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MISS FÊTE DES VENDANGES
LE NOUVEAU VISAGE DE LA SUISSE
En faisant de trois jeunes Suissesses aux origines musulmanes les reines de beauté de la Fête des vendanges, le jury a provoqué quelques remous politiques. Parole aux élues.

Par Cecilia Mendoza - Mis en ligne le 07.09.2010

Elles sont Suissesses et s’appellent Raïssa, Gjeneta et Houda. Le trio gagnant de l’élection de Miss Neuchâtel-Fête des vendanges, élu samedi 28 août, présente des origines musulmanes qui ont fait tousser les plus hautes instances de l’UDC suisse. Interpellé par le quotidien 20 minutes, son vice-président, Yvan Perrin, interprète le sacre des trois jeunes femmes comme le symbole du politiquement correct. Leur élection est pourtant l’expression d’une simple réalité: la Suisse d’aujourd’hui puise ses racines au-delà des frontières helvétiques. Sur ses 7,7 millions d’habitants, la Suisse compte près de 1,7 million d’étrangers. Parmi eux, plus de 21 000 personnes originaires d’Afrique du Nord, à l’instar des parents respectivement tunisiens et marocains de Raïssa et de Houda, et près de 190 000 personnes en provenance de Serbie-et-Monténégro. C’est le cas de la famille de Gjeneta, kosovare d’origine. «Les seuls critères requis aux participantes étaient d’avoir entre 17 et 25 ans, et de résider dans le canton de Neuchâtel ou dans une ville aux alentours du canton», explique François Matthey, le président du Comité Miss Neuchâtel, qui n’a pas compris le traitement polémique de l’élection par la presse.

La polémique, les trois jeunes filles n’en ont cure. Bien dans leur peau, à l’aise avec leurs origines et fières de leur passeport rouge à croix blanche, elles livrent leur définition de cette Suisse métissée, évoquent la richesse que leurs origines lui apportent et racontent leur vision de la religion.

 



 
«JE SUIS CROYANTE, MAIS J’AI MON DIEU À MOI»
Houda

 

LA SUISSE

Pour Houda, la benjamine des candidates à l’élection de Miss Neuchâtel, la Suisse n’a que des aspects positifs. «Le sentiment de sécurité y est très important, alors qu’au Maroc je ne peux pas sortir seule. Là-bas, si l’on veut une bonne éducation il faut payer très cher, mais ici les études sont accessibles à tous et chacun peut réussir avec de la bonne volonté.» Cette amatrice de guitare se sent d’ailleurs Suissesse à part entière, partageant les traditions, la nourriture et ce qu’elle considère être les «valeurs suisses»: neutralité, respect des autres et du paysage.

SES ORIGINES, FARDEAU OU CADEAU?

«Ma double culture est sans conteste un cadeau. Je compense les défauts de l’une avec les atouts de l’autre. Et ça me permet surtout de mieux comprendre les nouvelles cultures auxquelles je suis confrontée.» Houda se sent autant Suissesse que Marocaine, mais n’a jamais pensé aller vivre sur la terre de ses parents. «Je m’y ressource pendant les vacances. C’est un pays de plus en plus libre, où les jeunes femmes vivent épanouies. Ça ne me dérangerait pas de m’y établir, mais je pourrais tout aussi bien habiter aux quatre coins du monde.»

LA RELIGION

«Je suis croyante, mais j’ai mon Dieu à moi. Je ne me retrouve pas dans les valeurs de l’islam, que ce soit dans la prière ou les signes extérieurs de la foi.» Dans le foyer familial, personne n’est pratiquant. En revanche, la grande famille du Maroc fait le ramadan mais accepte très bien le choix de Houda. «La religion sert surtout à créer des conflits. Je ne comprends pas pourquoi il faudrait crier haut et fort sa croyance. Je pense que cela devrait rester de l’ordre du personnel.» Pire que l’indiscrétion, les préjugés agacent profondément la jeune femme. Elle s’est énervée en lisant un article qui la qualifiait de musulmane au lendemain de son élection, comme si tous les Marocains étaient inexorablement liés à l’islam. «J’ai décidé de ne pas réagir et de laisser parler ces gens. La seule chose qui importe, c’est que, moi, je sache qui je suis.»

