Personne ne fera croire à ces enfantslà que leur papa est parti faire un long voyage… Ce 25 juin 2009, il n’y avait guère de place pour les métaphores au domicile des Jackson. Si le cadet, Prince Michael II, surnommé Blanket, n’a rien vu, son aîné Prince Michael et sa sœur Paris étaient bien présents, eux. Découvrant son père gisant sur le sol, les yeux révulsés, l’aîné a d’abord cru qu’il lui faisait une blague, comme on l’apprendra plus tard. Ce n’est qu’ensuite, en constatant que le médecin de famille, le Dr Conrad Murray, s’efforçait de le ranimer, qu’il a compris. Paris, elle, était en larmes, hystérique.
Aucun enfant ne devrait voir son père mourir. Cette effroyable scène a profondément marqué Prince Michael et sa sœur Paris, jusque-là insouciants et surprotégés. Confiés à leur grand-mère Katerine par décision de justice, ils pourraient bien être appelés à témoigner lors du procès du Dr Murray, soupçonné d’homicide par négligence.
«Michael voulait les cacher, mais ses enfants rêvent d’autre chose»
Un proche des Jackson
Depuis le drame, tout a changé pour eux. Ils avancent en terrain découvert, traqués par les paparazzis, instrumentalisés par leur propre clan. Projetés d’un seul coup dans la lumière, ils se sont retrouvés piégés tels des papillons de nuit. Savaient-ils seulement qui ils étaient?
Question traçabilité, on a connu plus clair. Aussi bizarre que cela puisse paraître, de son vivant, Michael Jackson n’a jamais avoué à Prince Michael et Paris que leur mère était l’infirmière Debbie Rowe, rencontrée chez son dermatologue. La star l’épousa en novembre 1996. Debbie avait 37 ans. Elle était enceinte de six mois. Contre un solide pactole, elle lui donnera deux enfants, conçus par insémination artificielle, mais pour ces derniers, elle restera Miss Debbie, une connaissance…
Les deux enfants seront successivement «confisqués» par leur père et mis au secret, à Neverland d’abord, confiés à une escouade de nounous et d’infirmières, sous surveillance vidéo permanente. La mère attendra dix ans pour avouer que les donneurs étaient anonymes, ce qui n’empêchera pas de nombreux pères de sortir du bois, à tel point que Paris exigera très vite de son coiffeur qu’il lui remette ses cheveux dans un sac, afin d’éviter d’éventuels tests ADN...
En août 2002, venu assister au spectacle des illusionnistes Siegfried et Roy à Las Vegas, Michael Jackson leur présente en coulisses un bébé de 6 mois. «C’est mon troisième enfant, confie-t-il, Prince Michael II.» Jamais il ne donnera la moindre information sur la provenance de l’enfant ou l’identité de la mère… Et le bambin manquera de lui échapper des mains quelques mois plus tard sur un balcon situé au quatrième étage de l’hôtel Adlon, à Berlin!
SYNDROME DE PETER PAN
En public, Michael Jackson contraint ses enfants à porter un masque. Il les protège jalousement. Souffrant du syndrome de Peter Pan, il a pour ainsi dire le même âge qu’eux. L’école a lieu à domicile. L’artiste s’improvise instituteur et passe ses journées cloîtré, à faire la cuisine avec ses marmots, à jouer et à regarder la télé.
Quand Katerine, la grand-mère, âgée de 80 ans aujourd’hui, obtient du juge la garde des petiots, elle commence par rétablir la vérité au sujet de Debbie Rowe. Ces enfants doivent- ils continuer de vivre cachés pour être heureux? Elle n’en croit rien. On ne dissimule pas de tels trésors. Le plus urgent consiste donc à leur rendre leur vrai visage. C’est l’opération «bas les masques» dont le premier acte se joue en mondovision lors de la cérémonie d’adieux à Michael le 8 juillet 2009 au Staples Center, à Los Angeles.
