier, a été nommé ensuite cardinal, le 20 novembre, par le pape Benoît XVI. Courtois, attentif et volontiers malicieux, Mgr Kurt Koch s’exprime d’une voix douce et aimable, dans un français parfait, avec une espèce de timidité qui révèle en fait l’homme de dialogue qu’il est profondément, soucieux d’affirmer ses convictions mais sans jamais blesser ses interlocuteurs. Ses bureaux sont situés sur la via della Conciliazione, la grande avenue qui donne sur la place Saint-Pierre, mais il habite depuis la mi-décembre à l’intérieur du Vatican, au cœur du christianisme. «C’est très émouvant», confie-t-il.

C’est une joie d’être cardinal?

Oui, parce que le Saint-Père m’a nommé en tant que président du Conseil pontifical, ce qui montre toute l’importance qu’il accorde à l’œcuménisme. Mais c’est surtout un grand défi. Etre cardinal, cela veut dire être prêt à tout pour l’Eglise et pour la foi, y compris, en dernier lieu, de donner sa vie. C’est pourquoi les vêtements d’un cardinal sont rouges, la couleur du sang.

Vous ne pensez pas au martyre, quand même!

Non, mais on ne sait jamais… N’oubliez pas que dans le monde, aujourd’hui, les trois quarts des victimes de persécutions religieuses sont des chrétiens.

On voit l’exode massif des chrétiens en Irak, les persécutions contre les coptes en Egypte…

En Turquie aussi, il y a quelques années le prêtre Santoro et cette année l’évêque d’Anatolie, Luigi Padovese, ont été assassinés. Comme je suis toujours en voyage, on ne sait jamais ce qui peut arriver…

Avez-vous déjà été menacé?

Cela s’est produit une fois, il y a trois semaines. J’avais dit, dans une interview, que j’avais l’impression que les hommes politiques avaient un peu sous-estimé le problème de la présence des musulmans en Europe. J’ai reçu ensuite une lettre anonyme: «Soyez prudent avec ce que vous dites!»

Vous étiez pourtant contre l’interdiction des minarets en Suisse.

La Conférence des évêques suisses était contre cette initiative pour deux raisons. D’abord, parce qu’elle estimait qu’on ne pouvait avoir un équilibre dans la non-justice. Si les chrétiens n’ont pas le droit de construire des églises dans des pays musulmans, nous ne pouvons pas faire la même chose en Europe. Ensuite, les évêques suisses ne voulaient pas réintroduire, dans la Constitution, un article d’exception qui discrimine une religion. De toute façon, la votation sur les minarets portait sur beaucoup de choses, sauf sur les minarets!

Vous êtes aujourd’hui l’un des cardinaux les plus jeunes. Vous pourriez être le prochain pape?

Oh, il y en a de plus jeunes que moi! L’archevêque de Munich, par exemple, a quatre ans de moins. Non, je ne pense pas devenir pape! Nous sommes 120 cardinaux, et je crois que le Saint-Esprit a plus de fantaisie qu’on ne croit! (Rire.)

«Benoît XVI est très ouvert, il répond à toutes les questions»

Vous n’y pensez pas de temps en temps, malgré vous?

Non, jamais. Nous sommes maintenant quatre cardinaux suisses. Deux de ces trois autres ne peuvent pas voter, car ils ont plus de 80 ans, mais ils peuvent être élus. Pour un petit pays comme la Suisse, quatre cardinaux c’est exceptionnel.

Vous vous occupez du dialogue entre les religions chrétiennes, mais on a l’impression que celui-ci est occulté aujourd’hui par le dialogue entre le christianisme et l’islam.

Nous avons ici, à Rome, dans la même maison, le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, que je préside, et, de l’autre côté, le Conseil pontifical pour le dialogue avec les autres religions. Les deux dialogues sont absolument nécessaires, mais il est évident que c’est le dialogue interreligieux qui est désormais le grand défi.

A quoi ressemble votre nouvelle vie de cardinal?

Je voyage beaucoup, je rencontre beaucoup de religieux engagés dans le dialogue œcuménique. En septembre, j’ai accompagné le Saint-Père en Angleterre, parce que c’était un grand événement œcuménique, avec sa rencontre avec l’archevêque de Canterbury. J’ai participé à l’intronisation du nouveau patriarche orthodoxe en Serbie, je suis allé à Istanbul, j’ai passé trois jours en Israël à la midécembre. Je suis très sensible au judaïsme, parce que c’est la religion mère du christianisme.

Parmi les questions qui reviennent sans cesse, il y a le mariage des prêtres. Pensezvous que l’Eglise puisse évoluer sur ce point?

Non, je ne crois pas. Le Saint-Père a déclaré qu’on ne pouvait l’envisager maintenant, le Synode des évêques l’avait déjà dit en 2005. On peut toujours l’imaginer de manière théorique, mais ce n’est pas un changement en cours dans l’Eglise.

On a beaucoup parlé du livre de Benoît XVI, Lumière du monde, qui a parlé pour la première fois du préservatif. L’Eglise devientelle un peu plus libérale?

