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MUMMENSCHANZ
MIMES DE RIEN
Dans leur grand atelier d’Alstätten (SG), Floriana Frassetto et Bernie Schürch préparent activement ce qui sera la dernière tournée du fondateur des Mummenschanz il y a quarante ans. Visite et confidences.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 06.12.2011

Ils ont ému le monde en pleurant des rouleaux de papier WC. Ils ont donné du coffre à de la mousse, de l’âme à des tuyaux. Ils ont laissé la parole à des matières improbables comme le caoutchouc et le polystyrène. Avec trois fois rien et deux bouts de ficelle, les Mummenschanz ont inventé un univers entier. Bienvenue en coulisses.

Dans la campagne saintgalloise, dominant le Rhin à un jet de pierre de l’Autriche, l’antichambre de leur monde est un vaste atelier. A gauche, le domaine de Floriana Frassetto, Floriana pour le visiteur: machines à coudre, ciseaux, patrons, mannequins, une vieille lampe gynécologique pour y voir clair et puis des bibelots par dizaines, des amulettes, des porte-bonheur et quelques crève-cœur.

DES MASQUES À MANGER

A droite, la partie réservée à Bernie Schürch, Bernie le bricoleur. Toutes sortes d’outils (il invente ceux qui n’existent pas, comme ce long emportepièce à partir d’une canne à pêche), et puis quantité de colles et d’adhésifs, du fil de fer magique et, par-dessus tout, des monceaux de mousse expansée, du plastique de toutes les formes, de toutes les textures. Aux murs, des photos, des affiches, des maquettes, souvenirs d’une extraordinaire aventure de quarante ans… Ou la rencontre dans le Paris fleuri de l’été 69 d’un Bernois de Thoune (Bernie) et d’un Zurichois du même âge, 25 ans, Andres Bossard. Au moment d’achever leur formation de théâtre et de mime auprès de Jacques Lecoq, ils décident d’un avenir artistique commun. «Même si c’est Marcel Marceau, que j’avais vu à 14 ans, qui m’a donné l’envie de faire ce métier, nous étions résolus à abandonner le mime classique avec le visage peint en blanc.» L’époque est au théâtre de rue, à l’improvisation. «Comment faire crier le corps sans utiliser la voix? Le défi était lancé, on allait changer le masque…» L’une des premières grandes idées est d’utiliser des masques de terre glaise à modeler en direct. Et puis, mélange de farine et d’eau, des masques à manger!

A l’aube des années 70, la rencontre avec l’Italo-Américaine Floriana Frassetto va précipiter la formule. «C’est devenu beaucoup plus dynamique, à trois nous formions un triangle.» Invité du festival d’Avignon en 1972, le trio se baptise d’un nom imprononçable et intraduisible, les Mummenschanz. «C’est emprunté à un dessin d’Oskar Schlemmer (1888-1943). C’était un peintre, un danseur, un clown et un philosophe membre du Bauhaus. Sur le plan visuel, il était mon idole. Il ne cherchait pas à faire du spectacle, mais des images en trois dimensions.» Dès les premiers numéros des Mummenschanz, on remarque ce mélange d’art futuriste et de commedia dell’arte improvisée. «On a passé une année ou deux à mettre au point notre patte, mais on a tout de suite senti que le public accrochait, que la direction était bonne.»

