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DECRYPTAGE
LE PHÉNOMÈNE LADY GAGA
En moins de deux ans, cette jeune New-Yorkaise inconnue est devenue la grande dame du show-business. Derrière les outrances et la provoc se cache une artiste complète et dévorée d’ambition. Décodage du phénomène Lady Gaga avant ses uniques concerts en Suisse, les 14 et 15 novembre à Zurich.

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 28.12.2010

Le 24 juin dernier à Londres, Lady Gaga donnait un concert privé lors du bal de charité d’Elton John. David Furnish, compagnon de sir Elton et maître de cérémonie, présenta la chanteuse américaine avec une remarquable concision. Six mots suffirent: «Voici la plus grande star actuelle!» Il y avait là d’innombrables célébrités, mais aucune ne protesta, parce que c’était la vérité.

Lady Gaga est la plus grande star du monde alors que personne ne la connaissait en mars 2009. En moins de deux ans, elle a sorti deux albums (The Fame et The Fame Monster), classé six titres N° 1, vendu 15 millions d’albums et 51 millions de singles en pleine crise du disque, dépassé le milliard de vues sur YouTube. Ses clips délirants, ses tenues extravagantes et sa capacité à créer le buzz partout et tout le temps lui ont valu les couvertures de Voici comme de Vogue, de Rolling Stone et de Time, qui l’a consacrée artiste la plus influente de l’année. Lady Gaga plaît aux enfants comme aux stars branchées. A la fois très popu et hyper haut de gamme, elle est un produit commercial en même temps qu’une œuvre d’art vivante. Sa folie sous contrôle bouscule les codes d’un système qu’elle semble avoir parfaitement disséqué et digéré. A seulement 24 ans.

Stefani Joanne Germanotta est née le 28 mars 1986 à New York. Elle a grandi dans un duplex de l’Upper West Side, avec papa et maman qui gagnent bien leur vie mais se saignent pour offrir à leurs filles (elle a une sœur cadette, Natali) une éducation classique au Sacré-Cœur, un établissement catholique pour filles (de riches) à côté du musée Guggenheim. Stefani apprend très vite à jouer du piano. Elle est excessive, gâtée, tapageuse mais sympa. Elle est aussi brune et un peu ronde. Elle est surtout très ambitieuse. Ecole d’art, petits groupes, petits copains. Déterminée à devenir une star, elle cherche son style, sous la coupe du producteur Rob Fusari qui la rebaptise Lady Gaga en référence à la chanson de Queen Radio Gaga. Elle s’essaie au grunge, puis au rock, puis à la ballade, avant de trouver sa voie, à Los Angeles, dans la dance. Elle écrit quelques morceaux pour Britney Spears ou les Pussycat Dolls, puis convainc le producteur Akon de son talent de chanteuse. Elle se teint en blonde, se crée un personnage et sort son premier album en août 2008. Le succès est foudroyant.

Pourquoi ça marche? Elle est hyperbranchée et en même temps très populaire. Imparable.

Lady Gaga a compris deux choses: une chanson doit faire danser, une star doit faire rêver. De ce grand écart apparent entre le personnage (inaccessible, presque inhumain) et sa musique (très accessible) naît la révolution. Le look et le son sont en totale symbiose. «Je fais de la musique que les gens veulent regarder.» (sic) Pianiste confirmée, Gaga est une vraie bonne musicienne. Contrairement à Madonna, elle a une voix. Sa musique mixe les rythmes électro des années 90 avec des mélodies urbaines, des refrains pop, et garde le côté glam’ rock de ses premières influences (Bowie, Queen). Le résultat est faussement simple. «Elle a osé remettre au goût du jour les vieux refrains populaires, observe Patrick Juvet. Couplet-refrain, couplet-refrain, ça ne se faisait plus. Ses chansons, on peut les chanter même sans connaître les paroles.» Le titre Bad Romance s’ouvre sur une ritournelle, suivie par un «Gaga oh là là» scandé à plusieurs reprises. «C’est certainement le titre le plus novateur de ces dix dernières années, assure-t-elle. Avant moi, la pop était devenue un gros mot et la dance n’était pas censée valoir plus de quarante secondes sur la FM.»