Les gamins s’installent au 4641 Hayvenhurst Avenue à Encino, un quartier sans histoire de Los Angeles, au pied des collines de Hollywood. Les premiers temps sont rudes. Certes, la maison est douillette, mais sans comparaison avec le ranch de Neverland ou le manoir de Holmby Hills, à Bel Air. «Au début, c’était horrible, confie un membre de la famille. Blanket sanglotait tout le temps en demandant: «Où est papa?» Prince, l’aîné, détournait le regard quand Michael apparaissait à la télé. Paris, elle, ne faisait que parler de son père. Quand elle s’est installée dans sa nouvelle chambre, elle a recouvert les murs de posters à son effigie. Aujourd’hui encore, elle porte ses chemises.» Si Paris est davantage marquée, c’est peut-être parce que, comme l’indique sa tante La Toya Jackson dans son livre Starting Over, publié en juin 2011, elle est la seule des trois enfants à avoir demandé à voir son père mort.
«Ces enfants vont bien. Je suis très fière d’eux»
La Toya Jackson
Prince Michael, Paris et Blanket sont des enfants polis. Ils appliquent à la lettre les préceptes de leur grand-mère, très à cheval sur l’éducation, tout en suivant une thérapie. Surtout, ils sortent. On les aperçoit aux studios Universal, à diverses avant-premières de films, à Las Vegas comme en vacances à Hawaii, au club de karaté et à l’église des témoins de Jéhovah.
A l’automne 2010, l’aîné Prince Michael et sa sœur Paris se rendent pour la première fois à l’école. Respectivement âgés de 13 et 12 ans, ils assistent à leur premier cours au sein de la Buckley School, une école privée de la vallée de San Fernando. Le cadet, Blanket, 8 ans, reste à la maison.
Prince et Paris ont la fibre artistique. Face à Oprah Winfrey, l’aîné confie espérer pouvoir un jour produire et réaliser un film. Paris, elle, rêve de devenir actrice. Le préau offre surtout à Prince Michael l’occasion d’amorcer son éducation sentimentale. L’heureuse élue? Une certaine Nikki Berger, âgée de 14 ans, comme lui.
Le clan Jackson orchestre chaque apparition des enfants, comme le 29 août dernier à Gary, dans l’Indiana, où ils visitent la maison où leur père a vécu petit. Accueillis par des fans, ils signent leurs premiers autographes. Non seulement ils ne sont pas insensibles à l’ivresse de la gloire, mais ils songent sérieusement à se mettre en scène dans une émission de téléréalité. Le projet pourrait aboutir en 2012.
Quand on pense qu’hier ils sortaient masqués... Le 8 octobre prochain, Prince, Paris et Blanket se rendront à Cardiff, au pays de Galles, à l’occasion du grand concert événement donné en hommage à leur père. Ils pourraient même y faire un discours. Ensuite, l’aîné, Prince Michael, s’envolera seul pour Berlin où, le 10 novembre, il assistera à la vente aux enchères du manuscrit du tube Bad, rédigé par Bambi. Une escapade en solitaire. La toute première. Au nom du père.
DES ENFANTS TRÈS SOLLICITÉS
Depuis le décès de Michael Jackson il y a deux ans, ses enfants sont régulièrement mis à contribution par la famille, comme le 31 janvier 2010 (en haut) où Paris et Prince Michael ont reçu des mains de Lionel Ritchie un Grammy Award récompensant leur père pour l’ensemble de sa carrière. Leur grand-mère Katerine Jackson, qui les élève, s’efforce de les protéger, leur inculquant ses principes, tout en les sollicitant et en les responsabilisant, comme le 9 août dernier (en bas), où Blanket et Prince Michael ont participé à une action de charité au profit de l’hôpital des enfants de Los Angeles, sélectionnant eux-mêmes une série d’œuvres dédicacées par leur père pour une vente aux enchères.