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PHIL COLLINS: «JE N’AI JAMAIS EU AUTANT ENVIE DE VIVRE»
Il a tout connu. Le succès d’abord, planétaire, au sein du groupe Genesis, puis en solo. L’échec aussi, avec trois mariages et autant de divorces. Atteint dans sa santé, il aurait, selon un grand magazine américain, songé au pire, ce qu’il dément catégoriquement. Phil Collins nous a reçus chez lui. Il clame son bonheur de père et dit la passion qui l’anime pour la bataille de Fort Alamo.

Par Blaise Calame - Mis en ligne le 29.06.2011

Elle n’a rien d’un château, la maison de Phil Collins. Coquette, façon cottage anglais, posée sur les hauteurs de Féchy (VD), bordée de vignes, dominant le lac. L’artiste a toujours aimé l’eau, il a d’ailleurs grandi au bord de la Tamise, à Londres. Une haie haute et anonyme. Le coin est calme. Paumé, littéralement. Un père de famille de la région venu récemment chercher son garçon, ami de Mathew, l’un des fils du chanteur, âgé de 6 ans, n’a pas trouvé l’adresse…

Phil Collins, l’homme qui partage avec Paul McCartney et feu Michael Jackson le privilège d’avoir vendu plus de 100 millions de disques comme artiste solo, et autant en tant que leader d’un groupe (Genesis), est là, souriant. Polo seyant, crâne dégarni, lunettes élégantes. «Please, come in!» Plus de dix ans après son arrivée en Suisse, la pop star peine encore à parler français couramment.

Dans le vaste salon, la pièce à vivre de la maison, une grande bibliothèque. L’un des casiers est rempli de photos des enfants: Joely, l’aînée (sa fille adoptive), actrice au Canada; Simon, musicien; Lily, 21 ans, modèle; les cadets Nicholas (10 ans) et Mathew (6 ans) enfin, qu’il a conduits le matin même à l’école. Cinq enfants, trois mariages: ça fait des souvenirs!

Le living est lumineux, canapé confortable, table basse, piano Clavinova noir, modèle demi-queue. Les portes-fenêtres s’ouvrent sur la terrasse. Une vue à couper le souffle. Les chambres sont à l’étage. Des paires de vieux skis en bois sont accrochées aux murs. Un escalier discret descend au sous-sol, où l’artiste a installé, outre un studio d’enregistrement, sa précieuse collection consacrée à la bataille de Fort Alamo.

Cette vraie passion du chanteur britannique pour la genèse politique du Texas a suffisamment intrigué le magazine américain Rolling Stone pour qu’un envoyé spécial soit dépêché en Suisse. Son article, publié en novembre, a surpris par sa noirceur. Phil Collins, qui aura 60 ans le 30 janvier, y apparaît perturbé, usé par d’injustes critiques, meurtri de ne plus pouvoir jouer de batterie, fatigué de chanter, voire d’exister…

PORTRAIT CRÉPUSCULAIRE

Le portrait, associé à une photo de lui en noir et blanc où il manie un vieux fusil de collection, est crépusculaire. Phil Collins ne s’est pas reconnu. Il reçoit L’illustré pour une mise au point.

«Je me sens bien, jure-t-il avec conviction. J’ai toujours ce fichu problème de santé à la main (ndlr: insensibilité chronique consécutive à une luxation d’une vertèbre cervicale). Il y a des bons et des mauvais jours, selon le temps qu’il fait. J’ai perdu ma dextérité et ça m’ennuie, mais ça ne fait pas mal. C’est juste gênant. Depuis trois ans que ça dure, je m’y suis habitué.» Le génial batteur a néanmoins dû se résoudre à ranger ses baguettes.

Cela ne l’a pas empêché, le 17 novembre dernier, à Londres, d’accompagner son pote Eric Clapton sur un titre, lors du Prince’s Trust Concert. «Je ne peux plus jouer comme avant. En m’exerçant dur, je pourrais sans doute y arriver, d’une autre manière, mais ça ne m’intéresse plus», affirmet-il. Le piano aussi, c’est fini. Il n’en fait pas un drame. «La plupart des gens n’y croient pas, convaincus que le vide est immense. Mais non, j’ai tellement joué durant toute ma vie que je ne ressens pas une si grande perte. Je ne tape plus comme avant, mais je peux toujours accompagner Nicholas s’il me le demande. Ce qui me préoccupe davantage, c’est de mettre deux fois plus de temps pour jouer aux Playmobil avec mes fistons!»

HUMOUR TRÈS NOIR

Sa paternité tardive l’a poussé à redéfinir ses priorités. «En 2004 déjà, à la naissance de Mathew, j’avais fait part de mon envie de moins jouer», rappelle-t-il. Son oreille gauche commençait à lui jouer des tours. Cela ne s’est pas arrangé, mais l’essentiel n’est pas là. «J’ai passé quarante ans de ma vie dans les hôtels…» soupire-t-il. Sur la route. Loin des siens.

