C’est un bête lapsus, prononcé dans un restaurant bruxellois, qui est à l’origine de l’histoire des Schtroumpfs! Attablés en ce jour de 1958, deux grands dessinateurs belges aujourd’hui disparus, Peyo, né Pierre Culliford, et Franquin. Le premier, qui souhaite simplement obtenir la salière, lance au second: «Passe-moi le schtroumpf!» Un langage vient de naître.
Peyo a 30 ans. Depuis 1952, il publie les histoires médiévales de Johan et Pirlouit dans le magazine Spirou. L’épisode du resto le fait gamberger. Il imagine les Schtroumpfs, de drôles de lutins bleus – son épouse choisit la couleur–, torse nu, de blanc vêtus et vivant en forêt, parmi les cèpes.
COMME LES SEPT NAINS
Les Schtroumpfs ont quatre doigts, ils parlent schtroumpf et, comme les sept nains de Blanche-Neige, sont pour la plupart identifiés par un trait de caractère.
Ils apparaissent en 1959 dans l’album La flûte à six schtroumpfs, de Johan et Pirlouit, ce qui les situe au Moyen Age.
Yvan Delporte, alors rédacteur en chef de Spirou, demande à Peyo des histoires courtes avec les Schtroumpfs. Sa bleusaille remporte un tel succès que le dessinateur doit créer un studio et s’entourer d’aides. Le Suisse Derib (Yakari, Buddy Longway) y fera ses premiers pas.
L’univers des Schtroumpfs se précise. Leur chef, le Grand Schtroumpf, barbe blanche et costume rouge, a 542 ans! Il est sage et, tel Panoramix dans Astérix, sait concocter des potions pour affronter le sorcier Gargamel et son chat Azraël. Gargamel veut capturer les Schtroumpfs afin d’en extraire le fluide bleu, élément de fabrication de la pierre philosophale. Les motivations d’Azraël sont uniquement gourmandes.
Les Schtroumpfs sont au nombre de cent et âgés de 100 ans. Ils naissent mystérieusement, apportés par une cigogne les soirs de pleine lune bleue. Parmi eux, il n’y a qu’une fille: la Schtroumpfette, créée par Gargamel pour les troubler...
Le premier album, Les Schtroumpfs noirs, est publié chez Dupuis en 1963. La série complète compte aujourd’hui vingt-six albums, dont quinze signés par Peyo lui-même avant sa mort fin 1992.
POLÉMIQUE AUX ÉTATS-UNIS
Dans Les Schtroumpfs noirs, ceux qui parmi nos petits héros sont piqués par une mouche deviennent noirs et cannibales. Un scénario trop sensible pour les Etats-Unis, où cet album n’a jamais été commercialisé sous sa forme originale. Pour éviter toute controverse, les Smurfs (en anglais) noirs sont devenus violets!
D’autres polémiques ont jalonné l’odyssée des lutins bleus. Peyo a ainsi été taxé de communiste, parce que les Schtroumpfs sont égaux et que leur chef porte une barbe blanche, comme Marx!
La palme revient cependant à l’essayiste français Antoine Buéno et son Petit livre bleu, publié en janvier 2011, qui soutient que la société schtroumpfesque est totalitaire et antisémite. Totalitaire parce que son chef est omniscient et omnipotent, antisémite parce que le méchant de service, Gargamel, ressemble au juif tel que le représentaient les nazis: laid, sale, cupide et le nez crochu...
Confronté à de telle inepties, Peyo se serait sûrement schtroumpfé la schtroumpf contre les schtroumpfs!
Les Schtroumpfs, de Raja Gosnell, avec Neil Patrick Harris, Jayma Mays, Hank Azaria. Projeté en 3D. En salle actuellement.