Baptisée Millénium en français, la trilogie glaçante de feu Stieg Larsson a vite donné lieu dans son pays, la Suède, à une série télévisée, remontée en trois films. Accro aux remakes, Hollywood n’a pas tardé à brancher David Fincher sur une adaptation américaine. Adaptation? Vraiment? Voyons point par point en quoi la version de Fincher se différencie (ou non) de celle de Niels Arden Oplev, réalisateur du premier opus suédois.
LISBETH SALANDER
«Elle est ce qu’aurait donné Fifi Brindacier vingt-cinq ans plus tard», dit Rooney Mara de son personnage geek-gothique, qu’elle interprète dans la version américaine. C’est vrai que les couettes lui auraient donné davantage de relief. A côté de son équivalent suédois, Mara ne fait pas le poids. Il faut dire que Noomi Rapace a donné un visage et un tempérament animal à Salander. Approchée pour le remake, elle a refusé de reprendre ce rôle qui l’a habitée durant trois ans. Hollywood a tout de même compris sa valeur, la convoquant aux génériques du prochain Sherlock Holmes et du Prometheus de Ridley Scott. Personnage désormais culte, Salander devient insipide et secondaire sous les traits de Mara, qui va jusqu’à la rendre fleur bleue et dotée d’une sacrée garde-robe.
MIKAEL BLOMKVIST
Le tour de force de Fincher est d’avoir recruté Daniel Craig. Dans la peau du journaliste refroidi enquêtant sur des sympathisants nazis, il domine le film, contrairement au Suédois Michael Nyqvist, plutôt mou, qui jouait lui un Blomkvist ballotté tantôt par les événements tantôt par Lisbeth Salander. Le regard acier toujours en alerte, Craig maîtrise son personnage, rendant l’empathie avec le spectateur possible, voire évidente. De fait, on enquête avec lui, on doute avec lui, on souffre avec lui (oui, Craig aime toujours se faire taper dessus). Une belle performance en attendant Skyfall, le prochain James Bond.
LA MISE EN SCÈNE
David Fincher et le polar, l’équation est en général réussie. Et pourtant. Le réalisateur du captivant Zodiac (2007) ne propose ici qu’une photocopie, certes classieuse, de la version suédoise, jusqu’à la durée (2 h 40). De fait, les scènes attendues (la vengeance de Salander, la résolution finale), corsées dans le livre comme dans le film d’Oplev, retombent comme des soufflés peu assaisonnés. Reste le rythme, parfaitement tenu, et l’ambiance, délicieusement glaciale.
L’ENVIRONNEMENT
Etrange de voir des comédiens anglais porter des noms suédois et évoluer tranquillement dans Stockholm? «Il n’était pas question de transposer l’histoire aux Etats-Unis», assure David Fincher, mettant en avant la culture et les paysages de Suède. Plus que cela, parions que les fans de la trilogie (et Daniel Craig en est un) auraient peu apprécié des changements de noms, voire de lieux. Plus que cela encore, le fait que l’enquête menée par Blomkvist et Salander se déroule au cœur d’une riche famille affiliée aux nazis rendait l’adaptation difficile dans un autre pays. La définition même d’adaptation disparaît devant le poids de l’œuvre de base.
LE SUCCÈS
Avec près de 104 millions de dollars de revenus (dans le monde entier), le premier Millénium avait de quoi intéresser Hollywood. Sorti le 25 décembre dernier aux Etats-Unis, le film de Fincher a rapporté 12 millions de dollars pour son premier week-end. Une bagatelle à côté des 100 millions du budget. Cela a nettement refroidi David Fincher quant à la réalisation des deux opus suivants qui, s’ils doivent se faire, seront tournés en même temps. Une révision à la baisse que n’avait pas connue la version suédoise, prévue dès le départ pour la télévision, dans son intégralité.
Millénium: les hommes qui n’aimaient pas les femmes, de David Fincher avec Daniel Craig et Rooney Mara. Sortie le 18 janvier.