NICOLA SPIRIG, UNE FILLE EN OR
Exploit. La championne olympique de triathlon se destine à une carrière d’avocate et vit une partie de l’année à Leysin.

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 07.08.2012

L’ironie de l’histoire retiendra que Nicola Spirig doit son titre olympique à une féminité que la pratique de son sport aura négligée, effacée, gommée durant tant d’années sous le muscle et l’ascèse. C’est de la poitrine, d’une petite poitrine, que la Zurichoise (30 ans) a devancé la Suédoise Lisa Norden à la photo-finish, au terme de presque deux heures d’effort hallucinant, samedi 4 août à Londres.

Après 1,5 km de natation dans le Serpentine, 43 km de vélo autour de Buckingham Palace et 9,9 km de course à pied dans les allées de Hyde Park, la Suissesse a arraché l’or au sprint dans les 100 derniers mètres, sous les fenêtres de la reine. Un final qu’elle avait répété à Leysin, où elle vit à la belle saison. «Je m’infligeais des accélérations dans chaque séance d’entraînement et je travaillais mon mental en me répétant: «Je peux gagner cette course, je veux gagner cette course, je veux être la première à franchir la ligne d’arrivée.» Si la victoire se joue sur des détails, elle ne choisit jamais son camp par hasard.

A Leysin, Nicola Spirig partage un appartement de mai à septembre avec Reto Hug, triathlète, son compagnon depuis huit ans. «Il n’y a pas besoin de lui expliquer pourquoi je vais m’entraîner même quand il pleut. Avec quelqu’un qui travaille quarante heures par semaine pour ses quatre semaines de vacances par an, ce serait plus compliqué.» Avec Reto, tout est simple. Et lorsqu’il voit que ses propres chances de qualification olympique s’éloignent, il se met totalement au service de Nicola. Mêlé aux milliers de spectateurs qui faisaient du bruit «comme dans une discothèque», il n’a pu la serrer dans ses bras que bien après la course. En anglais, hug signifie embrassade, étreinte.

CONTINUER OU FAIRE UN BÉBÉ?

Le triathlon, elle l’a découvert à 10 ans au sein d’une famille très sportive. «Mes parents étaient tous deux professeurs de sport. Le dimanche, lorsqu’ils nous ouvraient les portes de la salle de gym et que l’on pouvait jouer avec les anneaux ou le trampoline, c’était le paradis.»

Josef Spirig décèle vite chez sa fille des capacités dans les sports d’endurance. Mais si la jeune fille aime courir, c’est dans les champs de maïs pour cueillir des épis pour le hamster ou dans la montagne pour apercevoir des chamois. Son initiation est progressive, sa progression constante. Triple championne d’Europe, vice-championne du monde, Nicola Spirig est 23e aux Jeux d’Athènes, 6e à Pékin avant d’arriver à Londres en favorite. «En 2004, j’étais simplement heureuse d’être aux Jeux olympiques. En 2008, la médaille pouvait être un rêve si les circonstances m’étaient favorables. Cette fois, j’étais prête.»

Fière d’imaginer son grand-père Jakob, 93 ans, la regarder à la télévision, Nicola Spirig est une femme simple et modeste qui ne veut «surtout pas devenir une autre. Il n’y a pas de raison.» Mais que veut-elle, maintenant qu’elle a atteint son but? Continuer? Passer au triathlon longue distance, plus extrême? Concrétiser ses études de droit et devenir avocate? Fonder une famille? «Nous sommes pour», disent Nicola et Reto. Swiss Olympic sans doute un peu moins…