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LE HUIS CLOS
ANGOISSE ET ESPOIR À 700 M SOUS TERRE
Confinés dans un espace réduit à 700 mètres sous terre, dans la mine de San José de Copiapó, 33 mineurs luttent pour leur survie. Localisés après 17 jours d’isolement, ils ne pourront pas sortir avant plusieurs mois.

Par Cecilia Mendoza - Mis en ligne le 01.09.2010

«Nous allons bien, les 33 dans le refuge.» Signée le dimanche 22 août de la main de Mario Gómez, le doyen des prisonniers de la mine de San José de Copiapó, au Chili, cette phrase écrite au marqueur rouge sur un bout de papier est déjà devenue culte.

La presse du monde entier s’en est emparée pour annoncer victorieusement le «miracle des survivants de Copiapó», détenus depuis le 5 août à près de 700 mètres sous terre, à la suite d’un éboulement qui bouche désormais le chemin vers la sortie de la mine. La phrase de Gómez a été la première prise de contact entre les mineurs et leurs sauveteurs, après dix-sept jours d’isolement pour les uns et de recherches infructueuses pour les autres. Mais ce jour-là et après plusieurs tentatives une sonde envoyée depuis l’entrée de la mine parvient à 20 mètres de la pièce de secours où se sont réfugiés les 33 hommes. Sans plus attendre, leur doyen s’attèle à l’écriture de leur premier signe de vie, mais aussi d’une lettre d’amour destinée à son épouse, Lilian Ramírez.

GÓMEZ, LE DOYEN GOUROU


 

Il n’en fallait pas plus pour qu’émerge Gómez, 63 ans, une figure héroïque. Le mot doux à sa moitié («Avec l’aide de Dieu, nous réussirons à sortir, même si cela doit prendre des mois») n’a fait qu’attiser la passion qu’il a déclenchée chez tout le peuple chilien, suspendu au sort de ses compatriotes. Père de quatre filles qui lui ont donné sept petits-enfants, Gómez est décrit par la presse chilienne comme une «pièce fondamentale sans laquelle les mineurs détenus à 700 mètres de profondeur auraient basculé dans la panique». Fort d’un demi-siècle d’expérience de la mine – il a commencé à travailler à 12 ans – il fait figure de père pour ses 32 compagnons d’infortune et aurait le don de calmer leurs angoisses en trouvant les mots justes. Sur l’ensemble du groupe, seuls cinq hommes ont montré quelques signes de dépression.

«Avec l’aide de Dieu, nous réussirons à sortir»
Mario Gómez dans la première lettre à son épouse, Lilian Ramírez

Et, depuis la mise en place des trois sondes (surnommées les pigeons voyageurs) servant au ravitaillement en eau potable et en nourriture, à l’échange de courrier et à l’aération, familles et prisonniers ont retrouvé l’espoir. Mais le monde entier a aussi pu découvrir les détails de l’enfer vécu par les 33 mineurs, et surtout comment leur pragmatisme leur a évité le pire durant les dix-sept jours d’isolement. Non seulement ils ont trouvé de l’eau dans des réservoirs sur le site, mais ils ont également réussi à recharger leurs lampes frontales grâce aux batteries de plusieurs véhicules restés dans la mine. Et, outre le guide spirituel Gómez, deux autres hommes sortis du lot sont en passe de devenir de véritables héros.

LES ANGES GARDIENS URZÚA ET BARRIOS

Bien qu’il ait rejoint la mine de Copiapó il y a moins d’un an et qu’il soit plutôt décrit comme faisant profil bas, Luis Urzúa s’est révélé être le vrai leader en prenant en main l’organisation de la survie du groupe. Dans le refuge de 50 mètres carrés accusant une chaleur d’environ 35 °C, il y avait des vivres permettant de tenir jusqu’à septante-deux heures. Afin de tenir le plus longtemps possible, le topographe de 54 ans a imposé à ses collègues un régime de survie qui consistait en deux cuillerées de thon en boîte, quelques gorgées de lait et un biscuit toutes les quarante-huit heures. Et, pour garantir un minimum d’hygiène dans ces conditions infernales, Urzúa a également proposé de séparer l’espace à disposition – un tunnel d’environ 1800 mètres de long – en trois pièces distinctes: un dortoir, une salle à manger et la dernière pour les besoins.

Dans sa jeunesse, passionné de dessin, Johnny Barrios rêvait d’intégrer l’Ecole des beaux-arts. Mais, faute de moyens, il a dû renoncer à sa vocation et travailler. Alors qu’il s’occupait depuis vingt-cinq ans de construire les cheminées de ventilation de la mine de Copiapó, le quinquagénaire cultivait parallèlement une passion qui allait devenir salutaire: la médecine. De fait, Johnny Barrios est devenu le responsable sanitaire du groupe et remplit pour chacun des fiches de santé destinées à l’équipe médicale présente à la surface de la terre. Marta Salinas, son épouse depuis 1991, assure que Johnny n’a pourtant jamais suivi un seul cours d’infirmerie: «Enfant, il aidait sa mère à s’injecter de l’insuline. Et le reste, il l’a appris en lisant beaucoup.» Ces prochains jours, Barrios administrera à ses camarades d’infortune des vaccins contre le tétanos, la diphtérie, les pneumocoques et la grippe.

SOUTIENS ET SOLIDARITÉ

Pendant ce temps, les secours travaillent activement au perçage d’un trou de 700 mètres de profondeur et de 66 centimètres de diamètre, en vue de faire sortir les mineurs un à un. Mais quatre mois seront probablement nécessaires à l’accomplissement de ce travail, pour lequel on a fait venir d’Australie un puissant excavateur. A côté du chantier où se relaient le président Piñera et ses ministres, les familles des mineurs ont établi un camp qu’ils ont baptisé Esperanza. Et, pour doper l’espoir, 33 drapeaux chiliens ont été plantés alentour.

