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MONDIAUX DE SKI EN NORVÈGE
LA MÉDAILLE DE L’ÉTERNEL ENFANT
Avec le bronze décroché, le sauteur à skis sauve un honneur suisse quelque peu écorné. Tout en restant joyeux, ravi d’exprimer ses émotions. Va-t-il partir à la retraite? «Je me déciderai en avril.»

Par Marc David - Mis en ligne le 08.03.2011

Les photographes ont parfois un tout petit souci avec Simon Ammann: devant un objectif, le champion n’arrive pas à être sérieux. A faire un peu l’adulte, quoi, pour que la photo soit inspirée. Peine perdue: le sauteur ne peut s’empêcher de faire des grimaces, de tendre deux doigts comme s’ils volaient ou de jouer au chien fou dans la neige. C’est plus fort que lui et le monceau de médailles récoltées en dix ans d’une carrière magnifique n’y change rien.

Samedi 26 février et jeudi 3 mars, au pied du mythique tremplin de Holmenkollen, qu’il termine malheureux quatrième ou heureux troisième, il multiplie à chaque fois les mimiques à l’intention de ses jeunes groupies, tout en répondant à la presse. Il est ainsi et on ne le bougera plus: il aura 30 ans en juin. «Cela m’a toujours pas mal réussi. J’essaie de rester moimême: un gars echt (authentique).»

«ÊTRE RELAX»

C’est quand il a retrouvé ce naturel qu’il a de nouveau gagné, après une traversée du désert qui a duré de 2002 à 2007, entre ses triomphes des Jeux de Salt Lake City et ceux des Mondiaux de Sapporo. «J’ai compris combien le fait d’être relax était important. On peut comparer cela avec la descente: les skieurs doivent donner une légère pression dans les longs virages, être patients et sentir la vitesse. S’ils mettent trop de pression, rien ne fonctionne plus.» C’est cela, un sauteur à skis, un mystère, une vérité qui passe. Etre totalement concentré tout en restant doux et intuitif. Il y a quelques années, pendant cette période de disette, il répétait sans cesse: «Tout est dans ma tête.» Il se consolait en regardant les oiseaux: «Je vois comment ils jouent avec le vent, leur façon de planer. Mais j’ai émodes limites humaines. Je ne peux pas monter. Moi, je descends.»

Après son bronze aux Mondiaux, à deux mètres de l’or, ce fan d’AC/DC est allé célébrer au Hard Rock Cafe d’Oslo jusque tard dans la nuit. Son épouse russe, Yana, était là, ainsi que son équipier, Andreas Küttel, et son épouse danoise, Dorota. C’était l’ultime concours de ce dernier; lui qui fut champion du monde il y a deux ans navigue aujourd’hui aux alentours de la quarantième place et se retire pour vivre au Danemark. «Je lui ai dédié ma médaille, dit Simon. Il a tellement participé à tous mes succès.»

 

«Je suis né dans une ferme. Cette hérédité m’a rendu fort»
Simon Ammann

 

Sans Küttel, rien ne sera plus comme avant. Ammann va se retrouver très seul, lui qui aime aussi la compétition pour sa dimension collective. Raccrocher? Poser ses skis de 265 cm? Il est indécis, songe à entamer des études à l’ETH de Zurich. «Je dois savoir si le saut à skis est encore important pour moi. Tout le monde jubile si je gagne l’or olympique. Mais la dépense est tellement immense. Et je veux pouvoir montrer mes émotions positives. C’est grâce aux émotions que les films de Hollywood sont si appréciés. Les gens veulent souffrir, se réjouir.»

Il se décidera fin avril, promet-il, après un mois de vraie pause. Il deviendra peut-être retraité alors qu’il a toujours l’air d’avoir 18 ans et d’être venu au concours à vélomoteur. Il est pourtant loin, le temps du petit jeune homme arrivé sans aucun projet sur le tremplin de Holmenkollen. C’était le 17 mars 2002 et il y décrocha son premier succès en Coupe du monde.

En Suisse, il doit faire avec sa popularité, profonde. Issu d’un village du Toggenbourg, il vit désormais dans la riche bourgade de Schindellegi (SZ), avec vue sur le lac de Zurich. Métamorphose? «Non, je reste Simi, né dans une ferme. C’est cette hérédité qui m’a rendu fort.»

Il est vrai que le voyage chez lui, à Unterwasser (SG), suffit à faire comprendre pourquoi ce sauteur de 160 cm a toujours gardé les pieds sur terre. Sa famille vit là, dans une ferme pointue flanquée de son écurie. Quelques boilles à lait, une douzaine de vaches, pas de télévision. «A quoi nous servirait-elle?» s’étonne Margrit, sa mère, qui lui ressemble comme deux cristaux de neige. «Quand les copains d’école parlaient des super films qu’ils avaient vus à la télé, je me suis parfois mis en colère contre mes parents. Ils n’ont jamais cédé», dit Simon. Ils ont reçu leur premier passeport il y a deux ans. Avant, ils n’étaient allés qu’en Autriche. La Romandie? «Oh, nous n’avons jamais dépassé Fribourg…»

Simon est toujours en recherche. Après chaque saut, il se précipite sur la vidéo. C’est pourquoi l’étude entreprise par l’EPFL, précisément par Julien Chardonnens dans le cadre de son travail de thèse au laboratoire de mesure et d’analyse des mouvements, le passionne. Comme une trentaine d’autres sauteurs, du jeune débutant au champion confirmé, on l’a muni de huit capteurs grands comme des boîtes d’allumettes et on a récolté tous les paramètres possibles pendant un saut: vitesse angulaire, orientation dans l’espace. Ammann a joué le jeu sans hésiter, le temps de trois sauts. «Nous avons notamment pu vérifier la grande importance de l’angle d’extension de la cuisse au moment du décollage du tremplin», dit le professeur Kamiar Aminian, ravi d’offrir ce bel outil aux sauteurs en devenir.

HARRY POTTER ENTERRÉ

Dans le même esprit, Ammann recourt depuis plusieurs années à un préparateur mental, Hanspeter Gubelmann. C’est lui qui l’a débarrassé de l’image envahissante de Harry Potter. «Il n’a jamais été ce personnage, dit le psychologue. Il n’est pas un magicien. Nous savons tous qu’il a un talent incroyable, mais que le talent seul ne suffit pas. Pour moi, c’est une belle histoire: dix années de travail pour façonner un personnage complètement différent de celui de 2002. C’est beau, car d’autres baissent les bras. Lui a toujours eu envie, toujours eu faim.» Ce bronze de Holmenkollen après tant d’or à Salt Lake City et à Vancouver, c’est la palme pour le plus bel appétit du sport suisse.

Collaboration: Alejandro Velert (Schweizer Illustrierte)



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Tags: Simon Ammann, saut à skis, Mondiaux de Norvège, Holmenkollen Aller en haut de page Haut de page

 

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