Un simple produit? Non. Sinon, elle se serait fait refaire le nez. Comme les autres…

Pour réussir, Lady Gaga a changé de nom, de look, de couleur de cheveux, de style de musique, de corps, de ville, de petit copain (ils se sont remis ensemble depuis et parlent désormais de se marier). Une demi-douzaine de producteurs se disputent la paternité de son succès. Mais si elle n’était qu’un produit marketing, elle serait restée sagement mainstream, comme Christina Aguilera ou Rihanna. Et elle se serait fait refaire le nez. Non, cette fillelà est d’une autre trempe. Son génie est moins dans ce qu’elle fait que dans sa compréhension – sa prescience – des attentes du public. Connecter la mentalité underground avec la musique pop, c’est son idée à elle. La faire aboutir quand on est jeune et inconnue est la preuve d’une incroyable maturité et d’une vraie personnalité.

Une simple copie? Elle a fait plus que s’inspirer de Madonna. Elle l’a ringardisée.

Impossible de ne pas penser à Madonna… Mêmes origines italo-new-yorkaises, même ambition et, un temps, même look (cheveux blond platine, sourcils foncés, lèvres rouges). Lady Gaga s’est inspirée de son aînée, c’est évident, mais elle l’a dépassée. «Elle est la première à avoir démodé Madonna», observe, amusé, le couturier romand Laurent Mercier. Elle a du même coup ringardisé toute la scène féminine. Bon, les bimbos, c’était facile: Paris Hilton et Lindsay Lohan n’ont rien à dire. Quant aux Fergie, Gwen Stefani, Beyoncé, Rihanna, Christina, Shakira ou Britney, les voilà soudain trop vieilles, trop typées ou trop fades. «Cela faisait vingtcinq ans qu’elles étaient toutes pareilles…» soupire Laurent Mercier. «Gaga, elle, s’amuse. C’est davantage une muse qu’une suiveuse.» Son apparition aux récents MTV Awards dans une robe en viande crue a déjà été reprise, copiée, parodiée. Bien sûr, elle s’est inspirée de très nombreux artistes, construisant sa personnalité en prenant ce qu’il y avait de meilleur en David Bowie ou Prince. Mais lorsqu’on lui parle de plagiat, elle cite Oscar Wilde: «Le talent emprunte, le génie vole.»

C’est quoi son style? Elle a compris qu’elle était elle-même et en permanence le show.

Quelle tête a donc Lady Gaga au naturel? Il est assez fou d’admettre que l’on ne sait pas à quoi elle ressemble. Et plus encore de constater qu’elle a débarqué du jour au lendemain comme un produit fini. Très influencée par Andy Warhol (c’est l’un de ses tableaux qui l’a dissuadée de se faire refaire le nez), elle a repris à son compte l’idée que la célébrité était en soi une œuvre d’art. Et qu’elle était ellemême le show. Lady Gaga est un personnage en perpétuelle représentation. Elle peut passer trois jours entiers en Angleterre sans quitter sa tasse de thé et déclare préférer «mourir plutôt que d’apparaître sans talons hauts» en public. Qui dit personnage dit costume. Les siens sont surréalistes, extravagants, uniques. Les mauvaises langues disent que lorsqu’on ne peut pas jouer la carte sexy pour faire parler de soi, ne reste que la provoc. Voilà pour le fond. Pour la forme, elle n’a pas de style défini. Elle peut être poétique ou ultrafuturiste.

«Quelle star peut porter ce que porte Lady Gaga? Aucune!»
Laurent Mercier, couturier

Là où Madonna se confectionnait un style dans la rue, Gaga n’est habillée que par les créateurs les plus branchés. Proche d’Alexander McQueen, elle garde néanmoins son indépendance. Tout est référencé, assumé, mais en même temps et systématiquement adapté. Très extrême, elle mixe ses influences pour créer quelque chose de nouveau. Essayer de s’habiller comme elle? Impossible. Même pour les autres stars.

