C’est d’abord le cri d’un père désespéré. Qui ne vit plus, mais survit. Depuis onze mois, ce Valaisan de 35 ans remue ciel et terre pour tenter de retrouver ce qu’il a de plus cher au monde: ses deux filles, Maytena, 7 ans, et Mayliss, 3 ans et demi, enlevées par leur mère et aujourd’hui localisées au Brésil. Quand Mike Roux pourra-t-il de nouveau les serrer dans ses bras et leur dire à quel point il les aime? Ce professeur de danse de Montreux n’en sait rien. On lui a rapporté depuis tant de récits de retrouvailles impossibles qu’il refuse d’envisager les leurs. Car son combat, aujourd’hui, c’est aussi celui d’un homme face à d’incompréhensibles lenteurs judiciaires et une inexplicable passivité de juges qui n’ont rien vu venir, ou n’ont rien voulu voir surgir, malgré les mises en garde qui auraient dû tout de même leur mettre la puce à l’oreille. Et qui, désormais, ne semblent guère pressés d’en découdre avec les autorités brésiliennes, comme si le dossier des fillettes Roux, ce n’était finalement qu’un cas parmi une pile d’autres délits…
ADEPTE DU VAUDOU
Sur les photos qui restent de Maytena et Mayliss, elles apparaissent heureuses, à des années-lumière des turpitudes cruelles des adultes. Prenant la pose, le sourire aux lèvres, dévisageant le père Noël avec de grands yeux ou jouant sur les genoux de papa et maman. Des images du passé. Tout avait pourtant commencé comme dans un roman où l’amour était fait pour durer l’éternité.
A l’adolescence, à Sion, Mike rencontrait Miriam, une jeune et jolie Brésilienne établie sur le continent européen depuis l’âge de 6 ans, d’abord au Portugal puis en Suisse. Un coup de foudre immédiat. Tous les deux vivaient alors des premiers émois, le temps d’un été, avant de se quitter, puis de se retrouver quelques années plus tard, par hasard, et de se jurer dès lors de ne plus jamais se quitter.
Leur passion est scellée par un mariage en 2002. Deux enfants viennent bien vite s’ajouter à ce bonheur. Mais, au début de l’année passée, le tableau idyllique va irrémédiablement se craqueler. Mike commence à avoir quelques doutes: Miriam change dans ses attitudes quotidiennes. Un beau jour, par exemple, elle demande à Mike de prendre un bain avec des pétales de rose «pour purifier» son corps. Elle prétend aussi que sa belle-mère maltraite leurs enfants. «En fait, analyse aujourd’hui Mike, elle cherchait à me séparer de mon entourage.» Il mettra peu de temps à en comprendre la raison cachée: Miriam est une adepte du candomblé, ou à tout le moins d’une de ses dissidences, une croyance mystique d’origine afro-brésilienne, faite de vaudou, de spiritisme, de satanisme et de grigris, considérée comme une secte à l’idéologie particulièrement dangereuse par de nombreux spécialistes des mouvements religieux. «Ma femme a été élevée là-dedans, confie Mike, mais je pensais qu’elle en était sortie. En fait, elle y était toujours restée et elle m’avait bien caché son jeu.» La suite, on la devine. Le couple est au bord de la rupture. Un soir de mars 2009, rentrant de son travail chez lui à Bex, Mike découvre, atterré, son appartement complètement désert. «Imaginez, plus d’enfants, plus de femme, plus rien du tout.
En début d’après-midi encore j’avais embrassé mes p’tites puces en leur disant «A ce soir», sans imaginer une seule seconde que je ne les verrais plus.» Pour Mike, le monde s’écroule.
Et c’est le début d’un douloureux chemin de croix, seul face à lui-même. Il lui faut dès lors affronter de longues procédures administratives et judiciaires, mais aussi subir les inévitables médisances de certains habitants de Bex. Rapidement, l’Office pour la protection de l’enfant (OPE) prend son cas au sérieux, imposant à la mère des clauses qu’elle ne respecte pas. Elle ne répond pas au téléphone, pas plus lorsque les instances officielles viennent sonner à sa porte. Elle oublie de payer les traites de la voiture, dont la justice lui a généreusement accordé la jouissance. Elle prétexte toujours qu’elle est malade lorsqu’elle doit amener les fillettes au «point rencontre», à Sion, pour voir leur père.
