Sous un ciel d’azur, leurs pattes soulèvent des nuages de poussière de neige. Malgré l’éclatant soleil d’hiver, le froid pince dur et un vent sec ébouriffe les crinières. Il y a plus de deux mille ans que ces petits chevaux galopent ainsi à travers les hauts plateaux de Mongolie et jusqu’aux montagnes de Chine.
CHEVAL DE BATAILLE
Large d’épaules et court sur pattes, le cheval mongol, à peine plus haut qu’un poney, est un animal vigoureux et endurant. Au XIIIe siècle, ce sont ces mêmes petits chevaux qui ont permis à Gengis Khan de constituer la plus formidable troupe de cavaliers de l’histoire et de se déplacer dans son empire, le plus vaste ayant jamais existé.
Leur tête lourde et leur courte encolure rappellent les origines préhistoriques d’une race demeurée très pure; une physionomie trapue qui les rapproche aussi de leur célèbre cousin, le cheval de Przewalski, lui aussi originaire de Mongolie mais que l’homme n’a jamais réussi à domestiquer. Vifs et farouches, les chevaux mongols ne se laissent pas facilement approcher ou attraper; en revanche, un fois débourrés, ils se révèlent des compagnons fidèles au caractère docile. Sauf bien sûr à vouloir les enfermer dans une écurie: ils n’ont jamais connu de toit!
QUASI SAUVAGES
Aujourd’hui en Mongolie, ils sont plus de trois millions de chevaux, bien plus nombreux que les hommes. Et la majorité d’entre eux partagent toujours la vie ancestrale des éleveurs nomades. Leur domestication reste pourtant minimale. Ils ne sont par exemple jamais nourris par leurs propriétaires. Par contre, ils sont capables de parcourir seuls d’immenses régions à la recherche d’un point d’eau ou de creuser la neige pour dégager une touffe d’herbe ou un lichen à manger. Et quand la nuit ils redeviennent quasi sauvages, ils se regroupent en bandes d’une vingtaine de juments dirigées par un étalon et savent encore parfaitement se défendre contre les attaques des prédateurs comme les loups toujours nombreux à rôder dans ces pays…
Pendant le court été de Mongolie, le petit cheval devra engraisser rapidement afin de pouvoir ensuite résister au grand froid (jusqu’à –40 °C) de l’interminable hiver.
BON À TOUT FAIRE
Cheval de trait, cheval de bât, il est capable de porter de lourdes charges et, à la vitesse de 5 à 6 km/h, peut ainsi marcher une soixantaine de kilomètres par jour. Les chevaux mongols assurent aussi aux nomades l’essentiel de leur nourriture, de la viande bien sûr (40% du poids vif) et surtout du lait, que l’on appelle aïrag une fois fermenté.
Pendant trois ans, Li Gang, auteur du reportage, est retourné chaque hiver à la rencontre de ces fascinants chevaux. A 62 ans, ce photographe chinois assure que l’observation de ces animaux sauvages et libres compte parmi les découvertes les plus belles et émouvantes qu’il ait vues durant toute son existence.