Si vous êtes très célèbre et qu’un inconnu du nom de Mazher Mahmood vous propose l’affaire du siècle, refusez. C’est un dangereux imposteur, un usurpateur sans scrupules, une bête sauvage. Promu vedette en Grande-Bretagne, ce journaliste souvent déguisé en cheik arabe a déjà abusé nombre de stars, vendant ses coups aux plus généreuses des gazettes.
Il y a trois semaines, il a proposé au champion du monde de billard de truquer des parties. Serviable, celui-ci a accepté. Résultat, un pur scandale dans une Angleterre où ce sport est regardé par des millions de spectateurs. En 2002, le même Mahmood a prétendu avoir déjoué un enlèvement contre les Beckham. En 2001, il a appâté avec un faux contrat la douce bru des Windsor et épouse du prince Edward, Sophie Rhys-Jones.
Mais sa plus belle réussite restera peut-être à jamais celle qu’il vient de perpétrer contre Sarah Ferguson, duchesse d’York de son état. On l’appelle déjà le Fergiegate tant cette énième gaffe de la plus turbulente et la plus flamboyante des membres de la famille royale ébranle Buckingham et ses serfs. Le reporter et la duchesse se rencontrent pour la première fois en janvier. Mahmood se présente comme un homme d’affaires. Ils se revoient le 14 mai, au Mark Hotel, à Londres. Fergie sirote une vodka tonic et grignote du homard. Elle lui parle du livre qu’elle est en train d’écrire et de la rented room (chambre louée) où elle habite, dans la Royal Lodge de 30 pièces où vit son ex-mari, le prince Andrew.
UNE PILE DE BILLETS
Ils se retrouvent le mardi suivant dans un restaurant de luxe tenu par le chef suisse Mosimann, puis dans l’appartement du faux businessman. La vidéo réalisée à l’insu de Fergie l’accable. Entre deux bouffées de cigarette et tout en sifflant un verre de vin rouge, celle-ci s’engage gaiement à «ouvrir toutes les portes» menant à son ex-mari, avec qui elle a gardé de bonnes relations. «Dès que vous venez à Londres, allez à la Royal Lodge. Je vous introduirai et vous pourrez parler de ce que vous voudrez avec lui…» Fergie connaissant quelques revers de fortune, ses services ont un prix. Elle demande à Mahmood une avance de 40 000 dollars (46 200 francs), soit une pile de billets qu’elle s’empresse de placer dans une serviette. Ils se mettent d’accord pour que le cheik verse un total de 500 000 livres (830 000 francs) par internet et ils prennent congé.
«REGRETS PROFONDS»
Peu après, Fergie est au cap d’Antibes pour y fêter le quarantième anniversaire de Naomi Campbell. Malgré la soirée enchanteresse, elle disparaît peu après minuit avec sa fille Beatrice, qui vient de recevoir un message sur son BlackBerry. Oh, shocking: elle figure en couverture du tabloïd News of the World. Toute l’histoire y est racontée sous le titre «Fergie vend Andy pour 500 000 livres». Sa porte-parole la décrit alors comme «devastated». L’ex-princesse se fend d’un communiqué pour dire qu’elle «regrette profondément l’embarras causé», ajoutant que «sa situation financière est stressante mais que cela n’est pas une excuse pour cette sérieuse erreur de jugement».
«Je suis une maman, je suis Sarah Ferguson et j’en suis très fière»
Sarah Ferguson
Dans l’enchaînement, elle s’envole à Los Angeles y recevoir un prix récompensant ses efforts littéraires pour les enfants déshérités. Devant des centaines d’invités, elle s’en sort avec drôlerie. «Comme vous le savez, je n’aime pas les adultes, dit-elle, je préfère les enfants. Cela n’a pas été facile d’arriver dans la salle aujourd’hui. Il y avait une ou deux personnes sur mon chemin. Vous devez en avoir entendu parler…» Puis, revenant à son livre: «Je suis une auteur de livres pour enfants, je suis une maman, je suis Sarah Ferguson et j’en suis très fière.» Le lendemain, dans une autre réception, elle brise la glace en parlant d’un autre de ses ouvrages, intitulé Ashley Learns About Strangers (Ashley en apprend sur les inconnus): «J’aurais peut-être dû mieux lire mon propre livre…» Devant le silence dans la salle, elle s’exclame: «Où avez-vous mis votre sens de l’humour, ce soir?» De grands rires lui répondent. Sarah est tout entière dans ces boutades mâtinées d’humanité. C’est ainsi que cette roturière un brin délurée a déboulé chez les Windsor, nature, directe, parfois irrespectueuse. Mariée à Andrew de 1986 à 1996, sans cesse comparée à la désirable Diana, elle prend d’abord du poids et ronge son frein en attendant son marin de mari, qui passe près de trois cents jours sous l’uniforme. «Andrew et moi avons vécu à peine quarante jours ensemble lors des cinq premières années de notre mariage», confiera-t-elle.
DETTES ET FAILLITE
Le besoin d’argent de Fergie est sans doute aujourd’hui au cœur de sa regrettable «erreur de jugement». Divorcée et ruinée à la fin des années 90, puis très active dans les années 2000 après s’être exilée aux Etats-Unis, elle crie à nouveau misère. En février, sa maison d’édition révélait que seuls 159 exemplaires de son dernier livre pour enfants avaient été vendus. Il y a deux ans, Hartmoor LLC, sa société qui se charge de gérer sa carrière, avouait entre 700 000 et un million et demi d’euros de dettes.
On ne s’arrache plus sa présence dans les talk-shows, elle pourtant si prolixe. Ses bijoux fantaisie d’inspiration vaguement Disney ont disparu des boutiques, pour cause de faillite. Même sa fondation caritative bat de l’aile: en 2007, sur les 360 000 euros des donateurs, 16 000 seulement auraient été redistribués à des associations. De plus, plusieurs sociétés l’ont menacée de poursuites pour impayés.
Difficile pourtant de se priver d’un minimum de luxe. Pour le film Victoria, qu’elle a produit, elle n’a pu s’empêcher de dormir au George V parisien avec sa foule d’assistants. Ses filles ne sont pas des modèles de probité. Le mot dettes résonne souvent avec emplettes.
LE PORRIDGE FROID
Tout cela à une période où Fergie se remettait d’aplomb avec les joyaux de la couronne. En 2005 et en 2008, elle a même été invitée dans la propriété royale qu’elle préfère, le palais de Balmoral, là où elle n’avait plus posé le pied depuis 1992. 1992, année fatidique. C’est à cette époque-là qu’un funeste paparazzi la saisit sur la terrasse d’une villa du sud de la France. Elle se trouve en compagnie de son conseiller financier, qui trouve plaisant d’embrasser son pied gauche. La photo fait le tour du monde. Le scandale est total, et c’est à Balmoral que ces images la rattrapent. «Ce matin-là, quand je suis descendue pour le breakfast, je peux vous dire que le porridge a eu le temps de refroidir, tant les yeux et les bouches étaient grands ouverts», a-t-elle raconté dans sa biographie.
Si le prince Philipp ne lui a toujours pas pardonné cette disgrâce nationale, la reine a toujours eu un faible pour cette bonne vivante, admirant la manière dont celle-ci refait sa vie tout en restant proche de son fils.
Très proche, même. Un faux cheik dénommé Mahmood a pu le vérifier.