50 ANS DE COMPLICITÉ
Il y a un demi-siècle, le 12 juillet 1962, des inconnus donnaient leur premier concert à Londres. Retour en photos sur une aventure définitivement inouïe et première distribution des cadeaux d’anniversaire annoncés.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 04.07.2012

Pas de son. Pas d’image. Jusqu’à découverte du contraire, personne n’a immortalisé le bref concert donné par six musiciens inconnus le jeudi soir 12 juillet 1962 dans un club londonien aujourd’hui disparu mais à jamais légendaire, The Marquee, au 165 Oxford Street.

Invités au pied levé, Ian Stewart au piano, Dick Taylor à la basse, Mick Avory à la batterie, Brian Jones et Keith Richards aux guitares et un dénommé Mick Jagger au micro avaient décroché ce tout premier gig avant même de s’être trouvé un nom. La légende raconte que l’organisateur s’impatientait au téléphone pour savoir ce qu’il devait inscrire sur l’affiche et qu’il a fallu improviser. Un best of du bluesman Muddy Waters traînait dans le petit appartement que partageaient alors Brian, Mick et Keith dans le quartier de Chelsea avec, comme premier morceau de la face A, un certain Rolling Stone…

On connaît les sept titres interprétés ce soir-là (du blues, un boogie-woogie et aussi le Back in the USA de Chuck Berry), mais pour ce qui est de l’ambiance, le récit (dans son autobiographie Life, Ed. Laffont) de Keith Richards – 19 ans en 1962, comme Mick Jagger – reste le témoignage le plus fort: «Tu es en train de jouer avec des types et soudain tu te dis «Oooh yeah!» Il y a peu de sensations plus agréables que celle-là. A un moment donné, tu comprends que tu viens de quitter la planète Terre…»

L’ÉTAT DES FORCES

Cinquante ans plus tard, les Rolling Stones sont parfois redescendus, ont plus d’une fois frôlé le crash (notamment au milieu des difficiles années 80), se sont fait la gueule à plusieurs reprises et jusqu’à ce printemps… Il n’empêche que Mick Jagger, 69 ans, et Keith Richards, potes depuis l’école enfantine (!), sont toujours à la tête du plus fameux groupe de rock du monde.

Début juin, The Rolling Stones se sont retrouvés à New York pour une semaine de répétitions, les premières depuis la tournée 2007 (et leur inoubliable concert M-Budget à Lausanne). Au magazine homonyme, Richards a déclaré: «C’était fantastique, on a tout joué. Charlie Watts et les gars sont en pleine forme. Ça faisait quand même cinq ans. On a fait ça simplement pour se dérouiller. C’était comme se retrouver dans le garage, comme une visite de routine chez le docteur.» Un bulletin de santé rassurant, alors que des rumeurs plus inquiétantes n’ont cessé de courir sur son compte depuis sa chute, en 2006, d’un cocotier dans les îles Fidji, dont il ne se serait jamais vraiment remis. Quant à Charlie Watts, l’aîné du groupe, l’amateur de jazz pépère, il accuserait, lui, le poids de ses 72 ans…

Ainsi, il n’y aura pas de grande tournée anniversaire, en tout cas pas avant 2013, qui sera effectivement l’année du cinquantenaire, puisque The Rolling Stones se sont réellement formés au mois de janvier 1963, quand le bassiste Billy Wyman et le batteur Charlie Watts les rejoignent… Après la première photo officielle du nouveau groupe (en concert) le 4 mai 1963, le premier 45-tours sortira enfin une semaine plus tard…

Ni les fans ni le tiroircaisse ne seront toutefois complètement oubliés cette année. Parmi les dizaines de publications spéciales sort de presse dans quelques jours The Rolling Stones – 50 ans de légende (Ed. Flammarion), le livre «officiel» ou l’histoire racontée par les protagonistes eux-mêmes. L’ouvrage semble magnifique, truffé d’images inédites provenant notamment des archives du Daily Mirror, tabloïd britannique connu pour posséder la plus riche collection de photographies du groupe. Au total, plus de 1000 illustrations, parmi lesquelles, en pages 20 et 21, deux images du… fameux premier concert (!), les autres retraçant ce demi-siècle d’une aventure humaine et musicale définitivement unique.

RENDEZ-VOUS À LONDRES

A l’automne, ce sera la sortie d’un film anniversaire, confié au réalisateur Brett Morgen, auteur de l’excellent The Kid stays in the Picture, et à qui The Rolling Stones ont lâché, assure-t-il, quelques-uns des secrets qu’ils pouvaient bien encore détenir. Tandis qu’au mois d’avril dernier, dans un studio de Weehawken (New Jersey), le groupe a aussi enregistré, pour les besoins du documentaire, plusieurs versions de ses classiques, parmi lesquels Beast of Burden, Respectable, Fool to Cry et Gimme Shelter…

Durant ce mois de juillet, les quatre Stones, Mick, Keith, Charlie et Ron, se sont donné rendez-vous à Londres pour convenir de la suite du programme. Ont-ils matière à un nouvel album – le dernier, A Bigger Bang, honnête sans plus, date de sept ans? Trouverontils le plaisir et l’énergie d’une tournée monstre et mondiale à laquelle le succès les oblige désormais? Parmi les bruits qui courent, la possibilité de deux ou trois concerts forcément exceptionnels durant l’automne. Et l’on murmure aussi que Bill Wyman, 76 ans, qui a abandonné le groupe en 1993, pourrait les rejoindre pour marquer l’événement, de même que Mick Taylor, génial guitariste du groupe entre 1969 et 1974…

Ces retrouvailles inespérées, l’enregistrement d’un nouveau disque, une tournée des stades de plus ne changeront finalement pas grand-chose à l’affaire. Tout au long des cinquante dernières années, The Rolling Stones ont composé plusieurs des meilleurs morceaux de l’histoire du rock. Par la complicité unique de leur duo, Mick Jagger et Keith Richards ont maintenu le groupe à un niveau de popularité que peu d’autres ont atteint. Ni les drogues, ni les scandales, ni l’argent, ni les femmes, ni même les années n’ont jamais complètement éteint leur feu… Aussi sûr qu’ils ne sont jamais aussi bons que lorsqu’ils jouent ensemble, il suffit que The Glimmer Twins (les jumeaux étincelants) ainsi qu’ils signent leurs productions communes, se retrouvent dans un studio, branchent les guitares, rallument les amplis pour qu’une magie particulière opère encore une fois.

Et il suffit simplement que bruisse la possibilité d’un album, d’une tournée, d’un concert pour que Beggars Banquet (1968), Let It Bleed (1969) ou Sticky Fingers (1970) se retrouvent, une fois encore, en tête des listes de lecture sur les iPod du XXIe siècle. Leur formidable impact totalement intact.