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60 ANS
«LA VIEILLESSE C’EST DANS LA TÊTE»
Le chanteur a fêté son anniversaire samedi sur scène. Sa mère, Janine, avait fait le déplacement pour l’occasion. Malgré trois gâteaux et une multitude de messages de sympathie, Patrick Juvet peine à faire son âge.

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 24.08.2010
«Il fêta ses 20 ans ébloui par les flashs de Saint-Tropez, un verre dans une main et un contrat chez Barclay dans l’autre; ses 30 ans au château de Grandson avec L’illustré, aveuglé par la lumière du jour et effrayé par la perspective de vieillir; ses 40 ans comme une renaissance, entouré de sa famille à Paris. Il célébrera son demi-siècle le 21 août à Barcelone. Un lundi au soleil, seul avec sa meilleure amie.»

C’était il y a dix ans dans notre magazine. Patrick Juvet avait 50 ans. Dire qu’il les fêtait aurait été exagéré. Il préférait parler d’avenir, de musique, de projets. Il venait de s’installer en Espagne et ne touchait plus à l’alcool depuis quelque temps déjà. On ne s’était pas dit «rendez-vous dans dix ans», mais samedi 21 août, Juvet a eu 60 ans et L’illustré était encore là pour feuilleter l’album souvenir de l’unique chanteur suisse numéro un aux Etats-Unis, «le seul qui sache faire danser en français», selon la célèbre formule de Jean-Jacques Goldman.

Les années 2000 n’ont pas été un long fleuve tranquille pour le blond Patrick. Sa meilleure amie, le grand amour de sa vie, Florence, a été emportée par un cancer. Il a aussi perdu son père. Ils n’étaient pas très proches, mais pour un fils, ce deuil n’est jamais anodin. Il a retouché à l’alcool, sévèrement, avant de s’en libérer tout aussi radicalement. Il a publié une autobiographie, Les bleus au cœur, qu’il juge avec le recul «pas très intéressante». Enfin, le succès phénoménal de la tournée Age tendre et tête de bois, où il fait figure de «petit jeune», l’a remis en selle financièrement et professionnellement.

Ce qui n’a pas changé en dix ans, c’est son peu de goût pour les anniversaires. C’est d’ailleurs sans état d’âme qu’il avait accepté de chanter le jour même de ses 60 ans à Courtenay, une petite ville du Loiret, à une heure trente de Paris. Seul regret: ne pas avoir sa maman, Janine, à ses côtés. Notre venue permet d’accompagner la vieille dame et de réunir la mère et le fils.

SMS DE PIERRE PALMADE

En chemin, Janine Juvet, 81 ans, évoque avec pudeur les hauts et les bas de son Patrick. «On l’a laissé faire ses expériences. De toute façon, il n’avait pas le caractère à écouter… Depuis la mort de son père, il me téléphone presque tous les jours. Ça dure des fois cinq minutes, des fois une heure.»

Dans le ton, le même naturel et la même simplicité que son fils. «On me dit souvent: «Vous devez être fière…» Et aussi: «Ah, ça a dû être dur…»

Ni l’un ni l’autre. Je suis bien évidemment fière de Patrick, mais comme de mes deux autres enfants, Daniel et Nancy. Et ça n’a jamais été dur pour son père et moi parce que Patrick s’est toujours assumé seul. Par contre, nous l’avons toujours soutenu. Quand il a fait son fameux maquillage à la Bowie à l’Olympia, même son grandpère avait trouvé cela très bien.»

A Roissy, où le chanteur a ses habitudes au Sheraton situé dans l’aéroport, les retrouvailles sont discrètes et émouvantes. Mme Juvet s’inquiète de voir son fils porter des jeans troués – «mais maman, ils coûtent 290 euros…» –, hausse les épaules l’air de dire «tu es bête…» lorsqu’il la taquine malicieusement, et se réjouit de le voir investir dans un bel appartement parisien, lui qui «quand il avait 100 francs en dépensait 200». Janine est heureuse d’être là, même si elle sait d’expérience qu’elle n’aura son fils pour elle que quelques minutes volées à l’emploi du temps de la star.

D’ailleurs, il est déjà temps de prendre la route de Courtenay. La puissante berline allemande file. Au volant: Yann Ydoux, l’agent de Patrick Juvet. Patrick est assis devant, deux téléphones portables sur les genoux. Les messages d’anniversaire affluent. «Les premiers sont tombés à 1 h 30 du matin, explique-t-il, l’heure exacte de ma naissance.» Celui de Pierre Palmade évoque trois périodes de la vie: incandescence à 20 ans, reconstruction à 40, quiétude à 60. Juvet est moyennement d’accord. «Je ne suis pas dans la quiétude! Je reste avide de tout commencer; je prends des risques, je ne suis rassuré de rien. J’ai plus d’expérience, oui, mais je continue de découvrir.»