Cette vie décousue, il l’a choisie. Il ne s’en plaint pas. A en croire le magazine Rolling Stone, il serait fatigué de tout, y compris de vivre. Sans se défaire de son sourire, il dément avec force: «J’ai passé trois jours avec ce journaliste. On a eu des conversations diverses. J’ai fait un commentaire, sur un ton un peu désabusé, qui, une fois imprimé, a pris une importance démesurée. C’était de l’humour anglais bien noir. Si j’en avais eu l’occasion, j’aurais dit au gars: «Cela ne fonctionne pas à la lecture, mieux vaut y renoncer.» Mais on ne m’a pas demandé mon avis.»

Deux mots, en particulier, l’ont heurté: tendances suicidaires. Il s’en veut de les avoir prononcés. «Ce n’est pas sérieux, explique-t-il. Je suis comme tout le monde. J’ai des hauts et des bas. Je ne prétends pas n’avoir jamais de coups de cafard, mais en l’occurrence je plaisantais.»

On peut toutefois se demander si Phil Collins est vraiment doué pour le bonheur. «J’aurais parfois souhaité que les choses se passent différemment, avoue-t-il. Marié trois fois, j’ai eu une vie assez compliquée.»

Une vraie trajectoire de rock star, dont il s’est accommodé, sans la chérir. «Je n’ai jamais été dépressif, s’empresse-t-il d’ajouter. Je n’ai pas eu à suivre de psychanalyse. De ce point de vue, je suis comme mon père: «Tu as un problème, résous-le!» Cela dit, un divorce est une chose triste. Je me sens d’autant plus chanceux aujourd’hui que je m’entends à merveille avec mes trois expartenaires et que mes enfants se portent tous bien.» Ces derniers font sa fierté.

Quand il en parle, ses yeux brillent. «Nicholas est très attentionné, il prend soin de son frère cadet, souligne-t-il. Mathew, lui, est un gentil petit gars. Ce sera des gens bien, je le sais.» Mannequin à Los Angeles, sa fille Lily, âgée de 21 ans, fréquente depuis peu l’acteur Taylor Lautner, qui campe un loup-garou dans la saga Twilight. Ils se sont rencontrés sur un tournage. «Elle semble très heureuse», souligne son père, qui n’a pas encore eu le plaisir de parler à Taylor. Phil Collins croit toujours en l’amour.

En définitive, il ressemble au type clean et romantique de ses chansons. Sur les albums Face Value et Hello I Must Be Going, il abordait d’ailleurs ses soucis personnels. «J’ai toujours écrit sur ce qui m’arrivait, sans cynisme, poursuit-il. Si les gens ont aimé mes chansons, c’est qu’ils se sont facilement identifiés, mais aujourd’hui, tout cela me semble tellement caricatural. Je ne pense pas que le monde ait besoin de nouvelles chansons sur le divorce de Phil Collins…»

L’artiste a évolué. Il a gagné en lucidité. «Je suis connu comme le gars qui écrit des ballades à vous tirer des larmes, mais ce n’est pas moi. Ce n’est qu’une part de moi.»

Les années 80 lui ont collé à la peau, se nourrissant de son enthousiasme. Les golden boys se sont lovés sur ses slows caressants. «J’ai été un symbole vivant des eighties, c’est vrai, mais ce que j’étais alors aux yeux du grand public est en réalité la part de moi-même que j’aime le moins. Dans un sens, cela m’a empêché d’être quelqu’un d’autre.» Après une trentaine d’années de succès, le chanteur se sent tiraillé de l’intérieur. Le personnage public n’en peut plus de sourire, coincé dans sa boîte à bonheur, tandis que l’homme voit sa vie privée partir en lambeaux. Phil Collins aspire à changer. Both Sides, sorti en 1994, est un album triste. Il demeure pourtant son préféré, en dépit d’un succès très relatif. Les ventes diminuent, mais l’artiste se refuse à broyer du noir. Ses deux albums suivants, Dance to the Light et Testify, seront plutôt joyeux.

Quand la presse l’égratigne, il fait du corporatisme. «On pardonne tout aux comédiens et rien aux chanteurs», dénonce-t-il non sans raison. Il se défend de n’avoir fait qu’assurer tout au long de sa carrière: «C’est faux, j’ai été courageux. En produisant des gens, j’ai pris des risques et j’en suis fier. Le truc pour Disney, c’était très risqué. Tarzan a coûté 150 millions de dollars! Si le film s’était planté, cela aurait été ma faute.» Là encore, il n’a pas tort.

L’automne dernier, Phil Collins surprend tout le monde en sortant Going Back, un hommage au label soul Motown, qui met aussi un point final au contrat qui le liait avec la maison de disques Atlantic. «Cet album serait parfaitement approprié pour être mon dernier disque, si c’est mon dernier…» avoue-t-il en surveillant du coin de l’œil son chien Travis. La page musicale est-elle tournée? En tout cas, il n’écrit plus autant de chansons.

