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ROMANS D'ADOS
DU BAD BOY AU GRAND FRÈRE
Il est un des héros de cette série-culte. Jordann, le «bad boy», est devenu au fil des mois un jeune adulte mûr et responsable. Aujourd’hui, il témoigne dans les écoles, coache sa petite sœur et rêve d’ouvrir un restaurant. Un chic type!

Par Patrick Baumann - Mis en ligne le 08.03.2011

«T’as vu, c’est Jordann?» Dans la 8e VSO de Rémy Contesse, à Grandson, l’excitation est à son comble. Deux filles pouffent au passage de ce jeune homme photogénique à l’allure décontractée; certains garçons ont les yeux brillants. L’effet vu à la télé. Jordann Pascal est un des héros de Romans d’ados, ce film déjà culte qui a ému toute la Romandie et qui pourrait d’ailleurs rafler le quartz d’or, le prix du meilleur documentaire suisse, le 12 mars prochain à Lucerne.

Sept ans, sept vies, quatre films de cent minutes. Près de 20 000 spectateurs en salle, 160 000 téléspectateurs sur la TSR qui ont accompagné la trajectoire de ces sept ados filmés entre 12 et 18 ans, de 2002 à 2008.

Le site romansdados.com a été visité par 280 000 personnes. Beaucoup de chiffres et beaucoup de superlatifs. Sur Facebook, où le film a son profil, les commentaires pleuvent sans discontinuer. «Bravo et merci pour tous les ados de ce pays.» «Je comprends mieux mes enfants grâce à Aurélie, Virginie, Thys, Xavier Mélanie, Rachel et Jordann.» Mis à part quelques esprits chagrins qui parlent de «téléréalité politically correct», les ados ont apprécié l’effet miroir, les parents retrouvé des sentiments oubliés, et se sont sentis moins seuls dans la lourde tâche de conduire un enfant sur le chemin de la maturité.

LE «BAD BOY»

Jordann, c’était le bad boy. Jolie frimousse, mais une des trajectoires parmi les plus chaotiques des sept. La séparation des parents. Ce père absent dont le manque est une blessure omniprésente qui marque toutes les apparitions du gamin à l’écran puis, plus tard, du jeune adulte. Jordann, tendre et gouailleur, Jordann qui fume en douce la chicha avec les copains, dit «je t’aime maman» à la caméra, mais contraint celle-ci à porter plainte contre lui pour vol.

 

«Ne faites pas les mêmes conneries que moi à votre âge!»
Jordann Pascal

 

Jordann, enfin, papillon étincelant après la chenille boiteuse, qui envers et contre tout a fini par devenir responsable. Chef cuisinier du restaurant Caprices, à Yverdon, à seulement 21 ans. Amoureux tout frais d’une étudiante avec qui il aimerait bientôt s’installer. On l’invite désormais à parler dans les écoles. Une mère lui a demandé de venir raisonner son fils récalcitrant. Un couple a prénommé sa fille Jordane en son honneur. «Un gars bien», comme le dit Rémy, l’instituteur de Grandson.

D’ailleurs, les mains se lèvent dans sa classe. «Il a changé quoi, ce film, dans ta vie?» attaque Mike, visiblement impressionné. «Sans lui, j’aurais fait plus de bêtises, répond Jordann. J’étais en VSO comme vous, je sais ce que c’est. Accrochezvous, faites pas de conneries, c’est votre avenir qui est en jeu!»

«MERCI MAMAN»

Le courant passe. Loïc explique à Jordann que son exemple lui donne du courage, qu’il veut devenir horloger, mais qu’il fait les mêmes conneries que lui au même âge. «Ma mère dit souvent que je vais finir par dormir sous les ponts.» «Ecoute-la, pense pas qu’à faire la fête, travaille, elle sera contente. ta mère. Prouve-lui que t’es quelqu’un de bien!»