DES CRABES DANS LE COFFRE

Avant le concert, un dîner est prévu dans une bâtisse campagnarde voisine. Autour de la table dressée dans le parc, quelques notables locaux, Claudine, son ancienne assistante demeurée une amie proche, sa mère Janine et sa sœur Nancy, arrivée de Roscoff avec son compagnon, quelques présents et des crabes vivants dans la voiture. Patrick Juvet reçoit quelques cadeaux: un parfum, un sweatshirt à capuche, un livre sur Gainsbourg. Assistante sociale à Genève, Nancy est née cinq ans après Patrick. «Après deux garçons, ma mère voulait une fille, plaisante le chanteur. Avec moi, elle n’était pas tombée loin: mi-fille mi-raisin!» Claudine, que Patrick a «placée» chez Pierre Palmade avant de partir à Miami, apprécie ce bonheur retrouvé. «Je l’ai connu beaucoup plus mal. Là, il est vraiment bien. Dans le milieu, tout le monde l’aime bien et le respecte.»

«Je suis heureux, je peux vraiment le dire. Honnêtement, je ne sais pas que j’ai 60 ans»
Patrick Juvet

Le temps de souffler les bougies de son premier gâteau d’anniversaire de la soirée et Juvet s’éclipse pour se reposer avant son tour de chant. Il passe à 23 h 15 sur la place Honoré-Combe, à l’occasion de la foire artisanale. Le concert est gratuit mais une demi-heure avant l’heure dite, ils ne sont qu’une vingtaine de fans massés devant la barrière… En quelques minutes, quatre mille personnes, l’équivalent de la population de la ville, surgissent d’on ne sait où, en bras de chemise et talons plats.

Patrick, costume Gucci noir, est lui aussi transfiguré lorsqu’il apparaît sur scène. Même s’il n’a pas d’orchestre derrière lui, même s’il joue une fois encore les mêmes tubes (La musica, I love America, Où sont les femmes?, Le lundi au soleil, etc.), il se donne sans compter. Son plaisir est manifeste. A 60 ans, il garde la pêche et une sacrée expérience de la scène. Il fait monter les femmes – et même sa mère – sur scène, les fait danser, fait chanter la foule. Un solide moustachu, à qui il ne manque que le crayon de menuisier sur l’oreille, connaît toutes les paroles par cœur!

Un triomphe! En coulisses, Taoufik – «Taoufik ça suffit, tout le monde me connaît ici» – est ravi d’avoir misé sur le Suisse. «Ça fait dix ans que je m’occupe de la fête, on a eu Dave, on a eu Boney M, la Compagnie créole; c’est Juvet le meilleur! Et ça me fait plaisir parce qu’il a fermé leur gueule à certains qui n’en voulaient pas, vu que c’est un homosexuel et tout ça…» Patrick Juvet est content, lui aussi. «Sans prétention, c’est partout comme ça en ce moment. Les gens me disent: «Vas-y, t’es pas ringard.» Un avis visiblement partagé. «Quelqu’un est venu me faire une proposition pour Hong Kong», lui annonce Yann Ydoux, son agent.

«JE SUIS HEUREUX»

Un nouveau gâteau d’anniversaire plus tard et la vedette s’engouffre dans la voiture. Il est près de 3 heures du matin lorsque la petite troupe regagne l’hôtel. Le personnel l’attend là encore avec un gâteau d’anniversaire. Le temps de souhaiter bonne nuit à sa mère et Patrick Juvet est presque frais et totalement dispos pour l’interview.

Comme il y a dix ans, il parle surtout de ses projets, de ses envies. «Il n’y a rien de nouveau dans ma vie, mais ça n’a jamais aussi bien marché.» Il cartonne avec la tournée Age tendre, où il est le mieux payé après Sheila. Et quand il ne chante pas avec Isabelle Aubrey ou Richard Anthony, il peaufine la sortie d’un single avec les DJ les plus cotés du moment. «Je teste mon single en le faisant écouter sans dire que c’est moi. Les gens adorent.»

A 4 heures du matin, Patrick Juvet déclare: «Je suis heureux, je peux vraiment le dire. Je suis bien dans ma peau et, honnêtement, je ne sais pas que j’ai 60 ans.»

Son objectif est de refaire l’Olympia en 2012, presque quarante ans après. «Ma mère s’accroche à ça. Cela lui ferait tellement plaisir.» Dans la suite d’à côté, Janine Juvet dort. Peutêtre en rêve-t-elle déjà...



SON AUTOBIOGRAPHIE



Les bleus au coeur . Souvenirs
Auteur: Patrick Juvet
Edition: Flammarion
Pages: 269
Prix: 36 fr. 90, Payot
Images :
 



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Tags: Patrick Juvet, chanson, musique, anniversaire, 60 ans, où sont les femmes Aller en haut de page Haut de page

 

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