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PROTHÈSES PIP
TÉMOIGNAGE
Nathalie, 44 ans, porte depuis dix ans deux prothèses mammaires de la société Poly Implant Prothèse à base d’un gel à usage industriel non conforme aux normes. En Suisse, 280 femmes sont concernées. Un véritable scandale à l’échelle planétaire, qui révolte cette Française décidée à se battre. Mais qui craint aujourd’hui pour sa santé.

Par Patrick Baumann - Mis en ligne le 10.01.2012

J’ai tous les symptômes de la prothèse fissurée: des douleurs aux seins, et je sens à la palpation que mes prothèses ne sont plus fermes mais gondolées. Maintenant que je sais ce que ce gel contient, c’est l’angoisse! Je ne sais pas ce que l’on va trouver à l’intérieur, quand on va me les ôter!» Nathalie Puzzangara esquisse un pâle sourire. Elle est assise bien droite sur le canapé de son salon coquettement décoré d’Aix-les-Bains, en Savoie, à une heure de Genève. Cette femme de 44 ans, mère de deux garçons de 17 et 12 ans, a décidé de témoigner à visage découvert. Avec courage et détermination, parce que l’heure est grave et qu’on «n’a pas le droit de jouer ainsi avec notre santé, avec notre vie». Malgré son calme apparent, Nathalie est une femme en colère. L’ancienne coiffeuse en passe d’ouvrir une boutique de vêtements fait partie des 30 000 Françaises victimes de la société Poly Implant Prothèse (PIP). A l’entendre, ce n’est pas seulement contre Jean-Claude Mas, le patron de PIP, qu’il faut porter plainte, mais «contre les chirurgiens, contre l’Etat, qui ont laissé commercialiser une prothèse mammaire sans exiger qu’elle soit contrôlée comme n’importe quel médicament».

Douche froide

«Vous imaginez ce que cela fait d’avoir un gel à usage industriel dans votre corps, susceptible de se répandre, si ce n’est déjà fait, à tout moment? Qu’on ne vienne pas me dire que ce truc à base de pétrole n’est pas nocif pour la santé!»
C’est une amie qui a alerté Nathalie. Une vraie douche froide quand elle constate que la marque qui fait scandale correspond à celle inscrite sur la carte de sa prothèse, reçue après son opération, en juillet 2002. «Aujourd’hui, je l’ai toujours dans mon sac, au cas où il m’arrive quelque chose…»
Elles sont plusieurs milliers, désormais, à se battre comme elle pour faire reconnaître leur statut de victime, allant jusqu’à manifester devant le Ministère de la santé le 14 décembre dernier. Des femmes et une cause que l’opinion publique ne prenait pas forcément au sérieux, en mars 2010, date du retrait de la prothèse par les autorités. «Pouffes siliconées», lit-on parfois à leur propos sur l’internet. Qu’avaient-elles à vouloir se transformer en bimbo? La chirurgie esthétique n’a pas toujours bonne presse. Mais, depuis la mort d’Edwige Ligonèche, cette Cannoise décédée le 21 novembre 2011 d’un cancer de la lymphe, trois ans après la rupture de l’implant placé dans son sein gauche et la fuite de silicone jusque sous l’aisselle, la donne a changé.
La Savoyarde, elle, assume. Elle a mis un pull qui met en valeur son buste et explique avoir recouru à cette technique pour remodeler une poitrine que l’allaitement avait totalement déformée. «J’ai voulu allaiter mon cadet jusqu’à 9 mois. Un de mes seins tombait sur le nombril (ndlr: une ptôse en langage médical). Je n’arrivais plus à trouver de soutien-gorge. C’était plus une histoire de confort personnel que d’apparence.» Elle esquisse un sourire amusé. «Si j’avais écouté mon chirurgien, j’aurais les seins de Pamela Anderson. Je voulais juste retrouver ma taille normale!»
Un chirurgien de Chambéry, qu’elle va retrouver le 22 février prochain pour déterminer le modus operandi du retrait de ses implants. «Je n’ai jamais réussi à lui parler au téléphone, soupire-t-elle. Et il ne m’a pas contactée quand on a interdit, en mars 2010, la commercialisation de cette prothèse et que la société PIP a été mise en liquidation judiciaire. Quel manque de professionnalisme! Je l’avais choisi parce qu’il appartenait à l’Ordre des médecins.» Nathalie a payé 3000 euros son opération.

