Débutée le 11 juin, la Coupe du monde a donné lieu à mille anecdotes, mille joies, mille chagrins. En voici quelques-uns, cocasses ou tragiques, survenus tout au long de cette première édition africaine. De Jabulani jusqu’au joint de Paris Hilton…
Par
Marc David - Mis en ligne le 07.07.2010
BALLON VOLE
Bijou technologique, entièrement rond, moulé au lieu d’être cousu, le ballon Jabulani («célébrer», en zoulou) s’est souvent envolé, est redescendu comme une pierre flottante, a pris des allures de savonnette à l’atterrissage. Les joueurs ont mis une pleine semaine pour arrêter de bombarder les étoiles. Il a commencé par glisser des mains des gardiens anglais ou algérien, a déboussolé les frappeurs de coup franc, Messi, Lampard, Schweinsteiger. «Un ballon de plage», a dit le gardien espagnol Casillas. Cet apprentissage passé, les meilleurs ont fini par le placer au bon endroit. Les buts du Ghanéen Munari ou de l’Argentin Tévez, des merveilles!
FRÈRES ENNEMIS
Boateng et Boateng. Kevin-Prince et Jérôme. L’un porte le maillot du Ghana, l’autre de l’Allemagne. Ils ont évolué l’un contre l’autre (victoire de l’Allemagne 1-0), mais ils ne se parlent pas. Ils n’ont pas la même mère ni la même histoire. Ils ne s’aiment pas. L’un, Jérôme, a grandi dans les beaux quartiers de Berlin, l’autre dans une rue populaire de la même ville. Amis ou non, ils sont devenus les premiers frères à jouer l’un contre l’autre en Coupe du monde.
GUEULE DE L’EMPLOI
Une phrase, juste une. D’Alain Giresse, ex-joueur et consultant sur France 2, à la mi-temps du très ennuyeux Paraguay-Japon: «Pas étonnant qu’ils jouent comme ça, regardez la tête de l’entraîneur japonais!»
TÉLÉ ÉTEINTE
La plus exotique des 32 équipes? La Corée du Nord. Absente depuis 1966, la formation de Kim Jong-Hun a si bien commencé le tournoi (courte défaite face au Brésil) que le gouvernement a hardiment décidé de téléviser le deuxième match en direct au pays. Une première. Hélas, le football étant parfois une science exacte, les Asiatiques ont encaissé sept buts face au Portugal. Ceinture immédiate: les téléspectateurs n’ont pas pu voir le dernier match, contre la Côte d’Ivoire. Ils n’ont eu que nonante minutes entre parenthèses.
MAIN BASSE
Il y eut la main de Dieu, un jour de 1986. Il y a
désormais «la main du c…» (hand of clod), selon l’expression délicate
du magazine anglais Sunday Mirror. Cette malheureuse menotte est celle
du gardien Robert Green, qui plia et céda sur un tir de l’Américain
Bradley, dans le match qui opposa l’Angleterre aux Etats-Unis.
Une
seconde fatale pour un destin qui bascule. On n’a plus revu le portier
de West Ham en Afrique du Sud. Il passera une partie du reste de sa vie
à expliquer son geste. «Je n’ai aucune excuse», a-t-il juste déclaré.
Gardien, grandeur et désespoir.
AFRIQUE, HÉLAS
Tout est
si bien parti pour l’Afrique. Lors du match d’ouverture, le premier but
restera peut-être comme le plus beau du tournoi. Une frappe veloutée du
Sud-Africain Siphiwe Tshabalala contre le Mexique, la balle qui file
droit et se fiche dans la lucarne. Hélas, cela ne dura pas. L’Afrique
du Sud, premier pays organisateur à ne pas passer le premier tour, le
Nigeria si piteusement défait que son président a décrété l’exclusion
pendant deux ans de toute compétition pour son équipe nationale…
À L’HEURE
Etre
l’équipier d’une star mondiale, bonne affaire. Pour remercier ses
camarades de leur qualification, le Camerounais de l’Inter Samuel Eto’o
a offert une montre de luxe à chacun d’eux. En Coupe du monde, ils
portaient plus de 33 000 euros au poignet. C’est sans doute pour cela
qu’ils partirent si vite. Ils furent les premiers à être éliminés…
PREMIER BUT
Déjà
participante en 1994, la Grèce n’avait jamais marqué de but en Coupe du
monde. En égalisant contre le Nigeria, le bienheureux Dimitrios
Sapingidis a effacé ce trou noir de l’histoire.
VOUOUOU
Le
Mondial 2010, c’est un son. Celui du chœur sans cesse renouvelé de
milliers de vuvuzelas, cette corne d’un mètre de long qui produit un si
bémol lancinant et dont le nom vient du zoulou «faire du bruit». Cette
mélopée a envahi la planète entière pendant un mois, poussant les
ingénieurs du son des télévisions à sortir tout leur savoir. Un homme
d’affaires russe à même offert à son ami sud-africain un vuvuzela d’une
valeur de 17 000 euros. Il est orné d’or blanc et de diamants.