A mon avis, on a exagéré cette déclaration de Benoît XVI. Il peut en outre se référer à une pratique qui existe depuis longtemps en Afrique, la pratique ABC. A ça veut dire abstinence, B be faithful et C condom. Le condom ne vient qu’en troisième lieu, en cas d’urgence. Mais pas en premier lieu. C’est pourquoi le Saint-Père a toujours déclaré qu’on ne pouvait résoudre le problème du sida avec des préservatifs. Dans les pays africains où l’on a suivi cette méthode ABC, le sida a reculé. Mais dans les pays où l’on base tout sur le préservatif, il a augmenté.

Le fait que le pape parle de préservatif est quand même une nouveauté, parce que Jean Paul II avait toujours évité de prononcer le mot et n’avait pas dit que cela pouvait être un moindre mal.

Ce qui m’a frappé, en l’occurrence, c’est plutôt le style de Benoît XVI: c’est le premier pape qui donne une interview. Cela illustre son tempérament: il est très ouvert, il répond à toutes les questions qu’on veut bien lui poser.

Vous le voyez souvent?

Oui, il m’a invité à la fin août à la réunion qu’il organise, chaque année, avec ses anciens étudiants. Je n’étais pas un de ses étudiants, mais il m’a invité pour prononcer les conférences. Je l’ai accompagné ensuite en Angleterre et ici, à Rome, quand je reçois des hôtes œcuméniques, je les accompagne chez le Saint-Père.

«C’est toujours l’amour et la vie qui ont le dernier mot»

Votre culture allemande crée une complicité entre vous?

On parle en allemand! Mais la raison principale, c’est que j’ai une haute estime pour ce pape, parce qu’il cumule trois qualités en une seule personne: il est un homme humble, il a une profonde foi, il a une très grande intelligence. Ces trois qualités, il est rare qu’on les retrouve chez le même homme.

Il y a aujourd’hui une grande interrogation sur le sens de la vie. Que peut dire l’Eglise?

Oui, il y a une profonde recherche du sens, je le vois surtout avec les jeunes. Les trois questions fondamentales, ce sont: Qu’est-ce que je suis? D’où je viens? Vers quel but je vais? La grande réponse que l’Eglise peut donner, c’est la réalité de Dieu et c’est la réalité de la vie éternelle. Une sociologue allemande, Marianne Gronemeyer, a dit: «Autrefois les hommes vivaient quarante ans, plus l’éternité; aujourd’hui ils ne vivent que nonante ans.» C’est plus court! La dimension eschatologique, la dimension de la vie après la mort a beaucoup d’importance pour la vie que je vis maintenant. Parce que si la mort est la fin de la vie, je dois faire tout ce que je peux dans ma vie, en pensant d’abord et surtout à moi. Mais si je crois en la vie éternelle, j’ai tout le temps devant moi et, pendant ma vie terrestre, je peux aussi penser aux autres!

C’est le grand message du christianisme?

La bonne nouvelle du christianisme, c’est la résurrection de Jésus-Christ, c’est que la mort n’a pas le dernier mot. C’est toujours l’amour et la vie qui ont le dernier mot.

Espérons que ce soit vrai!

Mais oui, bien sûr! Je vous promets qu’un jour, nous en rediscuterons au ciel, vous et moi. (Rire.)

La foi, ça vous donne de l’optimisme, de la confiance dans la vie?

Oui, la plus belle chose que je connais dans la vie, c’est ma foi. J’aurais besoin de beaucoup d’intelligence pour penser que Dieu n’existe pas. Penser que la création soit le produit du hasard, ce serait invraisemblable.

Mais il y a aussi la souffrance du monde, qui est inexplicable.

Si je pensais que Dieu n’existait pas, j’aurais encore plus de peine à comprendre la souffrance des hommes. Je crois à un Dieu qui est la compassion. Un grand théologien a dit que Dieu ne peut pas souffrir en soi, mais qu’il peut souffrir avec les hommes. Il est en communion avec toute la souffrance des hommes.

Jean Paul II parlait souvent des saints qui doivent guider le monde. Vous avez des saints de prédilection?

Oui, en premier lieu, le patron de mon nom, saint Konrad, qui était évêque de Constance. Il n’avait pas voulu devenir évêque, comme moi, mais il l’est quand même devenu, comme moi. (Rire.) Il a fait beaucoup de choses pour la formation des prêtres. Ensuite, j’admire les saints de la tradition monastique, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse d’Avila, la petite Thérèse…

Pourquoi ne vouliez-vous pas devenir évêque?

J’aurais voulu devenir curé, mais je n’ai jamais réussi! (Rire.) J’ai été professeur à l’Université de Lucerne, pendant quelques années, puis le chapitre des chanoines m’a élu évêque de Bâle. Quand on est ordonné prêtre, on dit «Adsum», «Je suis prêt». Et chaque fois qu’il y a de nouveaux défis, ensuite, on répète la même chose: «Je suis prêt.»

 



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Tags: Mgr Kurt Koch, évêque de Bâle, Rome, Vatican, cardinal Aller en haut de page Haut de page

 

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