Qui est derrière elle? Comme Andy Warhol, elle s’entoure d’artistes, dans la Haus of Gaga.

Il n’y a personne derrière Lady Gaga, mais beaucoup de monde autour d’elle. Nuance. Elle garde le contrôle. Contrairement aux autres chanteuses qui s’offrent une respectabilité avec des noms célèbres, elle ne met pas en avant ses producteurs. Les gens qui travaillent avec elle sont réunis dans un collectif appelé Haus of Gaga. On y trouve notamment Jonas Akerlund, ex-réalisateur des clips de Madonna, son manager Troy Carter, son amie Lady Starlight (qui lui apprit à se comporter sur scène) et son équipe de stylistes. L’un d’eux, Nicola Formichetti, vient d’être débauché par Thierry Mugler.

Va-t-elle durer? Elle a la tête sur les épaules, de l’humour et beaucoup d’ambition.

Lady Gaga prépare actuellement la sortie de son troisième album. Trois éléments plaident pour un long règne de la nouvelle reine de la pop. Un: elle a la tête sur les épaules, bien plus qu’une Amy Winehouse. Deux: elle a de l’humour et semble s’amuser. Trois: elle est dévorée d’ambition. «Je tuerais pour arriver», avouait-elle à ses débuts. Parvenue au sommet, elle n’est pas rassasiée. Son but ultime? «Une rétrospective Lady Gaga au Louvre.»


VÉCU

Quand les stars deviennent des fans

En juin dernier, «L’illustré» a eu le privilège d’assister à un concert privé de Lady Gaga chez Elton John, au milieu de célébrités devenues groupies.

Old Windsor, à une heure de Londres, dans les jardins de sir Elton John. Devant un parterre de stars venues pour la bonne cause, Lady Gaga donne un showcase d’une quarantaine de minutes. Mini concert mais maxi énergie. Arrivée deux jours plus tôt, elle débarque avec un concept global incluant la décoration de la salle et l’animation du parc. Ambiance… lugubre, digne d’un conte funèbre d’Edgar Allan Poe. Elton John est aux anges – «C’est Lady Gaga aux pays des merveilles» –, Caroline Gruosi-Scheufele, perplexe... «Elle a choisi une demi-douzaine de parures. Elle savait très exactement ce qu’elle voulait. Cette fille est vraiment gaga.» La présidente de Chopard ne va pas tarder à comprendre.

«Hello, rich people!»
Lady Gaga, saluant les convives du bal de charité d’Elton John

Pendant le repas, Lady Gaga vient saluer la table officielle. Robe de mariée surmontée d’une mantille de fer, des rangers aux pieds, ce n’est pas une entrée mais une apparition. Totalement dans son personnage, elle s’éclipse et ne réapparaît que pour le concert, ouvert sur un provocant «Hello, rich people!» Elle chantera sept chansons, dont un duo au piano avec Elton John qui lui permet de démontrer ses talents musicaux et vocaux, et changera quatre fois de tenue. Les convives finiront debout, conquis, massés devant la scène. Voir des personnalités comme Liz Hurley ou Boris Becker la filmer sur leur iPhone résume tout: Lady Gaga est bien la plus grande star actuelle. L. Fe


 

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Tags: Musique, people, Lady Gaga, phénomène, provocation Aller en haut de page Haut de page

 

EN CONCERT, EN VILLE OU EN COUVERTURE DE MAGASINE, LADY GAGA CULTIVE UN STYLE BIEN À ELLE

EN JUIN 2010, «L’ILLUSTRÉ» A EU LA CHANCE D’ASSISTER À UN CONCERT PRIVÉ DE LADY GAGA CHEZ ELTON JOHN. EN VOICI DES EXTRAITS RIEN QUE POUR VOUS !




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