Un charmant pavillon bourgeois de deux étages. La façade, d’un blanc laminé par le vent et la pluie, vaut surtout par ses splendides colombages bordeaux. Tout autour, des arbres. L’endroit est tranquille. Le centre-ville de Berne n’est pourtant qu’à dix minutes en bus, l’ambassade des Etats-Unis à un jet de pierre. Bienvenue chez la nouvelle Miss Suisse Alina Buchschacher, 20 ans!
Dans le coin, la famille est appréciée. Ulrich, le père, dit Ueli, un Suisse aux cheveux blancs, la soixantaine naissante, est un bon vivant. Il travaille dans l’immobilier. Son épouse Farina, 57 ans, originaire de Trinité-et-Tobago, est son rayon de soleil, une femme dynamique à la peau mate, arrivée en Suisse à l’âge de 18 ans, en 1972. Le couple s’est installé là en 1985. Ils ont eu deux enfants, deux beautés de filles, une blonde et une brune.
LA TANIÈRE D’ALINA
Naëla, l’aînée, née dix-neuf mois avant Alina, squatte le haut de la villa, tandis que sa cadette s’est installée dans une grande pièce aveugle au sous-sol, entre la buanderie et le cellier. Un choix stratégique.
«Je suis née dans cette maison, confie la nouvelle Miss Suisse. J’ai longtemps partagé une chambre avec ma soeur, mais elle était située à côté de celle des parents...» Sa mère s’en amuse. «En réalité, personne ne pouvait partager la salle de bain avec elle, confie-t-elle dans un français impeccable. Maintenant, elle a la sienne.» Alina affirme comprendre le français – que son petit ami Fabien, lui, maîtrise fort bien –, mais ne le parle pas. Elle s’exprime indifféremment en schwyzerdütsch ou en anglais. «Dès leur naissance, j’ai toujours parlé à mes filles en anglais, qui est ma langue maternelle, précise la maman, et mon mari s’adresse à elles en allemand. Aujourd’hui encore, nous parlons deux langues à table!»
La chambre est en désordre, preuve que Miss Suisse n’a pas une minute à elle. Les murs sont blancs, comme le mobilier, le lit encombré de peluches. Aucune photo, ni poster, mais un téléviseur géant à écran plat, un lecteur DVD, une chaîne hifi. Sur une étagère, une collection d’une cinquantaine de parfums, des sacs à main en pagaille et des chaussures, partout!
Tolérants, Ulrich et Farina n’ont jamais interdit à leur fille cadette de dormir avec ses petits amis dans sa chambre, à condition de les connaître. «Jamais je ne laisserais un mec coucher ici sans l’avoir au préalable présenté à mes parents», souligne Alina, ni rebelle ni dévergondée.
TORTUE BANNIE
Dans le vestibule, un objet insolite accroché au mur attire l’attention: une carapace de tortue. «Je l’ai ramenée du Sénégal, confie Farina Buchschacher. Avant, elle était en haut, mais ces dernières années, cela m’a valu des critiques justifiées, alors on l’a donc mise en bas.» Chez les Buchschacher, on aime les animaux, ce qui n’empêche personne de manger de la viande, sauf du cheval. Cavalière émérite, Alina ne saurait croquer son partenaire d’entraînement...
En remontant l’escalier vers le séjour, sa mère explique que la maison est «un lieu ouvert» où il y a «toujours du monde». La salle à manger, haute de plafond, débouche sur la véranda, un lieu paisible d’où l’on peut accéder au verger situé à l’arrière de la villa. A la naissance des deux filles, Ueli a acheté un grand vin qui repose au cellier et planté un arbre au jardin. Celui d’Alina est un evergreen.
Sous la véranda, Farina évoque sa jeunesse à Trinité, son envie de voyager, son attrait pour les langues. «Mes grandsparents étaient hindous, racontet- elle. J’ai toujours rêvé d’aller une fois en Inde.» Alina n’en savait rien.
«Je ne poserai pas en dessous transparents»
Miss Suisse 2011
«Cela m’a surprise qu’Alina se lance dans un concours de beauté, commente sa mère, parce qu’elle était très réservée, mais elle s’est ouverte, donc c’est bien.» Si la cadette n’a jamais eu le culot de sa grande soeur, son titre de beauté l’a libérée. Bien que pudique, elle a consenti sans problème à poser en sous-vêtements, pour Beldona. «En bikini, je n’ai aucun souci, avoue-t-elle, pour autant qu’on ne me filme pas de dos, mais je ne poserai pas en dessous transparents!»
Bien qu’élue Miss Suisse, Alina Buchschacher ne se voit pas comme une bombe. «Jamais je n’ai pensé que je pouvais être la plus jolie fille du pays... D’ailleurs je ne le pense toujours pas.» A l’entendre, il faudrait la croiser avec sa soeur Naëla pour obtenir un résultat valable. «Si vous preniez ses lèvres et mon nez, ses cheveux et mes yeux, alors oui, ce serait pas mal!» Elle rit aux éclats.
Trop petite (171 cm) pour espérer faire carrière en tant que mannequin, Alina Buchschacher fera de son mieux pour s’affirmer maintenant en tant qu’ambassadrice de beauté. A en croire sa mère, il y a encore du travail. «Ce matin encore, nous sommes allées renouveler son passeport. Au guichet, la dame l’a immédiatement reconnue et lui a demandé une photo. Alina n’a pas réalisé tout de suite...» La jeune Bernoise confirme: «C’est vrai, j’oublie encore que je suis Miss Suisse. Il faut dire que chez moi, je ne me sens pas différente. Cela me demande donc un effort, mais ça viendra.»