Le mail de son père est venu ternir la fin de l’été. «C’est avec une grande tristesse que je vous annonce le décès de ma fille, Sanaë, survenu le 10 août 2011 à Nishinomiya, préfecture de Hyogo, Japon, à 4 h 51. Elle tenait à gagner cette bataille contre la maladie de Hodgkin pour son fils, Logan, et elle était très près d’y arriver, mais le destin en a voulu autrement.»
MULTIPLES TRAITEMENTS
Sanaë, c’était cette jeune femme dont nous avions relaté par deux fois le combat contre la maladie. Personne n’a oublié son sourire, cette luminosité, cette élégance devant l’adversité malgré le crabe qui la dévorait. Il y a un an, presque jour pour jour, nous avions rencontré cette maman qui suivait un traitement expérimental en Allemagne. A la suite de cet article, une association avait vu le jour pour l’aider à financer les multiples déplacements et prises en charge. Cela n’avait malheureusement pas été suffisant pour enrayer ce cancer du système lymphatique qui progressait à vive allure. Mais sa famille tient à remercier tous ceux qui l’ont soutenue, financièrement et moralement, et ils furent nombreux parmi nos lecteurs.
«Elle était certainement angoissée par la mort, mais elle ne nous en parlait pas, comme pour nous préserver»
Eddy, mari de Sanaë
Née de mère suisse et de père japonais, elle n’a pas goûté longtemps à son bonheur de jeune épouse et mère. Six mois après la naissance de Logan, en mai 2008, la maladie se déclarait. Une forme rare, réfractaire aux traitements traditionnels, alors que 85% des malades peuvent espérer une rémission. Sanaë aura tout essayé pour s’en sortir. Multiplié les traitements et les opérations, dont une greffe, avec ses propres cellules, qui avait échoué. Le 6 juillet dernier, elle s’est rendue au Japon pour tenter une opération de la dernière chance: une greffe de cellules souches avec son père pour donneur. «La greffe a eu lieu le 1er août, raconte ce dernier. Mais, dix jours plus tard, une grave complication a provoqué un arrêt cardiaque. Malgré toutes les tentatives de réanimation, il n’a pas été possible de faire battre son cœur à nouveau. Peut-être avons-nous trop tardé à faire cette greffe, les traitements ont affaibli son organisme, d’où la complication qui lui a été fatale. Il faut conseiller aux malades de ne pas attendre trop longtemps avant de se faire greffer», murmure-t-il. La jeune femme a quitté son fils et son mari en juillet dernier, l’espoir au cœur: «Elle était certainement angoissée par la mort, mais elle ne nous en parlait pas, comme pour nous préserver», dit Eddy, son mari. Tous les matins, la jeune femme se branchait sur Skype pour parler avec les siens.
«Je veux voir grandir mon fils», nous disait Sanaë, et nous avions fait de ce cri du cœur le titre de notre article. Aujourd’hui, c’est le chagrin qui étreint chacun des siens réunis dans son appartement nyonnais. Motoo, le papa, Geneviève, sa mère, Eddy et Logan qui babille joyeusement avec l’insouciance de ses 3 ans. Son père lui consacre tout son temps avant de reprendre son travail à l’aéroport de Genève. Comment dit-on à un enfant de 3 ans que sa mère est morte? «J’ai utilisé de vrais mots, je n’ai pas dit «elle est partie», mais «elle est décédée.»
SUR SA TOMBE
Difficile tout de même, pour un petit, de toucher du doigt la réalité de l’absence éternelle. L’autre jour, il a demandé où était sa maman. «Nous sommes allés sur sa tombe au cimetière de Nyon et je l’ai tenu serré dans mes bras. Dans la voiture, il a craqué et a pleuré toute la journée. Il a fallu retourner près d’elle pour mettre des fleurs.» Eddy ne finit pas sa phrase, trop ému. Au mur, une photo géante de Sanaë, éclatante dans sa robe de mariée, qui sourit à l’avenir comme si le malheur ne pouvait pas en faire partie.