«ON M’A RI AU NEZ»
Devant le Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois, la maîtresse d’école de Maytena n’hésite pas à livrer ses observations. Pour elle, les enfants sont «instrumentalisées par leur mère» contre leur père, qui subit et manque de sombrer dans la dépression. «Dès le départ, j’avais prévenu le juge et l’OPE que ma femme et mes fillettes allaient sans doute quitter la Suisse, enrage Mike. Mais on m’a rigolé au nez!
C’était évident que ma femme allait chercher une nouvelle fois à créer le vide autour d’elle.» Une juge vaudoise retire finalement la garde des enfants à leur mère pour les placer provisoirement dans une famille d’accueil. Trop tard: Miriam a bel et bien pris le large et disparu définitivement à l’été 2009. Où s’est-elle donc volatilisée? La justice n’en a pas la moindre idée et paraît s’en désintéresser.
Il faudra que Mike Roux alerte Le Nouvelliste pour qu’un lecteur valaisan, en déplacement au Brésil, donne miraculeusement une piste: il a entendu parler de la fuyarde et de ses deux fillettes à Fortaleza, dans le nord-est du pays. Ses déclarations se révéleront exactes. Vérifications faites, la mère et ses deux fillettes ont pris l’avion pour São Paulo le 9 juillet 2009 sur un vol Iberia au départ de Milan, via Madrid. Comment Miriam a-t-elle pu traverser les frontières alors que les passeports de ses enfants avaient été saisis par la justice vaudoise? Simplement en se présentant au Service des passeports du canton du Valais en demandant d’établir de nouveaux papiers en prétextant que ceux-ci avaient été perdus! Elle ne sera d’ailleurs pas seule dans sa cavale: sa propre mère, une voyante établie à Sion, qui prétend posséder aussi des dons de guérisseuse, les aide à s’exfiltrer de la Suisse, les accompagnant jusqu’en Lombardie puis en avion vers le Brésil, avant de rentrer seule quinze jours plus tard. Un fait accablant qu’elle continue de nier devant les policiers, déclarant que son passeport lui a été volé «par la Mafia», qui l’utiliserait désormais à sa place. Une histoire abracadabrante qui ne semble tromper personne, mais que faire? Mike vient de déposer une plainte contre elle pour «complicité d’enlèvement», bien conscient pour autant que cela ne lui ramènera pas ses filles dont il n’a plus aucune nouvelle. «Je sais seulement qu’elles semblent hébergées par un ou plusieurs Valaisans qui possèdent un appartement à Fortaleza, qui n’est pas du tout la région d’où est originaire mon épouse», raconte-t-il, le regard las.
MANDAT INTERNATIONAL
Il paraît au bout du rouleau. «J’ai l’impression que les choses traînent, qu’il n’y a pas une réelle volonté de la justice ni de la Suisse de faire quelque chose», soupire-t-il. Le jeune Valaisan se bat avec l’énergie du désespoir.
Il a mandaté un avocat, il a créé un groupe d’amis sur Facebook («Aidez-moi à trouver mes filles»), qui compte déjà près de 7500 membres. «Le plus grand problème, maintenant, c’est l’argent. Mon salaire ne suffit pas. Je voudrais aujourd’hui lancer un appel à la générosité de chacun, sinon je ne serai jamais à même de subvenir à tous les frais à engager pour tenter de récupérer mes deux filles. Tous les dons de personnes touchées par mon histoire, même les plus modestes, sont évidemment les bienvenus.»
Son but: que la justice lui ramène ses filles avant que les dégâts psychologiques soient irrémédiables. «Un mandat d’arrêt international a été lancé contre ma femme. Il a peu de chances d’aboutir, mon épouse étant Brésilienne. Mais mes enfants étant de nationalité suisse, il ne s’agirait pas de les extrader du Brésil, mais bien de les rapatrier.» Dernier rebondissement en date: dans un procèsverbal d’Interpol rédigé au Brésil, Miriam abat une nouvelle carte.
Elle accuserait désormais son mari d’actes pédophiles envers ses enfants, une accusation grave qu’elle n’a jamais fait valoir auparavant dans la procédure suisse. Des «déclarations abjectes» qui plongent Mike dans une profonde tristesse. «Je tiens, tant bien que mal, pour elles, souffle- t-il. Mais une chose est sûre: je n’abandonnerai jamais, je me battrai jusqu’au bout.»
Si vous souhaitez aider Mike Roux: CCP 12-527385-6, 1820 Montreux.