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COUPE DAVIS
MAIS OÙ EST ROGER?
La Suisse est tombée au Kazakhstan, et avec elle un tabou: Federer est-il intouchable? Pour la première fois, des critiques égratignent le mythe. Presque un crime de lèse-majesté…

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 21.09.2010

Les histoires d’amour finissent mal, en général. Celle qui lie Roger Federer à la Suisse depuis son premier titre à Wimbledon en 2003 n’est pas terminée, mais elle a du plomb dans l’aile. Au bout de sept ans, il paraît que c’est normal. Il n’empêche: ça surprend.

L’histoire retiendra que c’est un 18 septembre à Astana, en pays kazakh, que les Suisses ont tourné casaque. Battue, reléguée, humiliée, la Suisse quitte le groupe mondial de la Coupe Davis une semaine après avoir aligné deux joueurs en quarts de finale de l’US Open. Mais un seul a fait le déplacement de New York à Astana: Stanislas Wawrinka. Roger Federer, lui, est resté à la maison, avec femme et enfants. Contrairement aux années précédentes, le Bâlois a préféré enfiler les pantoufles de père de famille plutôt que le costume de sauveur de la patrie. «Après une longue réflexion, j’ai décidé de ne pas disputer la rencontre de Coupe Davis au Kazakhstan, écrit-il sur son site internet. J’ai besoin de plus de temps pour me reposer afin de pouvoir finir fort l’année.» Fatigué? A l’US Open, il a certes joué un tour de plus que Wawrinka mais passé 3 h 45 de moins sur les courts (12 h 35 contre 16 h 20).

LES FANS SUISSES TOURNENT KAZAKH

Pour les supporters, le réveil est douloureux. Dimanche, pour les derniers matchs comptant pour beurre, les plus dépités ont même acheté des drapeaux du Kazakhstan et encouragé l’équipe adverse… Prévenu par SMS, Roger Federer aurait durement accusé le coup. Il n’a sans doute pas apprécié non plus les propos d’Adolf Ogi dans Le Matin Dimanche. L’homme qui l’a introduit à l’ONU n’a pas trouvé son forfait formidable du tout. «Je comprends que Roger ait été très déçu par sa défaite contre Novak Djokovic à l’US Open. Malgré cela, il aurait dû faire un effort pour s’engager, rendre service à son pays.»

«Roger aurait dû faire l’effort pour son pays»
Adolf Ogi, dans «Le Matin Dimanche»

Alors, faut-il brûler Roger? «La première réaction, c’est de dire: il fait ch…» admet Stéphane Oberer. Mais le capitaine des années Rosset-Hlasek («aucune relégation et Marc, quoi qu’on en pense, est toujours venu»), nuance aussitôt. «C’est plus complexe que simplement défendre le drapeau… Roger conduit sa carrière magnifiquement. S’il a duré et gagné autant, c’est parce qu’il a toujours été d’une intransigeance totale sur son agenda. Il joue très peu de tournois, alors que les organisateurs doivent certainement lui proposer des primes d’engagement colossales!»

OK, mais Nadal ne s’économise pas et gagne tout quand même, à marche forcée. L’Espagnol, 24 ans seulement, a déjà à son palmarès les quatre tournois du Grand Chelem, neuf titres majeurs (contre six pour Federer au même âge), une médaille d’or olympique et… deux victoires en Coupe Davis avec l’Espagne. «Je pense que Roger aime toujours la Coupe Davis, reprend Oberer.

