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Michelle Obama
Le zéro faute d’une first lady
D’abord vivement opposée à la carrière politique de son époux, elle a failli le perdre. Aujourd’hui, alors que Barack est confronté au terrorisme, à l’enlisement des troupes américaines et à des crises multiples, le charisme et l’originalité de Michelle éclatent dans son rôle de première dame et les sondages la créditent de davantage d’opinions positives que le président.

Par Françoise Boulianne Redard - Mis en ligne le 05.01.2010
Barack Obama se plaît dans les chiffons de sa femme, qu’il rejoint parfois dans sa garde-robe. Il la taquine sur sa ceinture argentée, qu’il a baptisée Star Trek, et lui demande si elle avait vraiment besoin de cette nouvelle paire d’escarpins Jimmy Choo, elle qui ne songe qu’à se déchausser, même en public. Michelle Obama, qui n’a pas la langue dans sa poche, l’évince ainsi: «Va donc t’occuper de la faim dans le monde, et sors de mon dressing!»

Quand il était encore sénateur, il l’a appelée un soir, tout fier d’avoir réussi à faire passer une loi sur le contrôle des armes. Elle lui a répondu que les fourmis avaient envahi leur belle maison, et qu’il fallait qu’il s’arrête sur le chemin du retour pour acheter un répulsif. «Crois-tu que John McCain doit aussi accomplir de telles missions?» a-t-il rétorqué. «S’il ne le fait pas, il a tort», a souri Michelle.

Le couple Obama, c’est le choc des titans. Partis à égalité, tous deux beaux, charismatiques, brillants et diplômés de Harvard, ils auraient pu s’épanouir dans des carrières convenues, au risque de s’ennuyer, et gagner beaucoup d’argent tout en préservant leur vie de famille. C’était en tout cas le souhait de Michelle, et elle s’est battue comme une tigresse pour préserver son idéal. Devant l’ambition de Barack, et sa façon caressante de l’emballer, elle a dû s’effacer. La récompense a été à la hauteur du sacrifice.

Cette première année à la tête du pays le plus puissant du monde les a marqués, chacun à leur manière.

Il est devenu un leader incontournable, un héros, presque un Messie, il a reçu le prix Nobel de la paix. Mais à force de se battre sur tous les fronts, le chômage, les excès du capitalisme financier, la santé, le climat, l’Afghanistan, le terrorisme, il se retrouve amaigri, gris tout court, parfois, les lèvres bleues à force d’être serrées, les yeux creusés, contraint de mobiliser toute sa foi et son énergie pour que son fameux Yes we can ne finisse pas dans les poubelles de l’histoire comme un éphémère slogan de campagne.

Plus belle que jamais

Elle, au contraire, est plus belle que jamais. Le magazine Elle vient de la désigner comme la femme la plus élégante du monde, devant Carla Sarkozy, parce que «son style est unique et qu’elle ne ressemble à personne». Les sondages américains la créditent de 61% d’opinions positives, deux fois plus que pendant la campagne présidentielle. S’attribuant le rôle de «Maman en chef», elle n’a pas répété l’erreur d’une Hillary Clinton en se mêlant de la vie politique – Bill Clinton promettait qu’en l’élisant, lui, les Américains en auraient «deux pour le prix d’un». Elle a plutôt suivi les traces de Diana, mais avec une légitimité que n’avait pas toujours la princesse de Galles.

«Je suis devenue plus optimiste depuis que j’ai découvert que beaucoup de gens partageaient nos valeurs, à Barack et à moi»

Chacune de ses apparitions est un événement, soigneusement orchestré comme pour mieux mettre en évidence sa spontanéité. Sur la scène internationale, elle mise sur sa beauté spectaculaire, son sourire et sa chaleur humaine, allant jusqu’à étreindre la reine d’Angleterre qui ne s’en formalise même pas. Sur le plan intérieur, elle se fait la prêtresse, le gourou parfois, du mieux-vivre. Mieux manger, le jardin biologique qu’elle a planté sous les fenêtres du bureau ovale de son époux et dans lequel elle invite les écoliers. Mieux bouger, le hula hoop qu’elle a fait tourner 142 fois autour de ses hanches voluptueuses que ses ennemis, choqués, désignent ironiquement comme un «gros derrière». Mieux aimer, son attitude avec son époux et ses filles, mais aussi les conseils qu’elle donne à toutes celles qui viennent l’écouter. «Si vous avez une amie, une connaissance, à laquelle vous ne parlez plus parce que vos relations se sont ternies, je vous en conjure, appelez-la aujourd’hui même pour régler le malentendu. La solidarité, c’est ce dont nous avons le plus besoin, nous les femmes.»

La politique, elle s’en méfie

Comme ses filles, elle adore la Maison Blanche: «Vous avez envie d’un gâteau, on vous en apporte un, quelque chose se casse, on vous le répare.» En revanche, la politique, elle s’en méfie depuis toujours. «Ce qui m’énerve, c’est la politique prise comme un jeu, ou comme un sport. Je déteste ces débats où, en soixante secondes, il faut proposer des solutions à des problèmes qui perdurent depuis dix ans.»