 



 
«À L’ÉCOLE, NOUS SOMMES TOUS D’ORIGINE ÉTRANGÈRE»
Raïssa

 

LA SUISSE

«Quand j’étais petite, je voyais la Suisse avec plein de paillettes», confie Raïssa, qui a vécu en Tunisie entre 3 et 8 ans, pour s’imprégner de la langue et de la culture de ses parents, avant de revenir s’établir à Neuchâtel avec sa famille. «Non seulement c’est un havre de paix, mais en plus le niveau de vie et la qualité de l’instruction publique y sont excellents.» Même si la reine de la prochaine Fête des vendanges trouve dommage que certains demeurent très fermés et très conservateurs, elle prévoit d’y faire sa vie. «Comment pourrait-on rêver d’un pays meilleur que la Suisse?»

SES ORIGINES, FARDEAU OU CADEAU?

«Mon héritage multiculturel est un cadeau que je compte bien transmettre à mes enfants», confie Raïssa, qui assure par ailleurs ne jamais avoir souffert du regard des autres. «A l’école, nous avons tous des origines étrangères. Mais nous ne les vivons pas comme une différence, car c’est normal», assure-t-elle.

LA RELIGION

«Quand j’ai vu la couverture que la presse a fait de l’élection, je l’ai mal pris. Mais au début seulement, car j’ai fini par accepter la liberté de penser de chacun.» Raïssa a la foi en l’islam, mais elle n’est pas pratiquante. «La croyance m’aide à tenir le coup dans les moments difficiles. Mais elle ne devrait pas créer de conflits, si chacun respectait l’autre.»

 



 

«ON PENSAIT D’EMBLÉE QUE J’ÉTAIS UNE RACAILLE»
Gjeneta

 

LA SUISSE

«C’est un pays magnifique, de grande richesse et de liberté, s’enthousiasme Gjeneta. On peut tout y faire, tant qu’on ne dérange personne.» Une chance dont elle a pleinenement conscience, elle qui aurait pu être une enfant de la guerre. Alors, pour en profiter, la jeune femme au sourire malicieux croque la vie à belles dents et vit sa citoyenneté aussi loin qu’elle le peut. Membre du Parlement des jeunes de Neuchâtel, elle travaille notamment sur un programme de prévention à l’endettement et sur un projet de skate-park. «J’adore les plénières pour les contacts qu’on s’y fait, mais surtout parce qu’on apprend beaucoup, étant entourés de conseillers communaux.» Et pour cette dessinatrice en génie civil, la Suisse est aussi un pays d’égalité. «Même entourée d’hommes, je suis très bien intégrée dans mon milieu professionnel. En revanche, au Kosovo, je n’ai jamais vu une femme sur un chantier.»

SES ORIGINES, FARDEAU OU CADEAU?

«Je trouve très bien d’avoir deux cultures. Ça m’aide à comprendre que dans toutes choses il y a des bons et des mauvais côtés.» En revanche, elle dit avoir souffert du regard des autres à l’école primaire. «Parce que je suis Albanaise, on pensait d’emblée que j’étais une racaille. Mais, pour moi, en aucun cas une origine ne peut définir une personne!» D’ailleurs, Gjeneta a des idées bien tranchées sur la question: «Des recettes de cuisine et des coutumes peuvent définir la culture d’un pays, mais à chacun ensuite de se reconstruire sa propre culture en fonction de ce qui le rend heureux. Je me considère plus riche que mes parents et que beaucoup de gens, parce que je suis ouverte à la vie.»

RELIGION

«La religion ne dit rien sur les gens. C’est uniquement spirituel et ça ne regarde personne.» Si ses parents sont des musulmans pratiquants, elle est simplement croyante. «Ça me donne une force de vie et une espérance pour l’au-delà», expliquet-elle. En lisant l’article polémique sur ses origines musulmanes et celles de ses deux amies, Gjeneta s’est dit: «Ah bon? Je ne savais pas que Raïssa était musulmane!»



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Tags: Houda, Raïssa et Gjeneta, Fête des vendanges, Miss Neuchâtel Aller en haut de page Haut de page

 

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