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SALON DU BOURGET 2011
LE ROI SOLAR
Hôte d’honneur du prestigieux salon aéronautique, l’avion solaire a délivré durant une semaine son message au monde. Un vol de vingt minutes pour le prototype, mais un marathon de relations publiques pour Bertrand Piccard et André Borschberg, fondateurs du projet.

Par Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 03.07.2011

La pluie tombe sans discontinuer sur le Salon aéronautique du Bourget, à Paris. Le Solar Impulse est cloué au sol. Pas tout à fait, en réalité: sur l’écran géant du salon, plusieurs fois par jour, l’avion solaire déploie ses ailes et «invente le futur», comme l’indique son slogan. A l’extrémité de l’espace d’exposition, c’est à peine si l’on distingue le fuselage en carbone de l’appareil à travers le plastique transparent qui borde la tente édifiée pour accueillir le prototype. Pas le meilleur écrin pour le HB-SIA, mais qu’importe: l’intérêt pour le projet, lui, est énorme.

 

«Solar Impulse» nous rappelle que nous devons réfléchir à des avions plus économes en énergies carbonées»
Nicolas Sarkozy

 

L’avion solaire n’aura finalement pu prendre son envol que dimanche, l’ultime jour du salon. Mais la vérité est ailleurs. Ici, c’est en coulisses que les choses se passent, dans les chalets feutrés des avionneurs et exposants. Nicolas Sarkozy est venu en personne inaugurer le salon. Le président français ne s’y trompe pas: l’industrie aéronautique de l’Hexagone emploie 157 000 personnes et dégage 18 milliards d’euros d’excédent commercial. Le salon du Bourget est le plus grand salon aéronautique du monde. Voilà qui vaut bien une arrivée en grande pompe sous une pluie fine mais dans un déluge de mesures sécuritaires. Même le tapis rouge est protégé, recouvert d’un film plastique transparent retiré à la dernière minute. Il ne faudrait pas que le président de la France ne trébuche ou, pis, ne tombe… Sur les gradins, une pleine brassée de ministres, des industriels et les représentants civils et militaires de 80 nations aux uniformes colorés. L’occasion pour les deux ambassadeurs de l’avion solaire de nouer des contacts. Bertrand Piccard discute avec Serge Dassault, patriarche de l’entreprise d’armement français, 90e fortune mondiale, dont le groupe soutient déjà le projet. Discussion avec le ministre de la Défense Gérard Longuet, la ministre de l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet, qui viendra rendre visite au Solar Impulse deux jours plus tard, ou Eric Besson, ministre chargé de l’Industrie et de l’Energie. Small talk avec Louis Gallois, PDG d’EADS, propriétaire d’Airbus, alors que l’A380 en démonstration au Bourget s’est endommagé une aile contre un hangar le jour précédent. «Une plaisanterie à 3 millions d’euros», glisse le patron français sans perdre pour autant le sourire. Deux jours plus tard, le groupe annoncera la plus grande vente d’avions de son histoire, 180 appareils à une compagnie indienne pour un montant estimé à 15 milliards de dollars. Ici on jongle avec les chiffres autant qu’avec les devises.

POIGNÉE DE MAIN PRÉSIDENTIELLE

Pour Solar Impulse, le Bourget est une formidable vitrine. Bertrand Piccard et André Borschberg y enchaînent les rendez-vous. Plus d’une centaine en une seule semaine.

Des industriels, des politiques, des partenaires, des personnalités, des journalistes, l’avion solaire attise la curiosité et l’intérêt de tous. Même le président français l’a cité dans son discours inaugural. «La magnifique voile (sic) du Solar Impulse nous rappelle que nous devons réfléchir dès à présent à des avions plus économes en énergies carbonées.» L’occasion d’une poignée de main et d’un petit échange avec Nicolas Sarkozy lui-même. «On l’a invité à venir voir l’avion, il nous a répondu que même à l’énergie solaire, il n’était pas maître de son agenda, raconte André Borschberg. L’important est qu’il ait cité le projet dans son discours.» Un discours oeuvre d’Henri Guaino, conseiller spécial du président français. Mis au parfum, Bertrand Piccard va de ce pas le remercier. «Oh, c’est le seul que je n’aie pas écrit», répond l’intéressé, coquette contre-vérité sans doute, on est entre gens de bonne compagnie.