Et si son destin était d’arrêter de chanter à 60 ans? Rattaché à l’Eglise anglicane mais, précise-t-il, dépourvu d’éducation religieuse, Phil croit volontiers en l’adage: «C’était écrit.» Celui qui fut un temps accusé d’être l’Antéchrist pour avoir pris la place de Peter Gabriel au micro de Genesis, affirme ne pas avoir peur de la mort, mais il ajoute en riant: «Je ne l’attends pas tranquillement. Quand tu as un fils de 6 ans et que tu en as toi-même 60, tu as forcément envie de le voir mûrir. Nicholas et Mathew m’ont déjà demandé si je serai là le jour de leur mariage. Bien sûr que je veux être là! Et ça balaie du même coup mes prétendues tendances suicidaires.» Phil Collins fourmille encore de projets, pas forcément musicaux.

LA PASSION ALAMO

N’en déplaise au magazine Rolling Stone, qui raconte que le chanteur, obnubilé par sa passion pour Fort Alamo, se prendrait désormais pour le messager John W. Smith, l’un des protagonistes de la fameuse bataille qui opposa Texans et Mexicains en 1836, il ne croit pas à la réincarnation, même si le collectionneur en lui paraît habité.

Un incident survenu dans sa vie l’a secoué. Il raconte: «Je participais à une soirée à San Antonio, quand une femme dont j’avais rencontré le mari un peu plus tôt m’a pris la main et m’a dit: «Vous êtes déjà venu ici.» J’étais interloqué. Elle a ajouté: «Oui, vous êtes John W. Smith, le messager.» Or, j’entretiens un curieux rapport avec ce personnage. Le premier document que je me suis acheté était rédigé de sa main. Il n’existe aucune photo de lui… Si j’avais affirmé être déjà venu là, j’aurais l’air d’un dingue, mais ce n’est pas moi qui l’ai dit. Le problème, c’est que ça donne l’impression que je tourne le dos au succès pour jouer du pistolet dans ma cave!»

En réalité, Phil Collins a rassemblé chez lui, «en bas», comme il dit, au sous-sol, la plus grande collection privée du monde sur cette fameuse bataille. Exposés avec soin, il y a là des petits soldats, des manuscrits, des armes telles que fusils anciens et boulets authentiques, des uniformes, des cartes, des livres, avec notamment un exemplaire original de l’autobiographie de Davy Crockett, dédicacée par l’auteur, etc. L’artiste pose sur chaque chose des yeux d’enfant. «A l’âge de 5 ans déjà, j’étais fasciné par Davy Crockett, avoue-t-il. Ce type, avec son allure si particulière, qui a fini sa vie là-bas, à Fort Alamo, en défendant ses droits. Quelle histoire! Chacun des 200 objets que je possède a joué un rôle làbas.» Enthousiaste, Phil Collins travaille sur un livre consacré à sa précieuse collection. Rédigé par ses soins, il devrait sortir en mars 2012. «Je ne m’attends pas à ce que ce soit un best-seller, souligne-t-il. Je le fais pour moi.»

PAS FAN DE GORE!

Selon Rolling Stone, Phil Collins conserverait dans son ordinateur des photos sanguinolentes de la bataille d’Alamo… Il dément de nouveau, catégoriquement. «J’ai des tas de documents, mais pas de photos. De grâce, écrivez que je ne suis pas fasciné par le sang et le gore!» Son intérêt est historique et politique à la fois. «Sans Fort Alamo, le Texas appartiendrait aujourd’hui au Mexique, qui serait un pays riche, et l’Amérique ne serait pas si puissante», observe-t-il.

Eternel Englishman in Switzerland, Phil Collins a trouvé ses marques dans le canton de Vaud. «L’Angleterre ne me manque pas», avoue-t-il. Il n’a d’ailleurs plus de pied-àterre dans son pays natal, alors qu’il possède encore un chalet aux Diablerets et un appartement à New York. «Je suis venu ici par amour, rappellet-il. Et jamais je n’ai songé à aller ailleurs pour la simple et bonne raison que mes enfants grandissent ici.» Au printemps, l’artiste, amoureux de l’eau, repartira sillonner le Léman à bord de son bateau à moteur, un autre de ses dadas.

D’ici là, le 30 janvier, il fêtera chez lui son soixantième anniversaire, entouré, espère-t-il, de ses enfants, de son frère Clive et de sa sœur Carol. «Avoir 60 ans ne me pose aucun problème, affirme Phil Collins. Soixante ans, c’est juste une excuse pour ne rien faire. Moi, je suis très fier de ce que j’ai accompli au cours de ma carrière. Je pense seulement qu’il est temps, maintenant, pour Phil de céder la place à Philip, afin qu’il puisse, à son tour, faire des choses.»



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Tags: Phil Collins, Genesis, «Rolling Stone», Fort Alamo Aller en haut de page Haut de page

 

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