L’élan de solidarité est énorme. Le richissime homme d’affaires chilien Leonardo Farkas a fait don d’environ 10 200 francs à chacun des 33 mineurs et a déclaré qu’il commencerait bientôt une campagne pour mobiliser davantage de donneurs. Son but est de réunir suffisamment d’argent pour que Gómez, Urzúa, Barrios et les autres n’aient plus jamais besoin de travailler. La NASA a également offert son aide technique et médicale, puisque le confinement de longue durée qui s’impose aux mineurs est semblable à celui dans lequel évoluent les astronautes dans l’espace. Et, parmi le peuple, chacun fait ce qu’il peut pour égayer la vie du camp Esperanza.

Le drame de Copiapó rappelle la difficulté du travail dans les mines. Même si celle-ci avait été temporairement fermée après un accident qui avait fait deux victimes en 2007, elle avait été rouverte en 2008 à la condition que son propriétaire, l’entreprise minière San Esteban, renforce sa structure. De toute évidence, les mesures de sécurité n’ont pas été prises ni contrôlées par le Service national de géologie et des mines. Un échec impardonnable, surtout lorsqu’on sait que le Chili compte plus de 4000 mines qui constituent le pilier principal de l’économie nationale. Le gouvernement n’a donc pas attendu pour renvoyer les fonctionnaires responsables et entreprendre des poursuites à l’encontre de l’exploitant, qui est en outre au bord de la faillite. Des réformes de l’organisme public sont donc prévues, d’autant plus que le milieu minier était déjà sous tension depuis l’éclatement de grèves en début d’année dans une autre mine du pays.

DES PROJETS PLEIN LA TÊTE

Pour l’heure, les mineurs pris au piège devraient bientôt déménager dans un autre couloir de la mine, plus sec. Et, en attendant de voir le bout du tunnel, il correspondent par lettres, téléphone et vidéos avec leurs proches. Esteban Rojas a ainsi promis à son épouse Jessica qu’il lui offrirait enfin un mariage en blanc à l’église, vingt-cinq ans après leur union civile. Ariel Ticonas a quant à lui confié que la nourriture lui manquait. «Dis à maman qu’elle se prépare à me servir des festins pendant un mois après ma sortie, a-t-il écrit à son père, avec toutes les bonnes choses qu’elle sait faire. Ah, je les imagine déjà en moi!»

Lilian, l’épouse du doyen Mario Gómez, exigera de lui qu’il lui offre la lune de miel qu’elle n’a jamais eue, trente ans après s’être dit oui. Leur mariage aura pour le moins été houleux: las du Chili, Mario avait quitté sa famille pour faire le tour du monde en bateau. Alors qu’il lui avait promis de revenir quatre mois plus tard, ce sont trois années entières qu’a finalement dû patienter Lilian. Mario décida ensuite de rompre, revenant tout de même régulièrement pour rendre visite à ses filles et petits-enfants. Puis l’amour a fini par ressurgir entre Lilian et lui, jusqu’à cette récente séparation forcée. Et qui sera probablement la dernière.

 

 


FACE À L’ISOLEMENT, ESPOIR, FOI ET COHÉSION SOCIALE SONT LES MEILLEURS REMÈDES

Actuellement en proie à la dépression, les 33 pourraient tirer profit du drame. Les explications du Dr Grazia Ceschi, chercheuse en psychologie à l’UniGe.

«Dans un premier temps, les nerfs des mineurs ont été mis à mal par la catastrophe engendrant stress et panique», explique Grazia Ceschil, docteur en psychologie. En effet, le confinement, la chaleur, l’obscurité et les privations sont tous des facteurs d’irritabilité, laquelle aurait pu menacer la cohésion du groupe en réveillant des accès de violence.

Mais visiblement l’émergence naturelle de qualités salutaires chez certains (charisme, clairvoyance et leadership) a suffi à garantir l’empathie et l’entraide. «Après la prise de contact avec les secours, de nouveaux défis déterminés par la durée de l’enfermement s’imposent aux survivants, qui sont désormais en proie à un stress chronique.

Favorisant l’épuisement, il peut conduire au désespoir, auquel des réactions sont possibles à différents niveaux: perturbations du rythme cardiaque, de la digestion, du sommeil, de l’appétit…» Pour y remédier, les mineurs devront maintenir une activité physique jusqu’à leur libération, entretenir l’espoir, leur spiritualité et leur cohésion sociale, mais aussi faire des exercices d’imagerie en visualisant des solutions à leur situation.

Et, une fois sortis, que risquent- ils? «Des symptômes post-traumatiques peuvent survenir un mois comme plusieurs années après l’événement. Le plus évident est l’évitement de la situation, raison pour laquelle l’offre de Farkas est bienvenue», estime Grazia Ceschi. Car il suffit parfois d’une odeur ou même d’une lumière qui rappelle le drame pour déclencher une crise de panique. «Ces flashbacks évoluent avec le temps vers une forme moins florissante, mais avec davantage d’éléments dépressifs qui ne sont plus remis dans le contexte du trauma», poursuit- elle.

L’avènement d’un comportement alcoolique est la conséquence la plus courante d’une telle dépression. «Mais les études montrent que seulement 20% des personnes souffrent de séquelles après une expérience traumatique», tempère la spécialiste. Dans ce cas, rien de tel qu’un esprit de corps et le partage des expériences pour surmonter le traumatisme. «Les 80% restants reprennent soit une vie normale, soit en profitent pour changer de trajectoire vers une vie meilleure si la catastrophe permet de révéler des choses positives.»



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Tags: Chili, mine de San José, Copiapó, mineurs Aller en haut de page Haut de page

 

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