VRP DE L’AVION SOLAIRE

En vrai VRP de l’avion solaire, le psychiatre vaudois ne doute jamais. Il sait que l’époque lui donne raison. Qui plus est la catastrophe de Fukushima a souligné avec une cruelle intensité la portée de son message. Trouver une alternative aux énergies fossiles et au nucléaire est devenu une nécessité, une préoccupation partagée par presque tous. Aux partenaires ou potentiels partenaires, il parle avec l’assurance de celui qui sait que convaincre n’est qu’une question de temps. Face à des industriels américains rencontrés au début de l’aventure, mais avec qui le partenariat n’avait alors pu être conclu, il lance dans un grand sourire: «Mais on a perdu dix ans!» C’est lui qui tient l’avion solaire par le manche, enfin au figuré pour l’heure, car son baptême est agendé prochainement. Seuls André Borschberg et le pilote d’essai Markus Scherdel ont jusqu’ici piloté l’appareil.

Au salon du Bourget, Bertrand Piccard officie là où il excelle: la communication. Et dans le domaine, on ne fait pas les choses à moitié. Altran, associé à d’autres partenaires du projet, a loué non moins que le musée du Louvre. Cocktail dînatoire sur la galerie, visite privée du musée, et miniconférence des deux fondateurs de Solar Impulse sous la pyramide de verre du musée. «Aujourd’hui, vous nous donnez l’occasion de toucher les politiques, les industriels.» Sur la galerie, ceux-ci semblent momentanément plus concentrés sur les petits fours et le champagne. Il faut dire que les orateurs sont quelque peu desservis par une acoustique légèrement défaillante. «On crée une communauté autour du projet Solar Impulse, remarque André Borschberg. Des gens qui ne se seraient pas forcément rencontrés se retrouvent autour d’une idée commune.» De sa haute stature, il baisse la tête pour saluer, serre des mains, sourit. On lui découvre une aisance nouvelle, comme s’il prenait goût à ces officialités. «Oh ce n’est pas à proprement parler encore ma tasse de thé, mais les gens ont tellement de sympathie et d’intérêt pour ce projet que cela devient un plaisir de le partager avec eux.»

SOIRÉE MONDAINE

Mais déjà dans la nuit parisienne un autre rendez-vous sonne. Bertrand Piccard reçoit le prix de la personnalité de l’année des premiers Trophées de l’écologie au branché Buddha Bar, dans le très chic quartier de la rue Saint-Honoré. Décoration orientalisante, balcons fleuris sur une petite salle à la lumière chaude et une multitude d’invités connus. La soirée est animée par l’ancien présentateur de l’émission Capital de M6, Guy Lagache. On y croise en vrac le musicien Moby, le comique Didier Gustin, le chanteur Barbelivien, l’acteur Marc Jolivet, l’ex-égérie Amanda Lear, l’aventurier Nicolas Vannier, président du jury, la navigatrice Maud Fontenoy, le grand chef Marc Veyrat. Des créatures aussi, des blondes savamment apprêtées, les frères Bogdanoff. Le discours du lauréat a en revanche plus de peine à se faire entendre même si le chanteur Florent Pagny viendra trois jours plus tard en famille admirer le Solar Impulse. «C’est une vraie soirée parisienne, ironise une célèbre invitée, quelqu’un a trouvé un concept pour la financer.» «C’est une soirée mondaine, analyse Bertrand Piccard, mais ce sont aussi des gens à convaincre. Il ne faut pas que la mode soit d’organiser des soirées sur le thème de l’écologie, mais que l’écologie devienne à la mode.» Faire germer une idée, instiller la graine du développement durable et des économies d’énergie dans la tête des célébrités parisiennes. Certes. Le Vaudois n’est pas non plus totalement insensible aux honneurs, ni aux flashs des photographes.