Et je crois surtout qu’il pensait que l’équipe se qualifierait sans lui. En ce moment, il doit se sentir mal…»

Ce n’est pas un coup d’œil sur son site internet qui le réconfortera. A côté des inconditionnels qui applaudiraient même s’il tuait sa mère, apparaissent ça et là des commentaires désobligeants en ces lieux saints. Une première. «L’amour du maillot et du drapeau national ne sont plus ce qu’ils étaient…» «Je suis déçu de ton choix. Djokovic, qui a joué la finale lundi soir, il participe bien, lui…» «Stan aussi est fatigué et lui aussi il aimerait bien pouvoir «finir fort l’année.» «Un peu facile comme excuse, Roger, et pas très fair-play pour l’équipe.» Ces critiques se concentrent sur la partie francophone du site (trilingue) de Federer. Les Romands, influencés par la France, où la Coupe Davis est une cause nationale, y sont sans doute plus sensibles que les Tessinois et les Alémaniques. Et, pour le coup, Roger, malgré son français parfait, nous apparaît bien plus suisse alémanique que nous le pensions…

René Stammbach est également Suisse alémanique. Il est surtout pragmatique. Le président de Swiss Tennis ne demande pas de compte à Federer mais… un programme. «D’un point de vue humain, je ne comprends pas. Mais, en tant que président, ce n’est pas mon problème. Moi, je dois gérer l’argent des membres de la fédération et, là, il faut qu’on discute», expliquait-il hier dès son retour d’Astana. Pour ce match de barrage en ex-Union soviétique, Swiss Tennis a déboursé 150 000 francs pour une délégation de 17 personnes, comprenant notamment: un capitaine, quatre joueurs, un chef d’équipe, deux physios, un médecin, un cordeur, un chef de presse et un assistant, une coordinatrice, etc. Une débauche de moyens (avec voyage en business) consentie non pas pour Federer, mais pour une équipe de Suisse avec des ambitions. «Ce n’est pas un problème d’argent, mais de politique, reprend René Stammbach. Si l’on a des ambitions en Coupe Davis, nous mettrons l’argent sans hésitation. Mais je veux savoir où nous mène cette route et qui vient avec nous.»

«Rog’ doit nous dire ce qu’il veut faire à l’avenir»
René Stammbach, président de Swiss Tennis

Federer était censé venir une fois tous ses grands objectifs individuels atteints, ce qui est fait. L’équipe n’avait qu’à se maintenir dans le groupe mondial, ce qu’elle devait faire à Astana. Pour beaucoup, le moment de la Coupe Davis semblait venu. Pas pour Roger. «Il me semble que la donne a changé, constate René Stammbach. Il faut donc en parler.» Faut-il encore croire en cette équipe? Wawrinka ne va-t-il pas finir par se lasser? Faut-il garder Séverin Lüthi comme capitaine? Le Biennois a été installé sur la chaise par son ami Federer. A quoi bon s’il ne vient pas?

René Stammbach veut mettre tout cela à plat lors d’une réunion. Encore faut-il trouver une date. Le tournoi de Bâle semble idéal «mais Roger a déjà beaucoup d’obligations durant cette semaine, et il veut gagner son tournoi.» Le signe que Roger Federer, icône planétaire, est désormais inaccessible, même pour sa fédération.

Avec cette relégation, c’est le rêve de voir un jour la Suisse remporter la Coupe Davis qui s’éloigne, peut-être définitivement. Pour la remporter, il faut déjà remonter dans le groupe mondial, ce qui n’est jamais aisé et prend au minimum une année. En 2012, année olympique, Federer a déjà fait des JO de Londres – les épreuves de tennis se disputeront à Wimbledon – son objectif prioritaire. Nous voilà donc en 2013: Federer aura 32 ans. Et Wawrinka, moins talentueux, devra lui aussi lutter contre le poids des ans. C’est cette sensation que notre chance est passée qui déçoit et agace… «Incontestablement, la Suisse a depuis 2008 une équipe pour gagner la Coupe Davis, regrette Stéphane Oberer. Pendant une poignée de saisons encore, nous avons la chance unique de remporter un titre mondial dans une épreuve collective. Mais le temps presse…»

Pensez-vous que les critiques à l'encontre de Roger Federer concernant son absence à la Coupe Davis sont justifiées?