Additif pour carburant

Aujourd’hui, elle découvre avec horreur, au fil des révélations, que Jean-Claude Mas a sciemment trompé les organismes de contrôle, dès 1993, en remplissant ces prothèses d’un gel de silicone composé de 25% de produit conforme, soit le gel américain Nusil, et à 75% d’un produit de sa fabrication contenant notamment un additif pour carburant, le Baysilone, ainsi que le Silopren et le Rhodorsil, utilisés dans l’industrie du caoutchouc.
Tout ça pour des histoires de gros sous. Ainsi, en 2009, le prix du gel PIP était de 5 euros par litre contre 35 euros pour le Nusil. Soit une différence de 10 euros par implant et un gain d’un million d’euros par an pour une production de 100 000 prothèses. L’ancien vendeur en cognac et charcuterie avait le sens des affaires, pas celui de la morale. Il nie aujourd’hui encore toute responsabilité. De quoi dégoûter cette femme qui essaie d’enseigner à ses enfants qu’on doit toujours assumer ses actes. Plus de 2400 plaintes ont déjà été enregistrées en France et deux enquêtes diligentées par le ministre de la Santé. «J’aimerais que toutes les femmes dans le monde s’unissent pour déposer une plainte collective!»
Elle apprécie le fait que son pays, contrairement à la Suisse, ait décidé de conseiller aux femmes d’enlever leurs implants et d’en assumer la charge financière (ndlr: la pose de nouvelles prothèses ne sera remboursée qu’aux femmes ayant subi une reconstruction à la suite d’un cancer). «Mais ce n’est pas à la Sécurité sociale, donc au contribuable, de payer, lance Nathalie. Vous verrez, comme pour le scandale du sang contaminé, cette histoire va encore traîner des années devant les tribunaux!»

 


 

Chronologie: la dérive de la société PIP

2001 Les prothèses mammaires en gel de silicone sont réautorisées par l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé). Un des fabricants est la société Poly Implant Prothèse, dans le Var, fondée par Jean-Claude Mas, ancien vendeur de vins, cognacs et saucissons.

Fin 2009 L’ASSAPS s’inquiète d’un taux de rupture anormalement élevé sur les prothèses PIP.

16.03.2010 Une inspection-surprise révèle que le gel utilisé, à usage industriel, contient un additif pour carburants. L’AFSSAPS suspend la commercialisation des prothèses. La société est mise en liquidation judiciaire.

02.04.2010 Première plainte. Une enquête préliminaire est menée contre Jean-Claude Mas pour «tromperie aggravée et mise en danger de la vie d’autrui». Il sera mis en garde à vue en novembre 2010 et en octobre 2011.

08.06.2011 Swissmedic incite les femmes suisses concernées à se faire connaître. Interpol lance un mandat d’arrêt international à l’encontre de Jean-Claude Mas. Les autorités costaricaines lui reprochent d’avoir eu un accident alors qu’il conduisait en état d’ivresse.

21.11.2011 Décès d’Edwige Ligonèche, une Cannoise de 53 ans porteuse de prothèses PIP, d’une forme rare
de cancer.

08.12.2011 Le parquet de Marseille ouvre une information judiciaire pour «blessure et homicide involontaires».

23.12. 2011 Le gouvernement français recommande le retrait des prothèses PIP pour les 30 000 femmes concernées dans l’Hexagone. Une facture d’environ 60 millions d’euros pour la Sécurité sociale.

27.12.2011 L’ampleur internationale du scandale se fait jour. Il touche désormais toute l’Europe, mais aussi le Brésil, le Venezuela, les Etats-Unis.

06.01.2012 Jean-Claude Mas aurait reconnu devant les gendarmes avoir trafiqué son gel car il le trouvait «moins cher et de bien meilleure qualité».



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Tags: PIP, prothèses mammaires défectueuses, Poly Implant Prothèse Aller en haut de page Haut de page

 

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