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Michel Jeanneret - Mis en ligne le 24.01.2012
Trois cent vingt emplois ont été sauvés, mais il aura fallu, en contrepartie, offrir des avantages financiers à une société qui dégage déjà des bénéfices vertigineux. Ainsi pourrait-on résumer l’issue du bras de fer qui a opposé les travailleurs, la population, les politiciens vaudois et même un conseiller fédéral à la direction du groupe Novartis. On en viendrait même à douter du vainqueur de cet affrontement, tant le géant pharmaceutique semble avoir gagné au change, ne payant que le modeste prix d’une fierté qu’il a temporairement dû mettre de côté pour revenir sur sa décision, là où l’Etat a renoncé au principe d’équité. Car l’abattement fiscal accordé à Novartis est difficilement justifiable en regard des autres entreprises. Des boîtes également pourvoyeuses de postes de travail mais qui, parce qu’elles sont plus petites, moins profitables et loin d’être aussi fortes qu’une multinationale, sont taxées plein pot. Soyons humains: le sort de 320 familles valait sans aucun doute cela. Soyons honnêtes: il est des victoires qui remuent le cœur, mais qui malmènent aussi les entrailles.
Grande victoire ou soumission de nos autorités, les deux interprétations sont possibles. Mais on retiendra que, pour une fois, elles ont porté la voix du peuple qui a clairement manifesté sa volonté que tout soit entrepris pour sauver le site de production de Prangins de la fermeture. Voir un Philippe Leuba, libéral casquette à droite, s’enflammer pour un combat syndical aux côtés de Pierre-Yves Maillard a fait souffler un vent frais jouissif, de ceux qui balaient les doutes sur l’utilité de la politique lorsque ses représentants de tous bords avancent en front uni. Un souffle pour dépoussiérer les beaux slogans enterrés par nos esprits cyniques. Ensemble, tout est possible. On peut en tout cas faire beaucoup.
S’il est une jurisprudence qui naîtra des avantages accordés par l’Etat à Novartis, ce n’est pas celle que l’on croit. Toutes les entreprises désireuses de soigner leurs bénéfices ne vont pas se livrer à un odieux chantage pour obtenir des avantages. Elles vont au contraire pianoter plutôt deux fois qu’une sur leur calculette avant d’annoncer des licenciements. Car le dégât d’image subi par Novartis est évident. Tout le monde sait aujourd’hui que la société ne fait pas grand cas des humains, puisqu’elle était prête à détruire des emplois pour des économies de bouts de chandelles en comparaison de son bénéfice et, même, du salaire de son seul patron. Il y aura un avant et un après le conflit nyonnais. Désormais, il est clair que l’on ne peut pas tout faire n’importe comment. Et que même dans la paisible Helvétie qui cultive la paix sociale, les résistants ne dorment que d’un œil.