Une somptueuse bâtisse, rouge Sienne, dominant l’Atlantique. Tout autour, un jardin luxuriant aux effluves enivrants. A l’intérieur, des parquets boisés qui grincent, du mobilier antique, des salles de bains style Art déco, des dorures. Le Reid’s Palace, à Funchal, est la fierté de l’Office du tourisme de Madère et accessoirement l’hôtel le plus cher du Portugal. Un écrin magnifique pour accueillir quelques-unes des plus jolies filles de Suisse.
La vie de château
«Je souhaitais quelque chose d’un peu exceptionnel pour cette année», confie Christoph Locher, organisateur du concours Miss Suisse. Un millésime inédit, puisque constitué de douze finalistes, au lieu des seize habituelles. L’an prochain, les Romandes devraient être trois. En attendant, seules Sabrina Guilloud, de Veyrier (GE), une étudiante en communication de 23 ans, et la Biennoise Jennifer Pennisi, une pétillante employée de commerce qui aura 22 ans le 13 juillet, étaient du voyage.
Arrivées de Zurich par un vol de la compagnie portugaise TAP, via Lisbonne, Sabrina, Jennifer et les autres n’auront pu flâner dans Funchal, une jolie ville construite à flanc de coteau, venant glisser dans l’Atlantique. Elles en goûteront néanmoins la douceur.
L’île de Madère, connue pour ses paysages d’origine volcanique enchanteurs, partiellement laminés par de tragiques inondations le 20 février dernier, ses vins doux et la star du football portugais Cristiano Ronaldo (!), né sur place, leur laissera au mieux quelques impressions...
Levées à l’aube, maquillées, coiffées, elles découvrent la vraie vie de miss. Sous la houlette de la chaîne alémanique SF, elles enchaînent les tournages des séquences qui seront diffusées le soir de la finale, puis jonglent avec les demandes des médias suisses dépêchés sur place.
«Poser pour les photos m’a permis de mieux accepter ma taille»
Sabrina Guilloud
Le rythme est soutenu, mais face à une concurrence acharnée, les deux Romandes font mieux que de se défendre. Sabrina vit pleinement cette nouvelle expérience, avec application. L’extravagante Jennifer, elle, s’amuse: «Les photos, les tournages, j’aime trop!»
Au Reid’s Palace de Funchal, hôtel cinq étoiles où l’impératrice Elizabeth Ire d’Autriche, alias Sissi, a séjourné en 1894, trois ans après l’ouverture, d’anciennes photos témoignent des visites, dans les années 50, de Sir Winston Churchill ou de Gregory Peck.
Sabrina Guilloud, la belle et grande (180 cm) Genevoise, fille d’entrepreneur, a déjà beaucoup voyagé, sur tous les continents. Pas Jennifer Pennisi. Cette fille d’ouvrière, dont le papa diabétique ne peut plus travailler, a les yeux qui brillent.
Le feu et l’eau
Jennifer et Sabrina, c’est un peu le feu et l’eau. Avec ses faux airs d’Arielle Dombasle, son insolence, sa spontanéité, la jeune Biennoise est un rayon de soleil. Il faut l’entendre parler football! Passionnée d’astrologie, un brin mystique, elle rêve depuis l’âge de 8 ans de devenir Miss Suisse.
Petite, elle était la poupée de ses deux grandes sœurs, dont elle est restée très proche. Une vraie nature. «J’adore rigoler, souligne-t-elle. Dans le sud de l’Italie, d’où je viens, c’est parfois mal interprété. Les filles de là-bas veulent passer pour des saintes... Du coup, quand on ne me prend pas pour une fille de l’Est, à cause de mes cheveux ou de mon teint, j’entends dire: «Pour qui elle se prend, celle-là?» Employée de commerce de formation, Jennifer Pennisi rêve d’entamer des études de psychologie. «Je ne me sens pas utile actuellement», souligne-t-elle.
«Chaque soir avant de me coucher, je dis ma prière»
Jennifer Pennisi
Amoureuse du cousin du copain de sa sœur, un Sicilien, Jennifer Pennisi vit encore chez ses parents. Coquette, ultraféminine, elle confie avoir un faible pour les dessous affriolants – les chaussures aussi –, mais demeure parfois d’une innocence déconcertante. «Chaque soir, avant de me coucher, je dis ma prière», avoue-t-elle. Ce qui lui manque? L’esprit de compétition sans doute.
Du haut de son mètre quatre-vingt, la Genevoise Sabrina Guilloud paraît, elle, plus affûtée. «A l’adolescence, vers 14 ans, j’avais du mal à m’assumer, confie-t-elle posément. Poser pour des photos m’a permis de mieux accepter ma taille. Cela m’a donné confiance en moi.» Dans le ton de sa voix, une belle assurance. Sabrina est une femme indépendante, déterminée, exigeante avec soi-même, parfois trop, de son propre aveu.
Diplômée en communication à Lugano, elle rêve d’enchaîner maintenant avec un master dans le domaine du développement, peut-être à Stuttgart, en Allemagne, où elle rejoindra cet été Kai, son «chéri» depuis deux ans et demi, un business development manager âgé de 30 ans. Avec lui, elle rêve déjà de mariage et d’enfants. Des projets que sa participation à Miss Suisse a simplement décalés.
Concentrées du matin au soir sur leur train de vie de miss, Sabrina Guilloud, Jennifer Pennisi et les dix autres candidates à la succession de la Saint-Galloise Linda Fäh ont quitté Madère au bout d’une semaine sans avoir l’occasion d’en découvrir les trésors. Dommage. Au Reid’s Palace, elles auront tout de même eu l’illusion furtive d’être d’authentiques princesses. Une forme de parenthèse enchantée, qu’une seule d’entre elles verra se prolonger le 25 septembre prochain, quand les carrosses des autres redeviendront citrouilles.