Le jeu de paume, ancêtre du tennis, était jadis le sport des rois. Il nous a laissé quelques expressions passées dans le langage courant comme «saisir la balle au bond», «tomber à pic», «rester sur le carreau», «jeu de main, jeu de vilain», «qui va à la chasse perd sa place» ou «épater la galerie».
Dans sa version moderne, Roger Federer, même détrôné par Rafael Nadal puis Novak Djokovic, reste le roi des rois, acclamé par une cour en pâmoison. Damoiselles et nobliaux des temps modernes se sont pressés à Londres pour assister au triomphe du Maître Suisse. Oyez plutôt: les footballeurs Andreï Archavine (Arsenal) et Nani (Manchester United), le Ballon d’or Cristiano Ronaldo, les champions du monde tricolores Robert Pires et Thierry Henry, le mannequin Lili Cole, le chanteur Gavin Rossdale, la fille de Sarah Ferguson, Beatrice d’York, sans oublier la célibataire la plus épiée du royaume, Pippa Middleton. Epatée, la galerie!
«Je suis fier de mes records. Cela me motive pour 2012»
Roger Federer
Comme à Paris-Bercy la semaine précédente, le public de Londres est venu voir la légende vivante du tennis. Ses triomphes ne sont plus une routine mais des exploits arrachés au temps qui joue contre lui. L’âge, la concurrence, l’inévitable déclin physique, la raréfaction de ses apparitions transforme plus que jamais chacune d’elles en événement. Rien n’est plus beau qu’un crépuscule
Le sang bleu et la piétaille étaient donc là pour pouvoir dire un jour «j’ai vu jouer Federer», comme d’autres ont dit «j’ai vu peindre Henri Matisse» ou «j’ai vu danser Nijinski». Le Bâlois se sert de son corps comme un danseur, de sa raquette comme d’un pinceau. La grâce est au corps ce que le génie est à l’esprit. Au jeu de main, jeu de vilain de ses congénères, il oppose une épure tennistique où nul cri ne jure, sans un poing inutilement brandi. Federer est le seul à donner une dimension esthétique à ses victoires. Son cinglant 6-0 infligé à Nadal en match de poule restera dans les esprits. Grand prince, il a en outre le bon goût de se tenir au-dessus de la mêlée, négligeant de donner son avis sur les écrits incendiaires de Yannick Noah et le dopage supposé de l’armada espagnole.
AU-DESSUS DE LA MÊLÉE
Laissé maintes fois sur le carreau, Roger Federer a su saisir la balle au rebond. En 2011, il aura finalement réalisé ses meilleures performances après son trentième anniversaire. Non, le vieux Lion (il est né un 8 août) n’est pas encore mort… Six semaines de coupure volontaire et les tournois en salle (la surface de jeu la plus rapide, celle qui lui est le plus favorable) lui auront redonné une seconde jeunesse. «Pendant mon break, j’ai beaucoup discuté avec mon équipe et Mirka pour savoir ce qui était le mieux pour moi, explique-til. J’étais déçu mais finalement c’était nécessaire.» Qui va à la chasse ne perd pas forcément sa place…
Ce succès tombe à pic pour Federer, qui conclut ainsi sa plus mauvaise saison depuis 2002 en laissant la plus forte impression des quatre ténors du tennis actuel. Cette inversion des perspectives contrebalance au final la froide brutalité des chiffres: aucun titre du Grand Chelem, une seule finale (Roland-Garros), un rang de perdu au classement ATP (3e, après avoir même glissé à la 4e place). Oui, mais Roger fut le seul à battre Novak Djokovic lorsque le Serbe paraissait invincible (à Roland-Garros). Oui, mais il passa tout près de la finale – et peut-être du titre – à Wimbledon puis à l’US Open, deux matchs que, de son propre aveu, il «n’aurait pas dû perdre».
LE VENT DE L’HISTOIRE
Plus que jamais, le Bâlois semble porté par le vent de l’histoire. A Londres, le sympathique Tsonga pouvait le battre, cela s’est d’ailleurs joué à peu, mais pas pour sa centième finale. Pas devant ce public acquis à sa cause. Pas avec cette perspective de remporter un sixième Masters et de détenir un énième record (Ivan Lendl et Pete Sampras avaient porté la marque à cinq victoires). Il ne s’en vantera pas, mais Roger devient au passage le premier trentenaire à remporter le Masters. «Je suis fier de mes records. Cela me motive pour continuer à jouer. J’adore ce jeu plus que quiconque. C’est beaucoup de sacrifices, beaucoup d’efforts quotidiens, mais ce qu’on a en retour, des moments comme aujourd’hui, n’ont pas de prix. C’est pour ça que je suis toujours aussi motivé pour l’an prochain.»
Cette capacité à rassembler ses énergies en vue des compétitions qui lui tiennent vraiment à coeur augure du meilleur pour 2012. L’an prochain, Roger Federer visera bien sûr les tournois du Grand Chelem. L’Open d’Australie, en premier lieu, programmé dès le mois de janvier, dont il s’affiche d’ores et déjà comme l’un des principaux favoris. La Coupe Davis peut-être, du 10 au 12 février à Fribourg contre les Etats-Unis. Wimbledon assurément, où le sextuple vainqueur de l’épreuve viendra deux fois, à la fin de juin pour le traditionnel tournoi du Grand Chelem, puis trois semaines plus tard pour le tournoi olympique des JO de Londres.
Ainsi va Federer. Rassuré dans ses capacités physiques, réaffirmé dans son destin de légende. Où s’arrêtera-t-il? Lui seul le sait, car lui seul fixe les limites. Mais, tant qu’il jouera, il continuera d’épater la galerie. Foi de roi du tennis.
MIRKA SERAIT-ELLE ENCEINTE?
Mirka Federer est-elle de nouveau enceinte? L’hebdomadaire alémanique Sonntag l’affirme dans son édition du 27 novembre. Selon des proches de la famille Federer, le ventre de Mirka se serait arrondi depuis le tournoi de Bâle, à la fin du mois d’octobre. Lundi soir, Mirka et Roger n’avaient pas réagi à cet article.
Déjà parents de jumelles depuis le 23 juillet 2009, ils n’ont jamais fait mystère de leur volonté d’avoir d’autres enfants dans un avenir proche. Si la grossesse de Mirka est effective, l’enfant serait attendu pour fin juillet-début août, comme ses grandes soeurs. Cette fois, une naissance à cette période de l’année tomberait particulièrement mal pour Roger, puisqu’il disputera à ce moment-là les épreuves de tennis des JO de Londres. En 2009, il avait raconté a posteriori son stress à l’idée que ses filles naissent hors de Suisse, durant un tournoi.