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Tags: Roger Federer, tennis, Coupe Davis, Suisse, Kazakhstan Aller en haut de page Haut de page

 

Pensez-vous que Federer a trahi la Suisse? (sondage réalisé du 22 au 28 septembre 2010)


Résultat final (31 votes)

Pensez-vous que les critiques à l'encontre de Roger Federer concernant son absence à la Coupe Davis sont justifiées?

mimi, le 23.09.2010 à 07:55

Comment peut-on compter sur un seul homme pour gagner la coupe Davis qui se joue en équipe. Cela voudrait donc dire : sans Federer les autres joueurs ne valent rien. Merci pour eux. Si il avait joué et que la Suisse aurait perdu ce serait aussi de sa faute. Qu'on arrête de le critiquer il sait gérer sa carrière,j'en ai assez de ses journalistes qui dès qu'il perd le démolisse, moi je suis très fier d'avoir un champion de cette valeur.

chippie, le 22.09.2010 à 21:13

NON, NON, NON trop facile de critiquer Roger, je pense que la suisse ne peut pas défendre sa place dans le groupe A, si elle doit compter que sur Roger.Et toutes les personnes qui le critiquent devraient plutôt être fière d'avoir un sportif de cette valeur dans notre pays. Il nous apporte déjà bcp de plaisir quand on le voit jouer et dans son comportement, nous devons respecter ses choix et le soutenir car la Suisse n'a bientôt plus que lui pour briller à l'extérieur de nos frontières......

isa, le 22.09.2010 à 18:38

Extraordinnaire! Vous oubliez le nombre de fois où Roger a sauvé l'équipe de suisse à lui tout seul! Comme à chaque fois qu'il perd, les critiques vont bon train! Faire mention de Nadal qui a préféré partir en afrique du sud plutôt que défendre son pays qui détenait la coupe... ah oui, lui il a le droit d'être blessé et surtout de ne pas s'en cacher. Roger est notre plus bel ambassadeur; ce qu'il a fait pour son pays est énorme, il a bien le droit de penser à sa famille! D'ailleurs même avec lui,la victoire n'était pas acquise, un peu de respect pour l'adversaire! Merci à l'équipe et à Roger pour tout ce qu'il nous a déjà donné. Une fan inconditionnelle

tennisfan, le 22.09.2010 à 15:12

Malheureusement, en regardant les résultats, rien n'indique que les Suisses auraient gagné contre le Kazakhstan (en réalite, des joueurs russes) même si Federer avait joué. Ce n'est pas une équipe valabe et surtout il n'y a pas de relève. Wawrinka a beaucoup de coeur et de courage mais c'était inutile tout comme l'était l'effort de Federer l'année passée puisqu'ils se sont de nouveaux trouvés dans le barrage. Dans cette histoire Federer n'a rien perdu, l'équipe suisse de toute façon n'était pas à la hauteur requise. Le problème n'est pas si Federer veut jouer ou pas, c'est comment construire une vraie équipe. Chose que Suisse Tennis n'a pas entreprise jusqu'à présent et maintenant ils sont dans la m.... Si j'étais Federer ou Wawrinka je leur dirai "stop" - définitivement. Et qu'ils construisent de zéro une équipe jeune et volontaire, même s'ils ne risquent pas de remonter au niveau mondial pendant 3 ou 4 ans (au moins). Mais au moins quelquechose de solide. Quel challenge merveilleux pour les jouers et leurs entourages ! Les critiques à l'encontre de Federer ne sont pas justifiées. Il n'était pas le pompier de service, c'était Wawrinka pour une fois mais même lui n'était pas à la hauteur à côté d'une équipe tellement désastreuse.

JulietteM, le 22.09.2010 à 07:51

L'équipe suisse, ce n'est pas seulement Roger Federer... Les Kasakhs étant moins bien classés à l'ATP que Wawrinka et Chiudinelli, on pouvait aisément espérer que la victoire soit à la portée des Suisses!

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