Turquoise pour le ventre, le poitrail et le bout des ailes, or pour la gorge, chocolat pour le haut des ailes, le dos et la calotte, vert jade pour la queue, rubis pour l’oeil masqué de noir: la parure du guêpier d’Europe est d’une exubérance tout africaine et ce n’est pas un hasard. C’est là-bas, au sud du Sahara, qu’il passe l’hiver. Au printemps, il lui faut un bon mois pour franchir les plus de 10 000 kilomètres qui le ramènent chez nous.
LA COLONIE DU NORD
La France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal sont ses destinations favorites, mais il lui arrive de pousser jusqu’en Allemagne, en Grande-Bretagne, voire en Scandinavie! En Suisse, il n’a vraiment colonisé durablement que la gravière de Colliare, qui marque la limite nord de son aire de répartition. «Un couple s’est installé en 1996, raconte l’ornithologue et photographe Lionel Maumary. Mais des pluies diluviennes ont fait rater la nidification. L’année d’après, un couple est revenu, probablement le même, et a réussi à élever trois jeunes. C’est ainsi que la colonie a débuté.»
SEPT ANS DE LUTTE
La carrière semble faite pour le guêpier. La proximité de la Venoge garantit la pitance à cet oiseau qui se nourrit d’insectes hyménoptères attrapés au vol. Les falaises sablonneuses lui permettent de creuser son nid, jusqu’à 1 m 50 de profondeur. Le site en cuvette réverbère bien la chaleur et, de plus, il pleut très peu sur cette région du canton de Vaud. Enfin, l’endroit est assez dégagé pour voir venir l’ennemi. La bonne adresse a dû être diffusée de bec à oreille; en tout cas, l’an passé Colliare accueillait une quinzaine de couples.
Des oiseaux qui poussaient leur cri roulé en toute inconscience de ce qu’ils doivent à Lionel Maumary: l’ornithologue s’est en effet battu durant sept ans, depuis 1997, pour éviter que le site ne soit comblé comme il est d’usage après exploitation!
SAUVÉ DE L’ÉPERVIER
Aujourd’hui, les amateurs viennent même en car depuis l’Allemagne et la Grande-Bretagne admirer ces champions de vol, si agiles que leur ennemi l’épervier ne peut les attraper que par surprise. Et encore, parfois… «Un jour, j’ai vu un épervier capturer un guêpier à la sortie de son nid; il venait droit sur moi pour le manger et ma présence l’a surpris: il l’a relâché!» se souvient Lionel Maumary.
LA GUÊPE SANS AIGUILLON
Pour préserver la tranquillité des oiseaux, pas question bien sûr de descendre dans la cuvette. Mais à quoi bon, quand on peut s’asseoir confortablement, muni de jumelles, sur les chaises installées en haut de la falaise! Avec leur habit d’apparat, les guêpiers sont faciles à observer. Ils ne peuvent être confondus avec aucune des douze autres espèces d’oiseaux menacées de disparition en Suisse qui fréquentent la carrière. Et, si vous êtes patient, vous aurez sûrement l’occasion de voir l’un des parents, qui se partagent la couvaison, attraper une guêpe puis l’assommer et lui retirer son aiguillon avant de l’apporter à ses petits.
Pour en savoir plus: www.oiseaux.ch et www.birdline.ch