Lorsque Barack Obama a compris qu’il avait l’étoffe d’un sénateur, voire davantage, elle a tenté de l’en dissuader avec toutes ses armes, qu’elle a fort étincelantes. C’est lui qui raconte, dans l’un de ses passionnants bouquins, L’audace d’espérer. «Quand je me suis lancé dans cette course malheureuse au Congrès, en 1999, Michelle n’a pas fait semblant de se réjouir de cette décision. Le fait que je ne range pas la cuisine devint soudain moins touchant. Le matin, quand je me penchais pour l’embrasser avant de partir, je n’avais droit qu’à une bise sur la joue. Lorsque Sasha est née, ma femme était furieuse et me disait: «Tu ne penses qu’à toi, je n’aurais jamais cru que je devrais élever une famille toute seule! Tout ce que je demandais, c’était un peu de tendresse, pas qu’elle me serve et me fasse à manger. Mais je me retrouvais soumis à des négociations incessantes pour le moindre détail concernant la maison, confronté à de longues listes de ce que je devais faire ou avais oublié de faire, et à une attitude le plus souvent agressive.»

Résultat, ils ne se parlent presque plus, même en vacances à Hawaii. La campagne est un désastre et il perd cette élection au Congrès. Il la supplie: «Encore une fois, une seule, laisse-moi essayer.»

C’est alors qu’elle a compris. «Je poussais Barack pour qu’il soit ce que je voulais qu’il soit pour moi. Je pensais que s’il était là plus souvent, tout irait mieux. Je dépendais donc de lui pour mon bonheur. Puis j’ai réalisé que si j’avais besoin de soutien, écartelée entre ma vie de mère et ma vie professionnelle, ce n’était pas forcément à lui de me le donner. Mes voisines, mes amies, ma mère, pouvaient le faire. Mais je me suis quand même mise à partir faire de la gymnastique à 5 heures du matin. Comme cela, quand les filles se réveillaient, il était bien obligé de s’en occuper, même s’il était rentré très tard la veille.»

«J’ai pu faire des études, j’ai pu saisir mes chances. Cela me donne vraiment des obligations vis-à-vis des autres»

Elle a bataillé encore, tout de même. L’argent, son grand souci. «Et comment allons-nous payer nos factures, rembourser nos prêts d’étudiants?» Il a promis qu’il allait écrire un nouveau livre, un bon livre. «Et moi, je me suis dit: «Mais oui, c’est cela, et après tu grimperas sur le haricot magique et tu rapporteras le sac plein d’or!» avoue-t-elle, avec sa sincérité habituelle.

Elle avait tort. La réédition de son premier ouvrage, Les rêves de mon père, a été un succès, il a reçu 2 millions de dollars d’avance pour les écrits à venir et ils ont pu acheter la maison de Hyde Park dont elle rêvait. Quand il a été élu au Sénat, en 2004, elle a été promue vice-présidente des hôpitaux universitaires de Chicago, où ses compétences faisaient merveille depuis quatre ans, et son salaire a doublé. Cela fait, elle a renoncé à sa propre carrière pour s’engager avec brio – ses talents d’organisatrice sont unanimement reconnus –, dans toutes les campagnes, au côté du futur président des Etats-Unis.

C’est cela qui fait leur force et leur bonheur d’être ensemble, aujourd’hui. Tous deux sont des survivants. Ils ont surmonté cette crise conjugale, après avoir relevé bien d’autres défis: survivre au racisme dont ils ont été tous deux victimes, même si c’est un sujet tabou en Amérique, survivre à la fuite du père, pour lui, à la sclérose en plaques du sien, pour elle, réussir leurs études dans l’une des universités les plus cotées alors qu’ils venaient de milieux modestes. Mais le plus impressionnant de tout, c’est qu’ils sont restés fidèles à eux-mêmes dans cette aventure, et c’est pour cela qu’ils sonnent toujours si juste, l’un et l’autre.

«Notre amour a grandi»

«Barack m’a parfois rendue folle, vient-elle de confier à Oprah Winfrey, star du petit écran et amie du couple. Il fait de temps en temps des choses qui ne me plaisent pas. Mais il ne m’a jamais déçue. Notre amour a grandi. Il est le président, soit, mais il est surtout mon mari, mon ami, le père de mes filles. Je sais la gravité de ce qu’il accomplit. Ma façon de lui être reconnaissante, c’est de travailler à ses côtés, d’ajouter de la valeur à ce qu’il fait, dans la mesure de mes possibilités.»

Et Barack Obama lui rend bien cet amour. «Il l’adore tellement, confie l’un de ses amis, que cela devient pénible de manger avec eux. Il l’encense à tel point qu’à la fin de la soirée, mon épouse me reproche de ne pas parler d’elle avec une même emphase!»

Et cette complicité, sans avoir le privilège d’être invité à leur table, chacun peut la saisir. Les Obama ont évité tellement de pièges, avec tellement d’intelligence, ils ont travaillé avec tant d’ardeur que rien qu’en marchant ou en dansant, ils donnent une leçon de vie. Et d’espoir.




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Tags: Michelle Obama, Barack Obama, couple Obama, Harvard, Maison Blanche Aller en haut de page Haut de page

 

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