«Ce soir, les rues sont remplies d’amour!» Une semaine après la bombe d’Oslo et le massacre sur l’île d’Utoya, qui ont fait 77 victimes innocentes, la Norvège a choisi de reprendre à son compte cette exclamation de son prince héritier Haakon. Uni comme jamais dans la douleur, c’est tout le peuple norvégien qui a dit non à la violence et au terrorisme, non à la xénophobie et à la haine de l’autre.
Plus de 150 000 personnes au coude à coude dans les rues d’Oslo, lundi 25 juillet, rassemblées dans une ferveur et une communion incroyables, soudées dans leurs valeurs d’ouverture et de dialogue, de tolérance et de paix. Anders Behring Breivik, 32 ans, le tueur fou qui prétendait lutter contre l’islamisation – et la féminisation – de l’Occident chrétien, a certes créé un traumatisme effroyable et un nombre de souffrances incalculable, mais il n’a pas tué l’esprit de la Norvège.
L’amour contre la mort. L’amour contre la haine. L’amour contre le repli sur soi et l’étroitesse d’esprit. C’est ainsi que la Norvège découvre depuis une dizaine de jours, avec une émotion poignante et presque indicible, les noms et les visages de ses 77 victimes. Elle découvre leurs profils; elle imagine leurs rêves, leurs envies, leurs amours; elle pleure leurs vies fauchées, leurs familles ravagées. Et elle découvre aussi, en voyant comment toutes ces victimes vivaient, pourquoi elles ont vécu: pour quelles valeurs, pour quel idéal, pour quel avenir.
Comme les Américains après le 11 septembre, les Norvégiens veulent tout savoir désormais de ces victimes qui leur parlent et qui les bouleversent. Ils veulent les intérioriser et leur donner une survie. Ils ne veulent surtout pas, car ce serait la fin de tout, qu’elles soient mortes pour rien. Et c’est ainsi que le message d’Oslo et d’Utoya est en train de devenir un formidable message de tolérance et d’ouverture aux autres.
Car il y avait, parmi les victimes, des militants politiques, des fonctionnaires, des jeunes, des moins jeunes, des artistes… Il y avait, en fait, toute la diversité d’une société ouverte et accueillante, une majorité de jeunes dont les familles habitent en Norvège depuis la nuit des temps, mais aussi une minorité de jeunes venus d’ici ou d’ailleurs, rescapés des guerres et des tueries qui n’en finiront jamais aux quatre coins du monde.
Enfermé dans sa rhétorique maladive et sa folie meurtrière, Anders Behring Breivik voulait provoquer une «prise de conscience» contre l’islam et les étrangers, il rêvait d’une espèce de reconquête et de nouvelle croisade. La Norvège a redécouvert, contre lui, la force et la noblesse de ses valeurs. «Le mal peut tuer une personne, mais il ne peut tuer un peuple», a ainsi déclaré, devant une foule émue et souvent en larmes, le premier ministre norvégien, Lens Stoltenberg.
Portraits des victimes, avec photos, dans la version papier de «L'illustré» actuellement en kiosque