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COMMÉMORATION
LENNON AND CO.
John Lennon aurait eu 70 ans le 9 octobre dernier si un fan fou furieux ne l’avait assassiné un 8 décembre, il y a trente ans. Sa veuve marque le coup en faisant sonner la caisse enregistreuse des rééditions.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 12.10.2010

Fin septembre 1969. John Lennon a 29 ans. Il fait éclater le plus célèbre groupe de rock du monde en annonçant son départ. On sait que les concerts auxquels les Beatles avaient totalement renoncé depuis déjà trois ans lui manquaient cruellement. On sait aussi que les relations entre ces vieux potes et Yoko Ono, son épouse et sa muse, étaient simplement devenues impossibles. Ce qui ne veut pas dire que le créateur d’Imagine allait nager dans le bonheur durant les dix ans qui lui restaient à vivre.

MUSE OU SANGSUE?

C’est Yoko qui le persuade de s’installer à New York dès 1970. Les débuts sont très... difficiles: «C’est tellement écrasant, ça me fait trop peur, et les gens sont tellement agressifs... J’ai besoin de rentrer chez moi. J’ai besoin de voir de l’herbe. J’écris toujours à propos de jardins anglais et tout ça. J’ai besoin de ça, les arbres et l’herbe», confiera-t-il à Jann Wenner, alors rédacteur en chef du magazine Rolling Stone. Comme Bob Dylan à la même époque, Lennon peine à vivre sa phénoménale célébrité.

A 40 ans, les blessures de son enfance ballottée semblent se raviver. Et ses tentatives de thérapie par la pratique du «cri primal» ne donnent pas beaucoup plus que quelques morceaux musicaux inaudibles de Yoko... Suite à sa rencontre avec David Peel, musicien chantre de la marijuana et allumé notoire, John s’engage avec les militants les plus actifs (Abbie Hoffmann, Jerry Rubin, Allen Ginsberg) d’une Amérique en conflit non seulement au Vietnam mais aussi avec sa propre jeunesse. Rendus publics en 2006, des documents montrent que le «dangereux» pacifiste a été tout au long de ses années américaines l’objet d’une étroite surveillance du FBI. Plusieurs fois, les autorités US tenteront d’expulser cette icône indésirable. Et puis le couple bat de l’aile. En 1973, leurs relations se sont tellement dégradées que Yoko le met à la porte. John s’installe alors à Los Angeles avec May Pang, ancienne assistante et nouvelle compagne.

Début 1975, Yoko accepte que John revienne s’installer avec elle à NY. Mais les conditions sont drastiques. D’abord, John doit se soumettre à un sévère régime macrobiotique (sans viande ni alcool) et elle obtient surtout de s’occuper seule de leurs affaires financières.

RETOUR À LA VIE

Tombée enceinte, Yoko, 42 ans, voudrait avorter mais John s’y oppose fermement et, le 9 octobre de cette même année, le jour de son 35e anniversaire, naît Sean, son second fils.

Désormais installé dans le Dakota Building, au pied duquel il sera abattu, John se retire encore un peu plus de la vie publique et musicale pour se consacrer à l’éducation de ce fils dont Elton John est le parrain en égard à ce qu’il a fait pour réconcilier le couple. John écrit, peint, avant tout s’acquitte des taches ménagères, mène une vie presque normale, sans garde du corps (avec les conséquences que l’on sait).

En 1980, John semble enfin sortir de la longue dépression qui a dévoré son inspiration musicale et, au mois de septembre, publie Double Fantasy, son dernier album puisqu’il meurt, trois semaines plus tard, assassiné par un pauvre type qui se sentait trahi par son idole de retour à la vie.

ET LA MUSIQUE DANS TOUT ÇA?

Inévitablement, le drame d’être mort assassiné brouille l’écoute de tous les derniers disques de John Lennon. Sans ces cinq balles, son dernier disque (moyen) n’aurait sans doute jamais connu un telle consécration (posthume) et, même son plus grand succès, Imagine (1970), que lui-même trouvait un peu facile, ne serait pas devenu l’hymne planétaire de tous les pacifistes en jeans que l’on sait.

En réalité, la discographie solo (huit albums plus une poignée de chansons éparses) de Lennon ressemble à ses années difficiles de l’après-Beatles. Quelques morceaux d’anthologie certes (Jealous Guy, Woman, Mind Games, voire Attica State) mais aussi beaucoup de chansons mal ficelées, déprimées donc déprimantes, un peu chaotiques donc cahotantes à l’oreille, des brouillons mal bricolés avec des musiciens de passage (le Plastic Ono Band, tout est dans son titre!), rien à voir en tout cas avec les trésors mis en boîtes avec Paul, George et Ringo.

Du coup, ces copieuses et soignées rééditions semblent un rien superfétatoires. Certes Yoko a bien le droit de vouloir changer les tapisseries de temps en temps et les maisons de disques de se refaire un bilan positif, mais comme les inconditionnels possèdent déjà tout ça, et que les autres pourraient parfaitement se contenter d’une compilation (Power to the People), les instigateurs de ces cadeaux d’avant-Noël auraient été plus cool en remasterisant non seulement les bandes originales mais aussi leur prix, à la baisse!

John Lennon, Signature Box, coffret 9 CD ou à la pièce, EMI.



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Tags: Musique, John Lennon, commémoration, Yoko Ono Aller en haut de page Haut de page

 

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