 

«Chercher la simplicité et surtout ne rien ajouter!»
Bernie Schürch

 

Penché sur son établi, Bernie tente de rafistoler son masque distributeur de papier hygiénique et se souvient de l’invention d’une séquence désormais légendaire. «Nous étions employés du Club Méditerranée comme animateurs en Tunisie. Le mercredi, on pouvait utiliser la scène à la fermeture du night-club… Un soir, on s’est mis à jouer comme des enfants, en imaginant que les rouleaux de papier du monde entier avaient été enroulés à l’envers et qu’il nous fallait trouver une solution à ce problème!» Pour la petite histoire, sachez que seul le papier fabriqué en Suisse possède les bonnes perforations, ni trop dures ni trop lâches, et que les Américains ont failli faire capoter un spectacle en refusant un jour d’en dédouaner quelques dizaines de rouleaux! «Nos jouets sont très simples, donc on ne peut pas trop jouer dans les détails. Il faut laisser les choses ouvertes, mais dans cette ouverture se trouve aussi le noyau, ce que l’on peut appeler l’âme, ou le cœur…»

LES ANNÉES DE GLOIRE

Une année seulement après leur création, les Mummenschanz tournent aux Etats-Unis, début d’une grande admiration qui les conduira jusqu’à Broadway et dans les shows télévisés les plus fameux du pays. «Tout à la fin du Manhattan de Woody Allen, on voit le drapeau de notre spectacle au théâtre Bijou dans lequel on s’est produit durant trois ans entre 1977 et 1979.» Spectacles aux quatre coins du monde, publicité pour les marques les plus prestigieuses, les demandes sont innombrables, et il faut apprendre à une seconde troupe les numéros qui font désormais rêver de New York à Pékin.

«On a créé notre premier costume en ayant l’idée d’élargir le masque au corps tout entier. En plaçant notre corps dans un tuyau ou dans un sac, on le rendait abstrait, mais en masquant le personnage, on pouvait aussi lui faire prendre des airs inattendus et que le public, petits ou grands, comprenait immédiatement parce que c’est tellement simple… Tout le monde a déjà vu un tuyau ou un verre, notre imagination est tout naturellement sollicitée.»

Conçu comme un best of, un rappel des figures inoubliables – des masques sur la tête des années 80 aux marionnettes des années 2000 en passant par les costumes gonflables des années 90 –, le nouveau spectacle sera aussi le dernier de Bernie. A 67 ans, il veut attaquer «la dernière partie de sa vie» en achevant au Tessin la construction de la maison de ses rêves écologiques. Il vise l’autosuffisance, veut consacrer davantage de temps à sa femme et à la sculpture, qu’il pratique depuis des années.

UN DRAME EN COULISSES

En 1992, le décès d’Andres Bossard, victime du sida, avait manqué de peu de faire disparaître les Mummenschanz. Avec l’aide de John Murphy, de Raffaella Mattioli, de Pietro Montandon et de quelques autres, la magie a continué. Il en sera encore ainsi cette fois. Floriana a engagé Philippe, un jeune danseur qui s’entraîne déjà dans l’ombre et à qui Bernie refilera tous ses trucs de bricolage.

Floriana habite au premier étage de leur grand atelier, la maison qu’elle occupait avec Hans Jörg Tobler, industriel devenu éditeur et le président de la Fondation Mummenschanz. Jusqu’à son décès, en décembre de l’année dernière, il a beaucoup fait pour tenter de soulager les Mummenschanz des problèmes financiers et organisationnels dans lesquels ils s’étaient empêtrés. Il était aussi l’amour de Floriana et son portrait figure en bonne place sur son bureau. Un voile de tristesse mouille soudain les yeux bleus de la comédienne. Mon personnage préféré?

«Je les aime tous… Peut-être ma bouche verte, parce que j’aime bien tirer la langue! La seule chose que je déteste, c’est de coudre les fermetures éclair…»

Genève, Théâtre du Léman, du 27 décembre 2011 au 8 janvier 2012. Neuchâtel, Théâtre du Passage, les 20 et 21 janvier. Bienne, Théâtre Palace, les 20 et 21 mars. Saint-Maurice, Théâtre du Martolet, les 4 et 5 mai. Mézières, Théâtre du Jorat, du 31 mai au 10 juin. www.mummenschanz.ch



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Tags: Mummenschanz, mimes, Bernie Schürch, Floriana Frassetto, spectacle Aller en haut de page Haut de page

 

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