Depuis son adolescence, le chanteur PETER DOHERTY consigne dans de petits carnets des collages, des poèmes, des cris du cœur qui le racontent en toute intimité. Première traduction française.
Par
Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 25.01.2011
En moins de dix ans, le plus libertin des Libertines aura goûté du rock les pires folies. Succès faramineux et rendezvous manqués, amours top modèle et ruptures fracassantes sur fond d’addiction sévère aux drogues dures. Bagarres, arrestations, condamnations, prison, désintoxication, rechute: la presse people a révélé jusqu’à la nausée les frasques de Peter Doherty, 32 ans en mars prochain. Les carnets que ce fils de militaire anglais élevé entre l’Allemagne, Chypre et Liverpool tient depuis l’adolescence donnent en quelque sorte sa propre version d’un parcours (peut-être un peu trop) taillé pour la légende.
LETTRES DE SANG
Les premiers extraits de ces carnets ramènent en 1999, quand le futur BabyShambles vend encore du pop-corn au cinéma Prince Charles de Londres. Il peine à arriver à l’heure au boulot, mais il est résolu: «Je veux avoir ma chance avant d’être trop vieux pour éprouver ce désir juvénile d’être adoré, ce besoin de faire progresser d’un cran la courbe évolutive de la pop anglaise.» Ce sera chose faite moins de trois ans plus tard.
Adolescent nourri de poésie et de littérature, il cultive un spleen de dandy punk en se récitant Huysmans et The Clash, The Sex Pistols et Baudelaire, Oscar Wilde et The Kinks.
Brouillons de poèmes, prose hallucinée, questions existentielles, coups de gueule et coups de blues, Doherty les couche dans de petits carnets Moleskine, recollages des morceaux de son existence qui explose, cris d’un cœur brisé, les plus émouvants étant adressés à Kate Moss jusqu’à la rupture définitive en 2007. «Tu me manques Miss Moss ma mie mon sacerdoce cliquetis des glaçons et son de la radio. Je suis complètement fait c’est sûr mais quelle idée aussi de m’abonner à ce caillou luxueux.» (Le crack…) Entre deux absences, un concert manqué et une orgie dans l’Eurostar, ce tendre chien fou au visage d’éternel gamin ose même quelques bonnes résolutions: «Je dois m’efforcer d’améliorer mon alimentation. Fruits, légumes, pain complet et eau. Mon addiction au poulet frit commence à prendre des proportions quasi scandaleuses, c’en est horrifiant.» Un document à lire donc avec modération.
Les carnets d’Albion, Peter Doherty, Ed. Florent Massot.