Avant, vous aimiez le soleil et le soleil vous aimait. Puis un été, sans crier gare, une explosion de petits boutons rouges s’est abattue sur votre décolleté, vos épaules, vos membres, et l’après-midi à la plage s’est terminé dans de furieuses démangeaisons. Soulagé que votre visage ait été épargné, vous vous êtes dit que ça irait mieux demain. Mais le lendemain les boutons étaient toujours là et la caresse du soleil vous mettait le feu. Adieu bronzette, vive le T-shirt à longues manches. Depuis, c’est chaque été pareil. Bienvenue au club des victimes de la lucite estivale bénigne.
LA FAUTE AUX UVA
«C’est la plus fréquente des allergies solaires, relève le dermatologue Bernard Noël, chef de clinique au CHUV. Elle touche 10% de la population, plutôt les femmes, et se déclare rarement avant 18 ans. Pourquoi ces personnes deviennent-elles intolérantes au soleil, on ne sait pas trop. En revanche, on sait que les UVA sont les principaux responsables de cette réaction, et l’inconvénient des UVA par rapport aux UVB, c’est qu’il y en a toute la journée et qu’ils traversent les vitres.»
TOUS DIFFÉRENTS
Cette drôle d’allergie vise surtout les gens à peau claire, mais le Dr Noël, qui vient de soigner une patiente indienne, confirme que les peaux mates et foncées ne sont pas à l’abri. De même, si elle survient souvent après une forte exposition au soleil, certaines personnes y ont droit au moindre rayon, et il arrive que la lumière suffise à la déclencher. Enfin, certains qui la traitent par le mépris et continuent à s’exposer comme si de rien n’était finissent par se désensibiliser et deviennent résistants, alors que d’autres la voient croître et enlaidir.
ÉCRAN TOTAL ET ANTIOXYDANTS
Pour contrer la lucite, on a heureusement plusieurs options, mais aucune ne marche à tous les coups. Un mois avant de s’exposer, on peut se procurer en pharmacie des comprimés de préparation au soleil, riches en antioxydants, bêtacarotène ou en lycopène. Sur place, il faut prévoir un bon écran solaire qui couvre les UVA, s’exposer progressivement et éviter les heures de pointe. Le bronzage, si l’on y arrive, finit par offrir une assez bonne protection.
LA PUVATHÉRAPIE
Si l’allergie persiste, ce qui est fréquent, on peut envisager une puvathérapie, ou désensibilisation par exposition aux UVA. «On n’utilise pas un solarium, souligne Bernard Noël, mais une cabine où les doses sont bien contrôlées. L’exposition est augmentée par paliers durant le traitement, trois fois par semaine durant trois semaines. Mais c’est assez contraignant, et le patient doit prendre un médicament photosensibilisant qui n’est pas toujours bien supporté. Aujourd’hui, on propose donc plus souvent des UVB à large spectre, même s’ils sont un peu moins efficaces.»
Les antipaludéens de synthèse, à base de quinine, peuvent également donner des résultats chez certains, ou alors une crème à la cortisone, voire de la cortisone par voie orale. Et si rien ne marche, ce qui peut arriver, ne désespérez pas: avec l’âge, vers 50 ans, la lucite finit souvent par disparaître aussi mystérieusement qu’elle est apparue.