«YES WE CAN»

Dans le ciel, un chasseur Rafale en démonstration semble surfer sur l’air. Chaque accélération brûle des milliers de litres de kérosène, entre 5 et 25 tonnes à l’heure, selon ses évolutions. On est loin du zéro émission CO2 du prototype suisse. Ici, l’avion solaire fait un peu figure d’ovni. Le statut d’hôte d’honneur du salon a d’ailleurs été créé sur mesure pour l’accueillir, preuve que ce dernier y tient une place à part. Le HB-SIA serait-il l’alibi vert du salon? «Non, tout le monde sait très bien, et l’industrie aéronautique aussi, qu’il va falloir trouver de nouvelles alternatives au pétrole», estime le célèbre photographe Yann Arthus-Bertrand venu admirer la machine. Et Louis Gallois, qui préside aux destinées d’Airbus, ne dit pas autre chose: «On ne va pas faire voler des centaines de passagers avec des panneaux solaires, mais cela nous inspire pour trouver de nouveaux concepts notamment plus économes en énergie.» Signe des temps, pour la première fois un espace au salon du Bourget était consacré aux biocarburants. Des carburants à base d’huile végétale désormais homologués que la compagnie Lufthansa veut expérimenter en exploitation prochainement. Une technique innovante mise sur les micro-algues pour remplacer en partie le kérosène.

Mais pour l’heure, c’est dans la halle de l’avion solaire que les spectateurs se pressent. A dix jours de son mariage, le prince Albert de Monaco, fidèle parrain du projet, a fait le détour, l’influente ministre de l’Economie française et candidate à la présidence du FMI, Christine Lagarde, aussi. «Là, vous commencez à devenir convaincants», déclare-t-elle à Bertrand Piccard et à André Borschberg. Même les entreprises pétrolières souhaitent s’associer à l’aventure solaire. Un pacte avec le diable? «Si c’est uniquement pour s’acheter une conscience écologique, ce serait contre-productif pour nous, estime André Borschberg. Mais beaucoup de pétroliers savent qu’avec un baril à 300 dollars, leurs jours seront comptés. Ils doivent trouver d’autres débouchés.» L’entreprise Total vient par exemple de racheter Sunpower, l’un des plus grands constructeurs mondiaux de panneaux solaires.

Plus que les applications industrielles que le projet peut induire – drones de télécommunications solaires, amélioration des capacités des batteries et des cellules photovoltaïques, etc. – c’est la démonstration d’un paradigme qui importe: si on veut, on peut, dès aujourd’hui se passer des énergies fossiles. Un yes we can à la sauce Piccard.

Symbolique, le 21 mai 1927, Charles Lindbergh, parti de New York, atterrissait sur la piste du Bourget, ouvrant la fenêtre à l’ère du transport aérien transocéanique. Aujourd’hui, c’est le message de Solar Impulse qui a véritablement pris son envol.

 


EN PLEIN VOL

L’avion solaire a finalement pu prendre son envol dimanche, pour l’ultime jour du salon et le plus grand plaisir de milliers de spectateurs. Malgré ses 63 mètres d’envergure, le «Solar Impulse» paraît bien frêle audessus du Boeing C-17 Globemaster III. Le transporteur militaire américain fait 52 mètres d’envergure pour 202 tonnes armé, là où l’oiseau solaire ne pèse que 1600 kilos. Le Bourget a réuni quelque 200 000 visiteurs grand public et 145 000 professionnels. L’avionneur européen Airbus y a réalisé 730 commandes pour un montant de 72 milliards d’euros.

Davantage de photos dans le magazine L'illustré n°26 de cette semaine.

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Tags: Salon du Bourget 2011, Solar Impulse, avion solaire, Bertrand Piccard, André Borschberg, Bruxelles-Paris, France, Nicolas Sarkozy Aller en haut de page Haut de page

 

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nWrjaiWVuMUcxZ, le 04.08.2011 à 20:50

Wow, that's a really cleevr way of thinking about it!

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VOL AU-DESSUS DU BOURGET, 26 JUIN 2011

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