Voyageur expérimenté, Olivier Vogelsang confirme que c’est d’abord pour mieux se connaître soi-même que l’on part à la découverte du vaste monde. Genevois depuis toujours, il a 22 ans et une maturité commerciale en poche quand il monte à Paris «étudier la photographie». Le terrain, pourtant, sera sa véritable école, à commencer par l’Afghanistan, où il séjourne plusieurs fois, et puis le Pakistan, l’Ouzbékistan, qui font vite partie de ses destinations favorites. Même s’il se défend d’être un «photographe de guerre», sa curiosité le conduit plus souvent qu’à son tour dans des zones de conflit, vers des pays coupés en deux: Chypre, l’Irlande du Nord, le Soudan… Une quinzaine en vingt ans. En 2007, à son retour d’Iran, «pour des raisons un peu financières» et sans doute aussi pour ses deux filles, Vogelsang décide de poser son sac. Mais pas son inséparable Leica. Le 1er Août de cette même année, le photographe est au Grütli, au cœur de la Suisse historique dont il ignore à peu près tout, y compris l’allemand, auquel il n’entend rien malgré l’origine de son patronyme.
Le choc visuel est à la hauteur de la découverte culturelle. Pendant trois ans, parcourant des milliers de kilomètres, gravissant des dizaines de cols, fréquentant tout ce que la Suisse compte de fêtes populaires et de combats dans la sciure, le photographe va retourner se frotter à ce pays qu’il n’imaginait même pas. Il en ramène des visions aussi exotiques que celles des contrées lointaines qu’il a visitées et puis, souvent aussi, cette impression un peu bizarre d’être un étranger dans son propre pays…
Le résultat de ses plongées dans les traditions dynamise les pages précédentes et pourrait sans doute faire l’objet d’un livre à croix blanche riche et différent. Parce que ses images réinventent la carte postale, pulvérisent le cliché, pour donner à voir un pays à la fois familier et incroyablement exotique. Des fêtes fédérales de gymnastique au concours du plus beau barbu des Alpes, des dimanches passés au stand de tir en famille aux délires de supporters en slip patriotique, son œil s’amuse, critique, s’émerveille aussi. Parfois grinçantes, souvent humoristiques, ses photographies sont touchantes parce qu’elles ne jugent pas; réunies par paires, elles stigmatisent l’ancien et le moderne de ce pays, les moments couleur géranium et une réalité en noir et blanc nettement plus contrastée. Amour et détestation, patriotisme contre anarchisme, lancer de drapeaux ou repli sur soi… En reporter chevronné, Vogelsang conserve la juste distance entre ce qu’il y a à voir et ce qu’il voudrait nous montrer. A ce titre, le groupement des images par paires est particulièrement démonstratif. Sans grandes explications nécessaires, ses photographies donnent à chacun l’occasion de se faire sa propre idée, son image.