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PHOTOS 10
CLIC-KNAPP
Graphiste, photographe, directeur artistique, peintre, plasticien, le Suisse Peter Knapp joue de l’image sous toutes ses formes. En banlieue parisienne, il nous reçoit dans sa maison de rêve avant sa venue à Genève, le 24 septembre, pour une projection à Photos 10.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 07.09.2010

Peter Knapp est entré dans sa 80e année en pleine forme. Trois fois par jour, il plonge dans son grand bassin bleu piscine et pédale deux fois 50 kilomètres par semaine à travers le Val-d’Oise. «Quand nous sommes arrivés ici en 1978, avec ma femme et nos deux enfants, c’était encore la campagne.» Désormais Cergy-Pontoise compte près de 200 000 habitants mais, à moins d’une heure de Paris, la maison Knapp, sise sur un terrain d’un hectare descendant en pente douce jusqu’au bord de l’Oise, a conservé le charme impressionniste d’un tableau de Pissarro. «Elle a été construite en 1890 pour le médecin du coin, ensuite elle a été occupée par l’inventeur de la cocotteminute.» Aujourd’hui, elle déborde de peintures, de sculptures, de photographies, de livres, souvenirs d’une vie entièrement consacrée à l’image.

LA MONTÉE À PARIS

Né à Bäretswil (ZH) en 1931, Peter Knapp a grandi en ville de Zurich dans la famille de ses grands-parents maternels. «Adolescent, j’étais complètement fasciné par les avions qui passaient par la Suisse. L’aviation, c’était l’avenir, je voulais travailler dans l’aéronautique.» Il suivra finalement les cours de la Kunstgewerbeschule (Ecole des arts et métiers), dirigée alors par des professeurs issus du Bauhaus et que les nazis avaient chassés de Weimar. Selon les principes énoncés par Walter Gropius, les élèves touchent à toutes les disciplines. «J’ai appris aussi bien le dessin que l’architecture, la danse ou même le tissage», se souvient-il à propos de cette formation d’exception.

A 21 ans, «avec 120 francs en poche», il débarque à Paris et s’inscrit aux Beaux-Arts. Il y rencontre César, qui y professe. En bonne place dans le salon, un grand Pouce en bronze et une Expansion en polyuréthane témoignent d’une amitié qui durera jusqu’à la mort du sculpteur. En 1953, Peter Knapp entre comme directeur artistique aux Galeries Lafayette. En 1959, Hélène Lazareff, directrice d’Elle, fait appel à lui pour moderniser son magazine. Il redessine le logo, bouscule les mises en page, fait valser la typographie.

Il invente aussi et surtout une nouvelle manière de présenter la mode. Avec lui, les modèles vivent enfin, courent, sautent, rient, et les vêtements suivent le mouvement. Quand ses photographes fidèles - Sarah Moon, Jeanloup Sieff, Oliviero Toscani - ne sont pas disponibles, il prend lui-même les photos. En 1966, «complètement épuisé par cette course à la beauté», Peter Knapp quitte Elle (entre 1974 et 1978, il reviendra à la direction artistique du magazine qui l’a rendu mondialement célèbre).

«Le goût est plus rare que le savoir»
Peter Knapp

Infatigable faiseur d’images, Peter Knapp se sera essayé à toutes les techniques sans jamais se limiter à une seule. Pour donner du mouvement à ses modèles, il les «photographie» avec une caméra 16 mm. Pour la télévision, il réalise quelques dizaines de Dim Dam Doum, émission avant-gardiste consacrée à la mode et à la musique dans la France des années 70. A l’instigation de l’Américain Robert Rauschenberg, il peint de grands formats dont l’expressionnisme abstrait n’a rien perdu de sa puissance. Amoureux des lignes, des droites, des diagonales, il traque l’insolite, l’original, le beau à travers les villes et la nature qu’il parcourt infatigablement. Aux quatre coins du monde, il photographie le bleu du ciel dans un dépouillement qui annonce l’art conceptuel. Avec le couturier André Courrèges, il collabore pendant plus de vingt ans, partageant un même goût pour l’architecture et les modèles «bien pensés». Profitant de son œil profondément original, les plus grands journaux, tels Stern, Vogue ou le Sunday Times, font régulièrement appel à lui. Et puis il y a les amis, les expos, les rencontres, les collaborations. De Jean Giono à Andy Warhol en passant par Jean Tinguely, elles sont innombrables, toujours fécondes.

Modeste mais conscient d’une trajectoire exceptionnelle - «à 27 ans, je m’achetais une 300SL (la fameuse Mercedes aux portières papillons), mais aujourd’hui je roule en Golf» - Peter Knapp ne vit pas pour autant dans le passé. «Je suis toujours dans l’expérimentation», dit-il. Même si la presse ne l’intéresse plus guère - «à force de vouloir être populaire, tous les journaux font la même chose» -, que la télévision l’ennuie - «c’est à 80% de la radio filmée» -, il travaille sur trois projets qui disent la richesse du personnage. Pour Arte, il prépare un film sur le tango. Il planche aussi sur une mise en valeur multimédia des 382 phares du littoral français et, dans un tout autre style, prépare un recueil de dessins rehaussés d’aquarelle, d’après L’écriture ou la mort, de Jorge Semprun. Le livre renvoie à Buchenwald, où l’écrivain espagnol fut détenu. Il ramène aussi à la première image ayant frappé Peter Knapp. «C’était en 1944-1945, dans la vitrine du photographe Marcel Marel, à Zurich… Des corps empilés dans un camp de concentration…» Deux larmes mouillent ses yeux clairs. «Ces images restent le plus grand choc photo de toute ma vie.»

PHOTOS 10 aura lieu le 24 septembre. Programme et renseignements en page 86 ou sur notre site: www.photos10.ch



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Tags: Peter Knapp, photographe suisse, Photos 10 Aller en haut de page Haut de page

 

BIENVENUE DANS LA MAISON DE RÊVE DE PETER KNAPP

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