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MICHELINE CALMY-REY
«C'EST UNE NOUVELLE VIE QUI COMMENCE»
Après neuf ans passés au Conseil fédéral, Micheline Calmy-Rey a annoncé mercredi son départ pour la fin de l’année. Retour sur le parcours d'une femme de convictions.

Par Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 20.09.2011

Elle a le sourire. Une veste noire sans artifice. Elle ne trahit aucune émotion, hormis le fait qu’elle doit s’y reprendre à deux fois pour prononcer sa décision «de ne pas me représenter à réélection le 14 décembre». Comme si sa volonté de traiter l’annonce de son retrait du Conseil fédéral comme une affaire courante butait, en franchissant ses lèvres, sur la réalité du geste: une démission du gouvernement ne peut, par définition, qu’être historique.

Cette manière de passer sans transition de la nouvelle de son départ aux décisions hebdomadaires du gouvernement sur les relations avec les Etats-Unis ou sur le franc fort est porteuse de sens. Car Micheline Calmy-Rey ne fait jamais rien par hasard. La ministre qui a voulu une diplomatie dite «publique» est une femme de symboles.

En rouge et blanc, elle prête serment en 2002, l’Helvétie sur l’épiderme et la Suisse dans la peau.

Arborant le drapeau national sur les talons de ses baskets en 2003, elle marche sur la frontière entre les deux Corées, la croix blanche en étendard d’une Suisse qui veut rassembler, une Suisse qui veut pacifier, une croix trait d’union entre les peuples.

Elle use des images et de son image comme aucun ministre des Affaires étrangères helvétique avant elle. A mille lieues d’un Flavio Cotti ayant réussi à se rendre invisible aux yeux de Jacques Chirac en 1996 à Genève. «C’est qui ce Monsieur Cotti?» s’était alors demandé le président français, ignorant tout du chef du DFAE.

UNE MAIN DE FER

Présidente en 2007, la Valaisanne s’offre en symbole d’une politique qui se veut participative en chantant Les trois cloches sur le plateau du populaire Alain Morisod. Micheline Calmy-Rey n’at- elle pas organisé dix rencontres avec la population, des bains de foule dans les communes du pays? Presque un paradoxe pour une femme qui mène son département d’une main de fer, usant collaborateurs et diplomates dans son souci constant de tout contrôler, tout régenter.

Symbolique aussi, cette volonté farouche, en dépit des polémiques autour de la sécurité de la plaine du Grütli, d’y venir en famille le 1er Août 2007 et d’y tenir un discours malgré les menaces ultranationalistes. «Elle a eu des gestes courageux, reconnaît le conseiller national libéral genevois Christian Lüscher et, lorsque quelqu’un s’est engagé sans compter durant neuf ans pour ses concitoyens, on lui dit merci. Après, je lui reproche surtout d’avoir roulé en solo, à défendre ses propres convictions plus que la politique définie par le gouvernement.»

 

«Un regret? Ne pas pouvoir achever les négociations avec l’UE Micheline Calmy-Rey»
Micheline Calmy-Rey

 

«Un caractère», décrivent tous les observateurs, «une personnalité». A l’heure où le Conseil fédéral, par la voix de son porte-parole André Simonazzi, rend hommage à «sa ténacité et sa passion», le petit sourire qui pointe alors sur le visage de la Valaisanne en dit long sur les échauffourées qui ont dû parfois émailler les séances du collège. «C’est une collègue avec laquelle je me suis quelquefois battu sur le domaine de la sécurité dont j’avais la charge, se souvient l’ancien conseiller fédéral Samuel Schmid. Mais je crois que l’on a malgré tout su conserver une bonne collégialité.»

Pugnace, elle n’a pas voulu revenir sans Max Göldi le 14 juin 2010, le dernier otage suisse de Kadhafi. Une victoire sur les nombreuses critiques liées à sa gestion de la crise et surtout une belle image de liberté.

Mais parfois les symboles lui jouent aussi des tours. Comme en Iran, en mars 2008. En acceptant de porter un voile au côté du président Ahmadinejad pour défendre un contrat gazier, elle s’attire les foudres des féministes de son propre parti.

LA PRÉSIDENTE ÉTAIT EN NOIR

Alors, à l’heure de prendre congé, on est encore dans la symbolique. Pas de blouse panthère, pas d’imprimés colorés, pas d’extravagant sac à main. La présidente était en noir. Une manière de signifier: «Je ne démissionne pas, je me retire.» Elle dit aussi la Suisse plus grande que les membres de son gouvernement. Ce qui ne manque pas d’élégance, si l’on compare avec la revancharde diatribe d’un Christoph Blocher évacué du Conseil fédéral en décembre 2007, jurant qu’on ne le chasserait pas de la politique. Micheline Calmy-Rey s’efface, que la relève se fasse.

N ote Le choix des photos est celui de la rédaction. Madame Calmy-Rey souligne que d’autres moments lui tiennent à cœur: les campagnes européennes et les votations populaires sur Schengen, la libre circulation ou encore l’inauguration du Conseil des droits de l’homme, la discussion avec Barack Obama à propos de l’Arménie-Turquie et la signature des protocoles de Zurich, sa visite au Darfour et à Gaza, l’entrée du Magen David Adom dans la Fédération de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

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Tags: Micheline Calmy-Rey, départ, Suisse, politique, Conseil fédéral, DFAE, politique étrangère Aller en haut de page Haut de page

 

Selon vous, Micheline Calmy-Rey a-t-elle été une bonne conseillère fédérale? (sondage réalisé du 14 au 20 septembre 2011, minuit)


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