PRUDENCE
Il
ne faut pas confondre Honda et Endo, joueurs du Japon. Ni Lee Jung-Soo,
Lee Chung-Yong, Lee Seung-Yueng et Lee Keun-Ho, joueurs de la Corée.
CRAPAUD ET FÉE CLOCHETTE
Le
Mondial, c’est aussi des surnoms en pagaille. Caressé par le Crapaud
(Cuauhtémoc Blanco, Mexique) ou dirigé par le Fou (Marcelo Bielsa,
Chili), le ballon s’est affolé quand Trois-Poumons (Park Ji-Sung, Corée
du Sud) ou la Fée Clochette (Andrea Pirlo, Italie) l’effleuraient et le
transmettaient à Tarzan (Sergio Ramos, Espagne) ou au Petit (Petit,
Portugal).
LE VŒU DE MANDELA
Au seuil des quarts de
finale, tout un continent s’est retrouvé suspendu aux ailes des Black
Eagles du Ghana, dernier ambassadeur africain. Même le plus illustre
d’entre eux, Nelson Mandela, s’est fendu d’une lettre au président de
la fédération ghanéenne: «Je me joins à tous les habitants du continent
et aux membres de la diaspora pour vous souhaiter du succès dans le
reste de la compétition.» Il s’en faudra d’un dernier pénalty sur la
barre pour que ce vœu se réalise.
LE DERNIER SUISSE
La
Suisse depuis longtemps enfouie dans ses charentaises, l’arbitre
Busacca sanctionné et remis dans l’avion, le dernier «Helvète» actif
sur le sol sudafricain fut le petit défenseur ghanéen du FC Bâle,
Samuel Inkoon.
LE SYMBOLE MELO
La fin de l’aventure du
Brésil est tout un symbole. C’est un joueur qui n’aurait jamais été
sélectionné lors des années créatives, Felipe Melo, qui a précipité
l’échec. Car qui est-il, cet auteur d’un presque autogoal et d’une
expulsion stupide contre la Hollande? Un joueur frustre, qui a bâti
l’essentiel de sa carrière dans des clubs de deuxième choix d’Espagne,
avant de filer vers l’Italie pour livrer une saison très moyenne à la
Juventus. Rien à voir avec Zico ou Ronaldinho.
LE JOINT DE PARIS
Paris
Hilton a été interpellée pour possession de cannabis à la fin du match
Hollande-Brésil. Elle a été relaxée la même nuit. La police
sud-africaine a expliqué que ses agents avaient senti une odeur de
cannabis. «Quand nous nous sommes approchés de Paris Hilton et de son
amie, à l’extérieur du stade, un joint a été jeté au sol.» Son amie a
plaidé coupable. Quant à Paris, elle a juré sur Twitter qu’elle adorait
l’Afrique du Sud et que tout le monde avait été très gentil avec elle.
SOIXANTE ANS D’ATTENTE
Avant
de s’incliner devant la Hollande, cela faisait soixante ans que le
Brésil n’avait plus perdu un match de Coupe du monde disputé dans
l’hémisphère sud. C’était à Rio face à l’Uruguay.
COQ EN PEINE
Le
prix du fiasco le plus achevé est décerné hors toute catégorie à
l’équipe de France. Quelqu’un est-il allé rechercher le chronomètre
rageusement lancé devant toute la presse par leur préparateur physique,
après avoir failli en venir aux mains avec le capitaine Evra? Grève des
joueurs, éviction d’Anelka, coq en peine, une manière d’élever le
conflit et la culture de l’ego boursouflé à son paroxysme. Jusqu’à une
dernière déclaration de l’ancien de 1998, Lilian Thuram: «J’ai demandé
que les joueurs soient durement sanctionnés et que Patrice Evra ne
revienne plus jamais en équipe de France.» Sublime.
PAS LA PIRE
Corrigée
4-0 par l’Allemagne en quarts, l’Argentine avait déjà vécu pire.
C’était en 1958 et les gauchos s’étaient inclinés 6-1 devant la
Tchécoslovaquie.
LA SUISSE, JETÉE MALGRÉ SA DÉFENSE
Le
gardien Diego Benaglio (à g., face à l’Espagnol Sergio Ramos) ou le
défenseur central Stéphane Grichting (à dr., avec le Chilien Humberto
Suazo) ont eu beau se démener et retarder à maintes reprises
l’inéluctable, l’équipe de Suisse ne passe pas le premier tour.
Décevante, elle n’a pas su assumer son rôle quand elle a dû prendre le
jeu à son compte. Sans grands arguments créatifs ou offensifs,
incapable de battre le Honduras, elle se retire logiquement des débats.
QUATRE POUR UNE COUPE
De
32 équipes au départ, souvent pleines d’espoir, elles n’étaient plus
qu’un simple quatuor à aborder les demi-finales. Chacune à leur
manière, les équipes d’Espagne (en haut, après le but victorieux de
David Villa contre le Paraguay), d’Uruguay (Diego Forlán, en bas à g.),
d’Allemagne (Thomas Müller, au centre) et des Pays-Bas (Arjen Robben, à
dr.) ont marqué ce Mondial de leur empreinte. Laquelle lèvera le
trophée, le 11 juillet?