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Michel Jeanneret - Mis en ligne le 19.10.2011
Comme dans toutes les bonnes familles, il y a un emmerdeur. Et il sert toujours à quelque chose. A Genève, c’est une emmerdeuse. Confrontée au développement spectaculaire de sa ville – pôle d’attraction pour de nombreuses entreprises étrangères, la magistrate Sandrine Salerno se retrouve sous un déluge de critiques pour avoir osé poser une question en apparence banale: «Quel développement voulons-nous et à quel prix?» Aïe! Ce ne sont depuis que cris d’orfraie et mines offusquées des milieux économiques pour dénoncer celle qui serait la fossoyeuse du bien-être de toute une région. L’ennui pour ceux qui glapissent ainsi, c’est que l’interrogation de Sandrine Salerno est parfaitement légitime. Elle l’est d’autant plus qu’elle soulève le problème qu’on ne veut pas voir: où nous mène l’essor galopant de Genève et de la région lémanique? Si personne n’a le courage de se poser cette question, la réponse aura le mérite d’être claire: droit dans le mur…
Car il faut bien reconnaître que, si les grandes multinationales renflouent copieusement les caisses de l’Etat, elles exigent une adaptation de notre offre en infrastructures. Or, ce défi qu’elles nous posaient lorsque leur implantation massive a commencé s’est transformé en problème, parce que l’Etat et la classe politique n’ont pas pris leurs responsabilités. Les infrastructures ont trop peu évolué, avec pour conséquence une terrible saturation du réseau automobile et une grave crise du logement qui touche toute la région. C’est un fait: le contribuable moyen n’arrive plus à se loger. Les étudiants qui se retrouvent contraints de vivre au camping ne diront pas le contraire. La société à deux vitesses qui est en train de se mettre en place discrètement fait peu à peu de Genève une cité d’expatriés et de Genevois friqués. Il en va de même de tout le bassin lémanique. Est-ce bien cela que nous voulons?
L’idée n’est pas d’effectuer un virage à 180 degrés pour revenir à une vision provinciale de Genève, ni d’incriminer les grandes multinationales à qui nous tendons les bras. C’est là l’erreur de Sandrine Salerno. Il ne faut pas freiner le développement du bassin lémanique, mais mener une politique cohérente, qui ne se borne pas à ouvrir le tiroircaisse pour engranger les deniers. En clair: il faut gouverner pour tous les citoyens et ne pas se contenter de faire la cour aux plus riches.