Par
Michel Jeanneret - Mis en ligne le 04.10.2011
Si le sujet n’était pas aussi triste, s’il ne se jouait pas là-derrière une partie du drame qui frappe l’humanité, il serait presque amusant de constater à quel point les politiciens feignent de découvrir la réalité en période électorale. Quelle belle démonstration de mauvaise foi, lorsque ceux-ci s’indignent qu’il n’ait pas été mentionné qu’un des protagonistes du film de Fernand Melgar – dans lequel sont dénoncées les conditions de détention et d’expulsion des requérants déboutés – avait vendu de la drogue et blanchi de l’argent. C’est pourtant un fait documenté: la majorité de ceux que la Suisse expulse ont commis un délit. Mais ce qui est bien plus troublant derrière ces réactions outrées, c’est qu’elles laissent entendre insidieusement qu’on pourrait passer au-dessus de la détresse morale d’une personne parce qu’elle serait coupable d’un crime. Et que les méfaits commis par un homme occulteraient une partie de son humanité. Nous voilà sur une pente bien dangereuse.
En politique, cette tendance virile à montrer les biscoteaux, cette culture machiste qui consiste à penser que les méchants n’ont «que ce qu’ils méritent» masquent la complexité des problèmes qu’un soupçon d’empathie et une dose d’humanisme permettent de révéler. C’est d’autant plus dommage que l’on peut se montrer sensible tout en restant intraitable et lucide. L’exemple nous vient de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, qui a promis d’empoigner la problématique de l’asile en accélérant notamment les procédures. La preuve que l’on peut se montrer ferme, mais humain. «Je veux me laisser émouvoir», ose même la ministre dans l’interview qu’elle nous accorde cette semaine. Une preuve d’intelligence et un acte de courage, lorsque l’on sait qu’il est reproché aux femmes de gouverner de manière émotionnelle. Ce n’est pourtant qu’en engageant ses émotions que l’on peut trouver des solutions nuancées, condition nécessaire pour réussir face à des problèmes complexes.
Renoncer à l’émotionnel, en matière d’asile, cela reviendrait à ne pas se laisser troubler parce que trois personnes sont mortes lors de renvois forcés, à ne pas vouloir prendre en considération les souffrances psychologiques subies par ceux qui attendent pendant des années que l’on statue sur leur sort, à nier le fait que certains d’entre eux sont torturés une fois rentrés «chez eux». Si Fernand Melgar a adopté le parti pris de dénoncer ce qui nous dérange, c’est parce que renoncer à l’émotionnel revient à ne voir que la partie du problème qui nous arrange.