Derrière sa tasse de café, elle semble discrète, presque effacée. Façade. A 26 ans, Anna Aaron sait ce qu’elle veut, ce qu’elle vaut. Avec Dogs in Spirit, son tout premier album qui sort ses jours, certains la comparent déjà à PJ Harvey, ce qui a tendance à la faire bondir. «C’est nul, inutile. Il n’y aura jamais une autre PJ Harvey.» Message reçu. De sa voix particulière qui fait de l’album une œuvre puissante, elle se raconte, depuis sa venue à la musique «normale, avec des cours de piano à l’âge de 11 ans» jusqu’à ses angoisses existentielles qui la «paralysent».
D’où vient le titre «Dogs in Spirit»?
Je l’ai adapté de cette phrase du Nouveau Testament: «Bénis soient les pauvres en esprit». Je voulais signifier la pauvreté, représentée pour moi par les chiens. J’ai vécu aux Philippines, où il y avait beaucoup de chiens errants.
Tout l’album est d’ailleurs rempli de références bibliques…
En fait, la langue religieuse est plutôt ici une manière de travailler avec les symboles.
C’est tout de même un domaine que vous semblez bien connaître.
Oui, j’ai eu une enfance très religieuse. Mes parents étaient missionnaires.
Etes-vous croyante?
Je crois que cela ne concerne pas Anna Aaron. Et n’importe quelle réponse sera mal interprétée.
Anna Aaron, c’est un pseudo?
Oui. Anna, c’est un surnom qu’on me donnait, et je voulais un nom qui soit un prénom masculin.
Donc celui du frère d’Elvis?
Oui, je préfère! D’habitude on me dit que c’est celui du frère de Moïse!
A propos de références, quelles sont vos inspirations?
L’inspiration est un truc que je ne connais pas trop. Je ne sais pas comment ça marche. Je me mets au piano et ça sort. Et la musique me guide pour trouver les mots. Sinon, et je ne pense pas que ça s’entende sur le disque, mes modèles sont David Bowie, The Cure, Kate Bush.
Ce qui s’entend est un côté nostlagique et sombre…
Pour moi, l’album n’est pas sombre. Je peux comprendre que ça donne cette impression. Dans la vie, je ne suis pas une personne triste. Et le prochain sera tout différent…
Etant Bâloise, pourquoi avoir travaillé avec un producteur lausannois?
C’est un hasard, en fait. Ils m’ont trouvée (ndlr: Two Gentlemen produit les Young Gods et Favez) et présenté Marcello Giuliani qui m’a appris l’école du rock!
En tant que Suissesse rock, quel regard portez-vous sur le pays?
J’aime ce pays, mais il me rend peu patiente. Les Suisses ne sont pas habitués à ce qui leur est étranger, ils ont du mal à sortir de leur zone de confort. Pour les artistes, c’est difficile de s’exprimer, de se mettre devant des choses qu’on n’a pas envie de regarder. On se cache par peur du regard de l’autre, mais il faut avoir confiance, on est tous humains.
Comment abordez-vous l’avenir?
Je suis trop influencée par mes propres peurs pour en avoir une vision lucide. L’angoisse vient facilement la nuit. C’est une peur existentielle, l’impression bizarre de perdre tout, ma vie. Cette peur me paralyse. Dans ces moments, il m’est impossible de composer, car j’ai besoin de clarté. Je n’aime pas cette image de l’artiste qui utilise la musique comme thérapie. Mais c’est vrai qu’elle m’aide à me sentir bien.
Dogs in Spirit, d’Anna Aaron, Two Gentlemen. En concert le 9 août au Casino Théâtre, Genève. www.annaaaron.com
ET ENCORE À LA BÂTIE
CHANT, DANSE, THÉÂTRE
Coups de cœur d’ici au 17 septembre, fin du festival. Côté concert, on la joue dandy avec Carl Barât, ancien complice de Pete Doherty, qui swingue sur de belles ballades romantico-rock. (PTR, lundi 12 à 20 h) En danse, l’Espagnol Daniel Abreu possède fougue et sensualité. Seul en scène, il lutte avec son corps. Physique. (Théâtre de l’Usine, lundi 12 et mardi 13 à 19 h) Au théâtre, Neutral Hero explore façon blues et country les mythes américains. (Salle des Eaux-Vives, du mercredi 14 au vendredi 16 à 21 h, samedi 17 à 18 h)
www.batie.ch