Arnaud, lui, aimerait savoir pourquoi Jordann n’a pas voulu révéler dans le film la nature de sa «grosse bêtise». Manifestement, la relation entre le bad boy et sa mère a touché les élèves. «Quand elle t’a dénoncé à la police, t’as ressenti quoi?»

Jordann, calme et réfléchi: «Sur le moment, une trahison. Ma mère me balançait. Bon, j’ai été condamné à trois mois à faire la vaisselle tous les week-ends dans un EMS, c’était pas trop dur. Mais faut que vous le compreniez, elle a fait ça pour moi et pas contre moi. Je l’ai volée, je lui ai menti pendant des années, je regrette bien sûr de l’avoir fait tellement souffrir. A 14 ans, je peux bien le dire, ici, j’ai cambriolé un restaurant à Yverdon. Je suis toujours sous le coup d’un sursis qui finit dans trois mois. Mais ma mère s’est battue de chez battu pour moi. Elle m’a tenu la main quand on allait chez les flics, elle ne m’a jamais abandonné. Elle disait: «C’est mon fils, je le garde avec moi jusqu’au bout.» Merci maman!»

«JE NE LAISSERAI JAMAIS TOMBER MES GOSSES!»

On entend voler une mouche dans la classe. «Ma mère avait besoin de l’argent que je lui ai volé. Mais tout ça m’a servi de leçon. J’ai envie de vous dire que je sais que vos parents ou vos profs vous gonflent, c’est normal à votre âge. Mais écoutez-les, et surtout parlez avec eux, de tout et n’importe quoi. Moi, j’ai trop gardé à l’intérieur, jusqu’à péter les plombs.»

Le jeune homme habite toujours l’appartement coloré de la rue des Moulins, devenu familier aux spectateurs du film. Florence Pascal, la maman de Jordann, est fière, c’est sûr, de son garçon qui ne peut plus marcher dans les rues d’Yverdon sans être interpellé par un passant. «Même si, dit-elle, un peu taquine, il a encore des progrès à faire pour apprendre à gérer son argent.»

Il hausse les épaules. «Parfois, je préfère acheter des fleurs à ma mère ou un cadeau à ma copine avant de payer mes factures.» Il sourit, grand séducteur, sur le canapé du salon où mère et fils se sont souvent crêpé le chignon pendant le film.

Soulagement aussi pour cette mère qui a élevé seule trois enfants de le voir endosser ce nouveau rôle de grand frère. «C’est moi qui punis Océane, ma petite sœur, quand elle fait des bêtises, faut pas croire, je la tiens! J’aurais aimé que mon père fasse ça pour moi. Quand on fait un enfant, on l’élève jusqu’au bout! Moi, en tout cas, je ne laisserai jamais tomber mes gosses!»

Un éminent psychiatre, ancien responsable des unités pour adolescents et jeunes adultes des HUG, a loué le courage de sa mère et témoigné dans Le Temps «qu’elle avait rendu un immense service à tous les parents qui ont regardé le film et qui, désormais, dédramatiseront l’acte de punition». Des compliments qui font rougir la principale intéressée. «Je n’ai pas de mérite particulier. Je suis une maman, c’est tout!»

Jordann, quant à lui, sera éternellement reconnaissant à Béatrice et Nasser Bakhti, réalisatrice et producteur du film, de l’avoir choisi lors du casting de Romans d’ados. «Ils font partie de ma famille. Avec Nasser, j’ai discuté pendant des heures de mon père, je lui ai dit des choses que j’avais jamais dites. Aujourd’hui, cela fait deux ans que je n’ai pas de nouvelles de ce père. Je ne sais même pas s’il a vu le film, mais je suis plus fort vis-à-vis de ça. Merci à eux d’avoir vu en moi une petite graine prometteuse, malgré tous les lapins que je leur ai posés durant le tournage. Leur film m’a fait grandir!»



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Tags: «Romans d'ados», TSR, Jordann, Facebook, Florence Pascal, restaurant Caprices, Yverdon, VSO, Grandson Aller en haut de page Haut de page

 

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