COULISSES
Aux côtés de Metallica, Slayer, Mastodon et Gojira, Lemmy Kilmister, 67 ans, déchaînera Motörhead le 30 mai prochain à Yverdon-les-Bains à l’heure du Sonisphere, le grand festival européen des métalleux. Tour de chauffe backstage. Intime et inédit.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 22.02.2012

Vous aimez Motörhead? Attention, c’est du sérieux, du lourd, ça ne se soigne pas et ça rend rapidement sourd! Quoique… Certains consomment du Motörhead (premier album homonyme) depuis 1977 et se retrouvent encore et toujours debout au premier rang des concerts. Secoués mais jamais abattus.

Le trio Motörhead s’est formé dans les squats londoniens du milieu des années 70, après que son leader, Ian Fraser Kilmister, né en 1943, s’est fait virer de Hawkind, groupe rock de spationautes, contraint d’écourter une tournée canadienne après l’arrestation du futur Lemmy, déjà en possession d’amphétamines…

PUNK ET PARANO

Libre mais pas libéré de tous ses démons, ce quasi-orphelin de père (aumônier militaire, il a disparu avant que son fils ait 3 ans) a des ambitions musicales à la fois simples et directes: jouer fort, gratter vite, une musique urbaine et arrogante, sauvage et paranoïaque. En rupture avec le hard rock toujours empreint de blues, on appellera heavy metal cette façon bien particulière de faire chauffer à grande vitesse les amplis et les oreilles. Pourtant, à y écouter de plus près (pas trop quand même!), il y a dans la musique de Motörhead, une insolence, un refus de toute joliesse, une maladresse assumée, une brutalité revendiquée qui doivent beaucoup au punk rock qui s’inventait à l’époque. On se souvient de The Damned, avec lesquels les nouveaux métallos partageaient les scènes underground anglaises. Il y a dans ce trio survolté de l’inquiétant Johnny Rotten (The Sex Pistols) et puis des Ramones, vilains drôles de Ricains auxquels Motörhead rendit un hommmage, R.A.M.O.N.E.S, forcément appuyé sur l’album 1916.

A 67 ans, Lemmy Kilmister, bassiste et chanteur, le seul, l’unique, l’infatigable leader, aura usé une dizaine de guitaristes et de batteurs. Aujourd’hui stabilisé autour de Mikkey Dee à la batterie et Phil Campbell, guitare et chœur, Motörhead a su se perpétuer sans que jamais sa musique n’évolue d’un pouce… Mais, après tout, des monuments comme Chuck Berry ou Little Richard n’ont jamais changé de style non plus!

 

«Les morts ne racontent pas de conneries»
Lemmy Kilmister

 

Au chapitre des monuments, il faut encore présenter à gauche Killer (le tueur) et à droite Murder One (le meurtrier), les deux monstres amplis Marshall (JMP Superbass) qui libèrent chacun 100 watts d’énergie brute. Du coup, Lemmy peut se passer de pédales d’effets: les amplis toujours réglés au maximum produisent naturellement les distorsions.

BÊTE DE CœUR

Coiffé de son inséparable chapeau sudiste, droit dans ses éternelles bottes toujours un peu trop voyantes, maigre dans son jean noir, Lemmy est aussi connu pour placer son micro très haut, l’obligeant à tendre le cou comme un coq de combat. «Question de confort, a-t-il expliqué, mais aussi une façon de ne pas regarder le public. A l’époque où nous jouions pour dix personnes et un chien, c’était un moyen de ne pas voir que nous jouions pour dix personnes et un chien!»

Désormais habitué des stades et définitivement à l’abri du besoin, Lemmy Kilmister n’a pas davantage changé sa musique que son mode de vie. Dans un documentaire qu’elle lui consacre (Vivre vite, mourir vieux!), l’intrépide BBC assure qu’il boit toujours, depuis 1973, une bouteille de Jack Daniel’s par jour. Plus les bières. Côté cœur, on ne lui connaît pas de régulière, mais il s’est vanté avoir goûté à plus de 2000 femmes et le magazine Maxim, qui s’y connaît, le classe à la huitième place des légendes vivantes du sexe en lui reconnaissant quelque 1200 conquêtes… Il est ainsi Lemmy, pas forcément le mauvais gars, mais quand même un peu brut de décoffrage, comme quand il avoue son (immense) collection de croix gammées et autres reliques du IIIe Reich. Non pas que l’ami Lemmy soit facho (il assure que non), mais simplement parce qu’il trouve ça beau. Toujours un peu trop. Pour finir cette profession de foi à un journaliste qui lui demandait ce qu’il s’imaginait faire dans dix ans, l’increvable leader de Motörhead a simplement répondu: «La même chose mais plus fort.»